Que sait-on de l'accord signé à Bissau entre le Sénégal et le MFDC ?

    • Author, Ousmane Badiane
    • Role, Digital Journalist BBC Afrique

Le Sénégal et le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) ont conclu un accord ce dimanche 23 février 2025 à Bissau, consolidant les acquis notés ces dernières années.

En visite en Guinée Bissau, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a assisté à la clôture des négociations suivie de la signature de l'accord conclu entre le Sénégal, représenté par le Comité ad hoc pour la paix en Casamance et le Comité provisoire des ailes politiques et combattantes unifiées du Mouvement des Forces démocratiques de la Casamance (MFDC).

Selon le Bureau d'Information et de la Communication du gouvernement sénégalais (BIC-GOUV), le texte paraphé sous l'égide du président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló est une suite de l'accord signé en août 2022, par le gouvernement sénégalais avec César Atoute Badiate, chef de la troisième faction (Front Sud), qui s'était engagé à déposer les armes.

Cet événement s'inscrit dans une série d'initiatives visant à mettre fin au conflit en Casamance, une région du sud du Sénégal marquée par une rébellion séparatiste depuis 1982.

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Que contient cet accord ?

« Par cet accord, la délégation du Comité provisoire des ailes politiques et combattantes unifiées du Mouvement des Forces démocratiques de la Casamance (MFDC) a réaffirmé la validité de l'accord de Bissau du 04 août 2022 pour demeurer dans la volonté commune des Parties d'œuvrer en vue d'un accord de paix définitif en Casamance qui passe par le dépôt des armes et ses modalités pratiques négociées sous divers aspects », peut on lire dans le communiqué publié par le Bureau d'Information et de la Communication du gouvernement sénégalais (BIC-GOUV),

L'accord de paix signé en Août 2022 entre le gouvernement sénégalais et le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) comprend plusieurs engagements et des dispositions clés visant à instaurer une paix durable en Casamance :

  • Cessation des hostilités : les deux parties s'engagent à mettre fin aux affrontements armés, établissant ainsi un cessez-le-feu permanent.
  • Démobilisation et réinsertion des combattants : Un programme est mis en place pour le désarmement des membres du MFDC, accompagné de mesures pour leur réintégration socio-économique, facilitant leur retour à la vie civile.
  • Retour des réfugiés et des déplacés internes : L'accord prévoit des initiatives pour encourager et soutenir le retour volontaire des personnes ayant fui la région en raison du conflit.
  • Développement économique et social de la Casamance : des projets spécifiques sont planifiés pour revitaliser l'économie locale, améliorer les infrastructures et promouvoir le bien-être des communautés affectées.
  • Fourniture d'actes de naissance : L'État s'engage à délivrer des documents d'identité aux personnes qui n'ont pas pu y accéder en raison de l'instabilité, garantissant ainsi leurs droits civiques.

Qui sont les différents acteurs impliqués ?

L'accord de Bissau a impliqué plusieurs acteurs clés.

En premier lieu, l'Etat du Sénégal représenté par le Premier ministre Ousmane Sonko, originaire de la Casamance, qui a joué un rôle central dans les négociations.

L'ascension politique d'Ousmane Sonko, originaire de la Casamance, a ravivé les espoirs de paix et de développement dans la région.

Nommé Premier ministre en Avril 2024, Sonko bénéficie d'une certaine légitimité auprès des populations locales.

Le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) est l'autre partie prenante de l'accord, bien que des questions subsistent quant à la représentativité des factions impliquées.

Acteur majeur de cet accord, le Président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló a servi de médiateur en accueillant et facilitant les discussions à Bissau.

« On ne peut pas jouer avec la stabilité du Sénégal en Guinée-Bissau, quel que soit le président de la République. De même, le Sénégal ne peut pas jouer avec la stabilité de la Guinée-Bissau, quel que soit le président de la Guinée. », a déclaré le président Embaló.

Le Général de division Samuel Fernandes, Chef de la division de contre-espionnage militaire de Guinée-Bissau, est également signataire de l'accord.

D'autres acteurs importants ont également paraphé le document final.

C'est le cas du Centre pour le dialogue humanitaire (HD), une organisation humanitaire suisse ayant joué un rôle clé dans les négociations, ou aussi le Groupe de réflexion pour la paix en Casamance (GRPC), dirigé par l'ancien ministre d'État sénégalais Robert Sagna, qui ont contribué aux efforts de paix en menant des initiatives locales pour favoriser le dialogue et la réconciliation.

La faction nord dirigée par Salif Sadio, pour sa part toute idée de dialogue avec l'Etat sénégalais, n'a pas pris part aux pourparlers de Bissau. Cette faction revendique toujours sa volonté d'indépendance.

Quels sont les accords précédents ?

Plusieurs accords de paix ont été signés depuis le début du conflit en Casamance en 1982, mais la plupart n'ont pas conduit à une résolution définitive du conflit.

Voici les plus récents :

  • Accords de 2004 :

Négociés entre le gouvernement et l'aile politique du MFDC dirigée par l'abbé Diamacoune Senghor. L'accord qui mentionnait clairement une "renonciation définitive à la lutte armée" a été suivi d'une accalmie, mais des dissensions internes au MFDC ont empêché une paix durable et sa matérialisation définitive sur le terrain.

  • Accords de 2014 :

Le processus initié par le Groupe de Réflexion pour la Paix en Casamance (GRPC) a abouti à un accord de paix, mais certaines factions, notamment celle de Salif Sadio, ont refusé d'adhérer à l'accord, maintenant des poches de résistance armée.

Le texte final de l'accord décrivait les modalités du désarmement et réaffirme l'engagement des parties à trouver une solution négociée au conflit.

  • Accord de 2020 :

En 2020, des négociations ont eu lieu entre le gouvernement et la faction de Diakaye. Celles-ci ont abouti à la signature d'un accord de paix le 10 mars 2023, suivi du dépôt des armes à Mongone en mai de la même année.

En décembre 2023, 255 ex-combattants du MFDC de la faction ont officiellement déposé les armes lors d'une cérémonie à Mongone, dans le département de Bignona, contre des garanties de l'État du Sénégal de prise en charge des combattants, de leurs familles et de réparations aux communautés affectées par le conflit.

Une cérémonie d'incinération des armes restituées par la faction de Diakaye, s'était tenue le 23 décembre 2023 dans la localité de Mamatoro.

Le conflit en Casamance en cours depuis 1982, est le plus vieux différend non résolu sur le continent africain. Il oppose l'État du Sénégal au Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), une rébellion armée aujourd'hui fragmentée en trois factions principales et revendiquant l'indépendance de cette région.

Ce conflit alimenté par un sentiment de marginalisation politique et économique, a éclaté suite aux protestations des habitants de la région, qui se considéraient marginalisés et stigmatisés notamment sur le plan politique, économique et social.

La stratégie de l'État du Sénégal repose sur deux axes : un volet diplomatique et militaire d'une part, combinant des négociations avec les factions du MFDC et des pressions militaires, et un volet socio-économique avec des programmes économiques spéciaux en faveur de la Casamance, renforçant ainsi la dynamique de paix observée ces dernières années.