Le vélo au service de l'autonomie

Yasmine et Julia en République de Guinée.

Crédit photo, Cycling to empower

Légende image, Yasmine et Julia en République de Guinée.

Au moment où les fans de football prennent la destination de la Côte d'Ivoire où a démarré samedi la Coupe d'Afrique des nations (CAN), deux jeunes femmes, Diawara Affoué Yasmine et Julia Venn, ont pédalé dans le sens inverse. De la Côte d'Ivoire, en passant par la Guinée Conakry, elles ont rejoint le Sénégal pour promouvoir leur projet : "le vélo au service de l'autonomie".

Au cours de leur long périple, elles ont offert des vélos à des élèves, dans les localités qu'elles ont traversées.

"Chacune et chacun peut le faire. Ce n'est pas une question de blanc ou de noir, de femme ou d'homme. Pédaler depuis la Côte d'Ivoire jusqu'au Sénégal, oui, chacun de vos objectifs, vous pouvez les relever", explique Diawara Affoué Yasmine, aussi connue sous le nom de Day dans la vie courante.

Les deux amies crient en chœur leur slogan : "Yes, cycling to empower !" (Oui, le vélo au service de l’autonomie !)

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"Je travaille dans tout ce qui est engagement des jeunes. Je suis stratège en innovation et engagement des jeunes à Unicef, en Côte d'Ivoire. Par ailleurs, je suis cofondatrice de Cycling to empower", poursuit-elle.

"J'ai une entreprise sociale qui s'appelle Bi, qui lutte contre le gaspillage et l'insécurité alimentaire en Côte d'Ivoire, à Madagascar et au Maroc", dit Julia Venn, la collaboratrice de Yasmine.

L’influence du premier vélo

Yasmine et Julia félicitées par des motocyclistes à Dakar.

"J'ai eu mon premier vélo à l'âge de douze ans. En fait, mon papa avait la vision parce qu'à chaque fois, durant la fête de la Tabaski, il m'envoyait à vélo partager la viande de mouton aux amis dans n'importe quel quartier et moi j'aimais ça", raconte Yasmine.

"Alors pour moi, si tu devais m'envoyer quelque part, mieux vaut que ce soit à vélo plutôt qu’en voiture parce que j'aimais être sur les terrains difficiles en train de pédaler, en train de tester mon guidon. J'ai toujours aimé ce sens de liberté et du fait qu'on soit proche de la communauté, qu'on soit proche de l'environnement", témoigne Yasmine. Selon elle, "lorsqu'on est à vélo, on peut être rapide, mais on peut s'arrêter quand on veut".

Bref, "on peut aller très loin, comme jusqu'à Dakar depuis la Côte d'Ivoire", assure-t-elle.

"Pour moi également, mon père et mon grand-père m'ont beaucoup inspirée. Mon père d’abord, parce qu’il a créé dans un petit village d’où je viens en Allemagne, un musée de vélos avec les différents stades de l'évolution du vélo. Et mon grand-père, avec qui j'ai fait mes premières balades à vélo", souligne Julia Venn.

Aujourd'hui vivant à Abidjan, elle se balade, dit-elle, à vélo et partage cette liberté avec Yasmine, de pouvoir aller où elles veulent sans se soucier des embouteillages.

"On ne se soucie pas des embouteillages parce qu'on est plus rapide que les voitures, et on peut saluer tout le monde. Je connais mon petit quartier et on fait de belles rencontres, à vélo, parce qu'on est vraiment plus proches de tout le monde qui nous entoure".

La passion pour l’environnement

Julia et Yasmine.
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"Je suis passionnée des objectifs de développement durable et mon objectif de développement durable préféré, c'est le numéro quatre, l'accès à une éducation de qualité. Donc en faisant ce voyage, j'avais envie de le lier avec mon amour pour les ODD", avoue Yasmine.

"J'avais envie de rappeler aux jeunes qu’on est capable de faire des choses, qu’on est capable d'innover et pas forcément d'attendre de tout copier de l'Occident, mais surtout pouvoir se servir des causes justes", renchérit Yasmine Diawara.

"C'est pour ça qu'on a voulu faire cette levée de fonds pour offrir des vélos en bambou à des filles principalement. Mais les garçons aussi, qui font de longues distances pour se rendre à l'école. Un exemple, c'était à Banian, un petit village en Guinée. On a rencontré un jeune homme qui fait neuf kilomètres le matin et neuf kilomètres le soir à pied pour aller à l'école, c'est à dire quatre heures de marche à pied pour rejoindre l'école", poursuit-elle.

Pour Yasmine, aider ces jeunes filles et garçons qui avaient accès à l’école dans des conditions très difficiles, à travers ce voyage, était une expérience constructive et libératrice.

"On a gagné en confiance en nous, on a rencontré des personnes magnifiques, alors la levée de fonds, elle, se fait en ligne. Nous avons utilisé les réseaux sociaux, la technologie, donc le digital, pour pouvoir atteindre tout le monde. On voulait que ce soit global. Donc, on a le lien sur Gofundme où on invite vraiment tous ceux qui nous suivent, tous ceux qui nous regardent à donner parce qu'on compte offrir deux mille vélos à des enfants dans tous les pays qu'on a traversés, donc en Côte d'Ivoire, en Guinée Conakry, en Gambie et au Sénégal", explique-t-elle.

Cette campagne de don est tout à fait particulière et innovante. Ce sont des vélos en bambou que les deux collaboratrices offrent aux écoliers.

"On parle d'innovation environnementale, on parle de renforcement des ressources locales qu'on a ici sur le continent africain. Donc il y a une jeune femme au Ghana qui a fait une entreprise de vélos en bambou, construits avec des jeunes de son pays et elle replante également pour chaque bambou utilisé pour un vélo", explique Julia Venn.

