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"Nous n'avons pas le droit d'échouer" El Malick Ndiaye, ministre des Infrastructures et des Transports terrestres et aériens du Sénégal
- Author, La rédaction
- Role, BBC Afrique
Baisse du coût de la vie, lutte contre la pauvreté, la corruption et l'injustice, réduction du chômage des jeunes, rupture. Le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko ont fait de grandes promesses avant d’accéder au pouvoir au Sénégal, le 24 mars 2024. Quelles sont les mesures prises pour matérialiser ces promesses ? Les populations ressentent-elles les avantages de ce changement de régime ?
El Malick Ndiaye, ministre des Infrastructures et des Transports terrestres et aériens du Sénégal répond aux questions de la BBC.
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AIR SENEGAL
BBC : En tant que ministre des Infrastructures et des Transports terrestres et aériens, pouvez-vous nous parler de la situation de la compagnie nationale Air Sénégal ?
El Malick Ndiaye : J'ai trouvé qu'Air Sénégal n'était pas en bon état, mais nous travaillons actuellement sur un plan de sauvetage pour tout revoir, y compris la gestion, et aussi, pour changer la stratégie. Nous avons besoin d'une nouvelle stratégie et d'un nouveau plan d'affaires pour la remettre sur pied.
Air Sénégal est l'une de mes priorités, bien sûr, car la compagnie aérienne est liée à l'image du pays. C'est comme la diplomatie, nous devons donc mettre la société en très bon état, qu'elle soit efficace, avec de bons services afin de positionner notre pays au niveau international pour le tourisme, l'économie, etc. C'est donc très important pour nous.
Donc c'est l'une de vos top priorités ?
Exactement, je veux dire que c'est une obligation pour moi, et je peux dire même que c'est une question de souveraineté parce qu'actuellement, la réalité du secteur du transport aérien africain est telle que nous avons tous des difficultés lorsque nous voyageons en Afrique à cause des coûts des vols très élevés, des détours par plusieurs pays et des escales de longues heures. Nous devons donc trouver de très bonnes solutions pour faciliter la mobilité en Afrique.
Je pense que nous avons une très bonne organisation , si vous prenez l'ASECNA, la CEDEAO, l'UEMOA, mais la question principale est de gérer ou de parvenir à construire des entreprises fortes et stratégiques et également d'avoir une coopération stratégique entre nous, d'avoir de bons accords afin d'être complémentaires. C'est la question principale, mais je pense que la dernière réunion que nous avons eue avec les autres ministres à Ouagadougou en août, nous nous sommes rencontrés deux fois, certains points ont été soulignés et nous allons nous réunir à nouveau pour y parvenir.
RESPECT DES PROMESSES ELECTORALES
Lors de la campagne présidentielle, le président Diomaye Faye a promis aux électeurs qu'il ouvrirait une ère de "souveraineté" et de "rupture". Le nouveau gouvernement a-t-il tenu cet engagement ?
Je pense qu'il suffit d'un micro trottoir pour se rendre compte qu'effectivement, c'est la perception des populations. Nous sommes venus avec un projet souverainiste, disons le projet, pour un Sénégal juste, souverain et prospère, et avec bien sûr une dose de rupture. Ce qui a été opéré dès le début, en tout cas de nos actions.
D'abord, dans le choix du gouvernement, la réduction de la taille du gouvernement, mais aussi des mesures phares qui ont été prises par rapport à beaucoup de contrats, par exemple ou de décisions qui ont été prises et qui vont à l'encontre des intérêts des populations qui ont été tout simplement arrêtés et annulés par le président de la République. Des dizaines, pour ne pas dire des centaines. Vous avez vu ce qui a été opéré sur les accords de pêche avec les navires qui squattaient nos océans dans des conditions obscures.
Donc, tout a été arrêté, la liste a été publiée, les rapports, des organes de vérification comme l'IGE, la Cour des comptes et l’OFNAC ont été publiés, ce qui est inédit, ce qui est une grande première.
Les Assises de la justice, parce que si on parle d'un Sénégal juste, je pense que la justice a été vraiment challengée durant ces dernières années, ce qui fait que c'est l'un des premiers chantiers du président de la République. Et ces assises ont apporté des conclusions assez innovantes. Et nous pensons qu'avec l'application de ces conclusions, nous pouvons nous doter d'un système judiciaire qui sera pratiquement parmi les meilleurs au monde parce que tout simplement, tous les inputs sont déjà là. Et la volonté du président de la République et de son gouvernement aussi est bien là.
La baisse du coût de la vie était une mesure importante de la campagne de votre coalition. Pensez-vous avoir réussi à réduire les prix des produits de première nécessité pour les sénégalais lambda ? Les populations ressentent-elles les avantages de ce changement de régime ?
