Qu'est-ce que la RDC peut attendre de la visite du Pape François ?

Le Pape François à son arrivée à Kinshasa ce 31 janvier 2023

Crédit photo, ALEXIS HUGUET/AFP via Getty Images

La visite du Pape François en RDC, 38 ans après celle du Pape Jean-Paul II, met en lumière l'importance de l'Église catholique dans ce pays qui compte le plus de fidèles catholiques en Afrique subsaharienne. Que faudrait-il en attendre ?

Dans plusieurs coins de la ville, les ouvriers habillés en chasuble jaune balayant les rues sont perceptibles. L’éclairage public a été remplacé, certaines artères de la capitale sont en pleine réfection.

La venue du Pape François, 38 ans après celle du Pape Jean-Paul II, envoie un message fort d'unité et de paix, ce qui peut aider à apaiser les tensions politiques et sociales actuelles. Cette année électorale est aussi marquée par un conflit larvé avec le voisin rwandais à cause de l’insécurité dans l’Est du pays.

Qu'est-ce que la visite du Pape va apporter à la RDC ?

« Qu'est-ce que j'attends du Pape ? Une consolation, tout simplement. Pour un peuple qui se sent meurtri, délaissé, abandonné, qui cherche une solution, enfin, de quelqu'un en qui il croit » nous dit Régine Samba, une fidèle de l’église Saint-Cyprien à Kinshasa.

Madame Pauline Biuma, surnuméraire et intendante à l'école Primaire Don Bosco, école de la communauté Salésienne de Don Bosco, lui fait écho : « Que le Saint Père nous apporte le message de paix, une paix durable en RDC. »

Pour le prêtre jésuite et journaliste Jean Pierre Bodjoko qui a couvert beaucoup de voyages pontificaux, l’intérêt médiatique suscité par le déplacement du Pape permet au monde entier de comprendre les difficultés auxquelles font face les pays visités : « La voix du Pape, c'est une voix qui porte. Donc quand le Pape parle, il est quand même une des autorités les mieux écoutées. Sa voix porte à travers le monde et la communauté internationale peut bien faire attention aux pays visités. »

Cependant Jean-Piere Bodjoko se veut clair : « Le Pape ne va pas amener directement la sécurité en République démocratique du Congo mais sa présence, son message permettront de faire avancer beaucoup de choses, que ce soit pour les autorités locales, que ce soit aussi l'apport que peut apporter la communauté internationale. C'est évident puisque les appels que le Pape va faire dans plusieurs pays ça ne va pas tomber quand même dans des oreilles de sourds. »

Façade de la CathédraleNotre Dame du Congo
Légende image, La Cathédrale Notre-Dame du Congo où le pape va s’entretenir avec les représentants de l’église catholique en RDC

L'Église et le Congo, une longue histoire d’engagement

Pour comprendre pourquoi l’Eglise catholique est encore si influente en RDC malgré l'émergence des églises évangéliques, il est nécessaire de faire un bref examen de son histoire et de son impact sur la population.

L'Église catholique a été introduite en RDC par les missionnaires belges au XIXe siècle. Depuis lors, elle s'est développée en tant qu'institution influente, en partie en raison de son engagement en faveur des populations les plus vulnérables.

Un homme prie lors d'un office catholique

Crédit photo, JOHN WESSELS/AFP via Getty Images

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Jean-Pierre Bodjoko affirme que l’Eglise est un grand partenaire de l’Etat congolais qui le reconnît comme tel : « On ne peut pas vivre en République démocratique du Congo sans voir et reconnaître la valeur ou la place de l'Église. C'est l'Église qui assure l'éducation en République démocratique du Congo, c'est l'Église qui assure les services de santé en République démocratique du Congo(…)80 à 90% des structures de santé en République démocratique du Congo sont assurées par l'Église catholique. »

Selon la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), l’Église catholique gère aujourd’hui 18 638 écoles au total dont 12 616 écoles primaires, 724 écoles maternelles, 5 298 écoles secondaires qui accueillent plus de 4,3 millions d’élèves encadrés par 161 337 enseignants.