"Je crois qu'il y avait dix autres bambous dans sa pépinière, donc c’est vraiment un projet à impact durable et qui démontre un leadership féminin sur le continent qui est extraordinaire ", déclare-t-elle.

Satisfaites du soutien des communautés locales

Toutes souriantes, Yasmine et Julia racontent leur voyage.

Très contentes du soutien reçu lors de ce voyage durant lequel, elles disent avoir vécu des moments inoubliables, les deux jeunes femmes ont remercié tout le monde pour leur générosité.

"Nous étions logées gratuitement, nourries par les familles qui nous ont hébergées", raconte Yasmine.

"On a dormi chez les habitants, à part deux fois, où on était dans les hôtels. Ce sont eux qui ont tout organisé pour rencontrer la jeunesse, pour rencontrer des préfets, pour rencontrer des ONG. Donc c'était vraiment une expérience humaine unique et formidable".

"Lorsqu'on dit aux gens qu'on veut faire ce voyage à vélo, tout le monde disait : mais non, ce n'est pas sécurisant. Mais vraiment, à aucun moment on ne s'est pas sentie en sécurité. Au contraire, on s'est senti accueillie, on s'est sentie en liberté. On s'est sentie proche de la nature, de voir comment la Guinée est magnifique, belle et riche".

"En fait, à vélo, vous avez cette capacité de voir que les choses sont proches de vous, qu’on peut créer plus de cohésion. Et ça, c'était magnifique. Souvent on a peur, on se dit que c'est dangereux, mais si j'avais écouté toutes les craintes, toutes les ondes négatives qui étaient données, ça n'aurait pas été possible. Mais en retour, on a eu de la vie générosité, une expérience absolument incroyable", précise Yasmine.

"C'est Yasmine qui avait l'idée de faire ce voyage et j'ai envie de le souligner parce qu'elle est africaine. Elle est jeune, elle est femme et souvent parce qu'on est à deux. Et je suis blanche. Les gens vont dire Ah, c'est un truc de blanc, c'est parce qu'elle est là. Non, ce n'est pas ça", précise Julia.

"A Dakar, on a organisé des événements avec les jeunes, avec des enfants pour savoir ce qu'ils pensent de la question environnementale, savoir comment ils comptent s'engager pour l'environnement".

"Comme je disais tout à l'heure, on a rencontré de vrais cas, des jeunes garçons et filles qui sont effectivement loin et qu'un vélo pourrait aider à rejoindre plus rapidement l'école. On va recenser les différents jeunes garçons et filles dans les quatre pays où nous sommes passées pour cibler bien. Donc, on a une liste de critères".

Un périple difficile

Julia et Yasmine à vélo à Dakar.

"Alors, mon moment le plus mémorable, c'était en Guinée, sur la pire des côtes, neuf kilomètres de montée. Tout le monde nous avait fait peur de cette côte, la côte des vents à Mamou. Et là, à peu près à six kilomètres, on n'a plus d'eau depuis longtemps. On est en souffrance et là on va à une boutique", se souvient Julia.

Fatiguée, assoiffée, en manque d’argent, les deux cyclistes vont se payer deux petits sachets d’eau avec le peu d’argent qui restait à Yasmine quand tout à coup Julia aperçoit un petit garçon qui les regarde et qui mange une orange. Alors, elle lui demande : vous vendez aussi des oranges ?

"Je me disait peut-être, une orange, ça sera mieux que l'eau pour me donner un peu d'énergie. Et donc il me répond : non, on ne vend pas des oranges ici, mais il me donnait son orange et ça, vraiment, ça représente en fait la générosité des différents pays de l'Afrique entière qu'on a visités et des gens qu'on a rencontrés", se réjouit-elle.

Mais l’hospitalité des gens avait réussi à faire oublier les difficultés du long périple. "J'ai appelé un ami qu'on n'avait même pas encore rencontré. On nous a mis en contact avec lui quelques jours auparavant. Mais en l'espace de trente minutes, le monsieur Traoré a arrangé une chambre dans sa famille où ils ont déménagé les enfants qui occupaient cette chambre pour la préparer pour nous en moins d'une demi-heure", témoigne Yasmine.

"C'est tellement marquant que finalement, le boost que ça te donne, ça efface toute la difficulté que tu peux vivre sur le moment", dit-elle.

La maman de Yasmine, surnommée pour l'occasion La flèche, et toute la famille, n’étaient pas d’accord pour ce voyage. Mais finalement La flèche a fait le périple jusqu’à Dakar. Pour Yasmine, il est vraiment "important de suivre ce que l'on ressent".

"Quand lui a fait part du projet, elle a dit : bon, je peux vous accompagner jusqu'à, on va voir quand on entre en Guinée. Je vais retourner peut-être à la frontière et puis après, finalement, c'est devenu, je vais visiter Conakry. Et puis elle est tombée amoureuse de la Guinée. Elle a dit : je vous accompagne jusqu'à Dakar", révèle Yasmine.

"Personne n'a eu envie de le faire, nous l'avons fait. Et nous avons vraiment utilisé toutes nos capacités, toutes nos compétences pour préparer un voyage sécurisé, un voyage où nous avons vraiment tout mis à disposition pour que tout se passe très bien".

En roulant entre cinquante et cent kilomètres par jour, les trois femmes ont réussi à arriver à destination. Elles ont réussi à démontrer par-là que c’était bien possible.

"Mais la vague d'amour et de soutien aussi qu'on a reçue a été énorme. Réalisez vos rêves. Oui, vous pouvez bien le faire".