Putsch manqué au Burkina Faso : Le nom du lieutenant-colonel Damiba, les ''aveux'' du ''commerçant complice'' et les 70 millions de Fcfa

Crédit photo, brahim Traoré/X
- Author, Abdou Aziz Diédhiou
- Role, BBC News Afrique
Ce sont d'abord les milieux proches du pouvoir du Burkina Faso qui ont relayé l'information sur un coup d'Etat avorté durant le weekend dernier. Depuis hier, le gouvernement burkinabè est sorti de son silence.
Selon les autorités, une tentative de coup d'Etat a bel et bien eu lieu. Des arrestations sont en cours et l'ancien président, le Lieutenant-Colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, a été cité comme étant ''le commanditaire''.
Dans une vidéo diffusée par la télévision publique, un homme présenté comme un présumé ''complice'' affirme avoir été en Côte d'Ivoire où il serait revenu avec 70 millions de Fcfa pour le financement de l'opération.
Ce que disent les autorités burkinabè

Crédit photo, Anne Czichos Getty Images
Dans une déclaration diffusée par la RTB, la télévision publique, le Commissionnaire divisionnaire de Police, Mahamadou Sana, livre les détails de ce coup d'Etat manqué qui a défrayé la chronique sur les réseaux sociaux du pays, durant le weekend dernier.
Selon le ministre de la Sécurité nationale, le Burkina Faso a déjoué pour la nième fois une tentative de déstabilisation.
''Le 03 janvier 2026, à 23 heures, il était prévu une action de déstabilisation du pays'' dit Mahamadou Sana dans sa déclaration diffusée par la RTB, la télévision publique.
Livrant les détails de l'opération, il soutient que les auteurs du coup d'Etat avaient prévu ''une série d'assassinats ciblés de certaines autorités civiles et militaires en commençant par la neutralisation du camarade, capitaine Ibrahim Traoré, chef de l'Etat, président du Faso soit à bout portant, soit par une action pour miner son domicile''.
Mahamadou Sana ajoute que ''après cette action, devrait suivre une action de mise hors service de la base de drones et une intervention militaire terrestre de forces extérieures'' sans préciser l'origine de ces forces.
Il affirme que plusieurs acteurs sont impliqués dans cette tentative, mais pour éviter de compromettre l'efficacité des enquêtes en cours, leur identité n'a pas été révélée.
Le ministre de la Sécurité du Burkina Faso a cependant précisé que le ''commanditaire est l'ex-Lieutenant-Colonel Paul Henri Sandaogo Damiba'', ancien président de la République renversé par Ibrahim Traoré, le 30 septembre 2022.
''Il (Damiba) a eu pour mission clé de concevoir et de planifier les actions, de rechercher et de mobiliser les fonds, de recruter des populations civiles et des militaires'' a indiqué M. Sana ajoutant que des ''civils devraient mobiliser les populations, leurs adeptes pour qu'après l'action militaire, ils puissent soutenir'' les nouvelles autorités.
Les ''aveux'' d'un présumé ''complice''
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Après la déclaration du ministre de la Sécurité, la RTB a diffusé une vidéo où l'on voit un homme d'une soixantaine d'année d'apparence, habillé en boubou et assis sur un fauteuil noir et derrière un tapis vert avec des motifs noirs et beiges, faire des aveux.
Cet homme qui se présente comme étant El Hadj Madi Sakandé déclare en langue locale mais dont les propos ont été transcrits ''s'être rendu en 2023 chez l'ancien président Damiba et avoir échangé avec lui''.
''En 2025, je me suis rendu encore chez l'ancien président Damiba. A notre deuxième rencontre, il m'a signifié leur intention de faire un coup d'Etat pour s'emparer du pouvoir. Il m'a expliqué sa volonté de reprendre le pouvoir et il m'a demandé de voir comment on pouvait l'aider à atteindre son objectif'' déclare-t-il.
Poursuivant son récit, il raconte qu'à son retour, être parti voir un commerçant qui réside à Ziniaré et dont le petit fils, un militaire travaillerait dans l'entourage du président (Ibrahim Traoré) et qui accepte d'accomplir la mission''.
Les ''70 millions de Fcfa récupérés en Côte d'Ivoire''
Dans sa déclaration diffusée par la télévision publique, le ministre de la Sécurité du Burkina Faso a révélé que les auteurs du coup d'Etat manqué avaient bénéficié d'un soutien financier de l'extérieur.
''Il faut souligner qu'une bonne partie du financement provient de la Côte d'Ivoire dont la dernière opération s'élève à 70 millions de Fcfa'' a déclaré Mahamadou Sana.
Il n'a toutefois pas précisé si ce financement provenait des autorités ivoiriennes.
L'homme présenté à la télévision comme un présumé complice a également déclaré s'être rendu en Côte d'Ivoire où il a récupéré 70 millions de Fcfa.
Il n'a pas non plus mentionné les noms des personnes qui lui ont remis ce montant ou de personnes qu'il a rencontrées en Côte d'Ivoire.
Ni le colonel Damiba, ni la Côte d'Ivoire n'ont fait de commentaires à ce sujet.

Crédit photo, AFP
Plusieurs arrestations
Plusieurs personnes ont été arrêtées dont des militaires. Selon le ministre de la Sécurité, de nombreux citoyens civils ont été également interpelés dans cette histoire.
Certains ''ont été utilisés naïvement pour faire des courses, transmettre des commissions'' a estimé Mahamadou Sana précisant que la loi leur sera appliquée ''dans toute sa rigueur''.
Sana a insisté sur le fait que la situation était sous contrôle et a exhorté les citoyens à « ne pas se laisser induire en erreur, par naïveté, par des manœuvres dangereuses ».
On ignore combien de personnes ont été arrêtées.
Des détracteurs, tant locaux qu'étrangers, ont accusé le Capitaine Traoré d'autoritarisme et affirment que son gouvernement réprime la dissidence, notamment par des arrestations arbitraires d'officiers militaires et des restrictions imposées aux médias.
Ce n'est pas la première fois que la junte pointe du doigt l'ingérence étrangère dans ses affaires.
Le colonel Damiba a dirigé le Burkina Faso de janvier à septembre 2022 après avoir pris le pouvoir à un gouvernement élu.
Après avoir été évincé, il s'est exilé au Togo voisin et avait déclaré dans un message publié sur les réseaux sociaux qu'il souhaitait plein succès à son successeur.
Quant au présumé complice qui aurait rencontré le Lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, il a ''demandé pardon'' au président Ibrahim Traoré dans sa vidéo.
Reste à savoir, s'il obtiendra ce pardon ou pas.