Pour Madame Biuma, cette présence n’est pas fortuite : « Ce sont les catholiques qui ont le charisme d'une bonne éducation , une formation intégrale de la jeunesse. »

Graphiques présence Catholiques

Régine Samba a aussi choisi d’envoyer ses enfants à l’école catholique, mais, a la nostalgie du temps d’avant : « J'ai envoyé mes enfants à l'école catholique parce que moi-même, j'ai fréquenté les écoles catholiques et j'ai trouvé les écoles sérieuses, dignes. On nous montrait comment se débrouiller seul. J'ai réussi comme ça et c'est ainsi que j'ai voulu que mes enfants aussi étudient dans les écoles catholiques, mais si je compare ce que je vois aujourd'hui et ce que nous étions dans le temps, c'est vraiment différent. »

De plus, l'Église catholique en RDC a joué un rôle important dans la promotion de la paix et de la justice sociale au fil des ans. Cela a renforcé son rôle en tant qu'institution respectée et influente dans la société congolaise.

Le Pape François et le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya

Crédit photo, ANDREAS SOLARO/AFP via Getty Images

Légende image, Le pape François (centre) regarde le cardinal de la RD Congo Laurent Monsengwo Pasinya (droite) flanqué du cardinal américain Sean Patrick O'Malley, alors qu'il arrive pour participer avec les cardinaux et les évêques au consistoire papal avant les nominations des nouveaux cardinaux, au Vatican le 13 février 2015.

L’une des figures emblématiques de cette influence est le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, décédé en 2021.

De nombreux Congolais se souviennent de lui comme d'un champion des droits humains et d'un critique acharné des différents gouvernements post-indépendance depuis 1960.

Les résultats des combats de Laurent Monsengwo Pasinya ont commencé à se faire sentir sous le régime de l'ancien président Mobutu Sese Seko dans les années 1990.

La même année, il initie un mémorandum demandant plus de libertés au maréchal Mobutu, qui était au pouvoir depuis 30 ans sous un régime monopartite.

À ce titre, il est considéré par une partie des congolais comme celui qui a poussé le pays vers ses premiers pas démocratiques.

Après Mobutu, le cardinal se montre critique face au pouvoir de Joseph Kabila.

En janvier 2018, Laurent Monsengwo, alors archevêque de Kinshasa, a marqué les esprits avec sa célèbre phrase adressée aux autorités de l'époque au lendemain de la brutale répression policière de la marche du 31 décembre 2017 : "Que les médiocres dégagent !"

Un agenda papal chargé

Le Pape a prévu des rencontres avec différentes parties prenantes, y compris les autorités gouvernementales et les leaders religieux, ce qui peut renforcer le rôle de l'Église en tant qu'acteur de la paix et de la justice sociale.

Il rencontre le président Tshisekedi au palais de la nation le 31 janvier avant la grande messe tant attendue du 1er février à l’aéroport de Ndolo où un espace de 85 000 m² a été aménagé pour recevoir les 2 millions de personnes attendues selon des sources officielles.

Des ouvriers montent une scène

Crédit photo, GUERCHOM NDEBO

Légende image, Des ouvriers font des préparatifs avant la visite du pape François en République démocratique du Congo, à l'aéroport de Ndolo à Kinshasa, le 30 janvier 2023.

Même si son voyage à Goma au Nord-kivu, initialement prévu lors de sa visite avortée de juillet, a été annulé pour des raisons de sécurité, les représentants des victimes du conflit, des réfugiés et des déplacés internes iront à la rencontre du Pape pour recueillir son message de solidarité, dans l’espoir que son appel pour l’arrêt du conflit à l’Est du pays soit entendu.

Le vendredi, il rencontre les évêques de la Conférence épiscopale du Congo (Cenco), présidée par l’archevêque de Kisangani, Mgr Marcel Utembi Tapa.

Après la RDC, le Pape François se rendra le 3 février à Juba en Soudan du Sud.

Visite du Pape François en RDC