Comme j'ai l'habitude de le dire, la situation dans laquelle nous avons trouvé le pays rien qu'en arrivant à payer les salaires, ça veut dire que nous sommes en train de faire un excellent travail. Et si je vous le dis, vous pouvez me croire parce que le président et le Premier ministre vont bientôt s'adresser aux Sénégalais pour revenir sur ça, bien sûr. Mais ce qui est ce qui a été très apprécié par les populations, c'est qu'on a tenu parole.
Effectivement, le coût de la vie a été réduit, surtout les denrées les plus consommées au Sénégal que ce soit le riz, l'huile, le sucre, le pain de façon globale et même les télécommunications, à savoir l'Internet, entre autres. Et pourquoi ? Parce qu'on a tout simplement su appuyer sur des leviers et sur une ingéniosité qui nous a permis de faire des économies, sur la chaîne, parce que tout simplement des fournisseurs jusqu'aux consommateurs il y a plusieurs intermédiaires et il y avait des marges inexplicables, exagérées et nous avons en tout cas travaillé à réduire ces marges, mais surtout à innover, en tout cas dans l'acquisition.
On va aller vers des centrales d'achat, ce qui va encore nous permettre en tout cas de réduire davantage le coût de la vie. Ce qui a été fait aussi pour nous réduire réellement et maîtriser le coût de la vie, c'est d'aller vers une souveraineté alimentaire. Et la souveraineté alimentaire, c'est le secteur primaire, c'est l'agriculture, c'est la pêche, c'est l'élevage et comme vous pouvez le noter, avec la publication des navires en tout cas, qui étaient dans nos océans les accords de pêche, la nouvelle gouvernance de ces accords de pêche, nous a permis de mieux gérer nos océans, de permettre à nos pêcheurs de se retrouver dans des côtes poissonneuses comme les autres pays, à savoir la Guinée-Bissau ou tout simplement la Mauritanie.
Au niveau de l'agriculture, comme vous pouvez le voir, réduire le prix de l’engrais en un temps record jusqu'à 22 % et nous savons que nous pouvons faire plus, c'est quand même quelque chose d'extraordinaire. Je ne parle pas maintenant de l'enveloppe qui a été réservée aux agriculteurs. On est passé de cent à cent vingt milliards, mais surtout, les semences ont été gérées de sorte que les vrais agriculteurs ont reçu les semences, ont reçu l'engrais. On a mis l'armée à contribution, mais on a changé aussi la gouvernance. Cette campagne arachidière ce qui nous a permis aujourd'hui de satisfaire la demande qui était là. Et les populations ont extrêmement bien apprécié.
Le Sénégal s'efforce d'empêcher les jeunes de risquer leur vie pour se rendre en Europe. Il y a quelques semaines, la marine sénégalaise a intercepté 200 migrants illégaux à bord d'une pirogue dans le nord du pays. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
C'est un sujet extrêmement important pour les plus hautes autorités et tout le gouvernement. Le drame de l'immigration n'est pas spécifique au Sénégal, c'est un problème global qui doit être traité de façon endogène pour le régler définitivement.
Je pense qu'il s'agit d'un problème global dans le monde entier, et pas seulement au Sénégal, on a vu ce qui se passe en Amérique latine, en Afrique, de nombreuses personnes passent par le Sénégal pour se rendre en Europe en traversant la Mauritanie ou la Libye.
Ce qu'il faut dire, c'est que l'Afrique a longtemps été dépossédée de toutes ses ressources qui sont transférées vers ces grandes économies comme l'Europe, les États-Unis et d'autres puissances et on peut dire que les jeunes suivent le chemin de ces ressources. C'est pour trouver une solution à ce fléau que le Sénégal a décidé d'opérer une rupture dans l'exploitation de nos ressources en optant pour la souveraineté.
La renégociation des contrats léonins que le Sénégal a signés avec ses partenaires permettra de résoudre en partie la question du chômage des jeunes. Nous avons mis en place une commission chargée de renégocier tous les contrats dans les secteurs économiques en vue de mieux prendre en compte les intérêts stratégiques du Sénégal. Lorsque nous aurons obtenu la souveraineté alimentaire et dans d'autres domaines, notre économie sera en mesure d'absorber tous les jeunes demandeurs d'emploi qui n'auront plus besoin de prendre les pirogues pour rejoindre l'Occident.
CRITIQUES CONTRE LE POUVOIR ACTUEL
Des personnes ont été arrêtées pour avoir critiqué le président et le Premier ministre. Que répondez-vous à ceux qui disent que vous reproduisez les mêmes "travers" que le gouvernement précédent et vous accusent de vouloir restreindre la liberté d’expression ? (Deux hommes ont été emprisonnés pour "diffusion de fausses nouvelles" et "offense au chef de l'Etat", le premier pour avoir accusé le Premier ministre Ousmane Sonko de tolérer l'homosexualité et le second pour des propos jugés insultants à l'endroit du président).
Liberté d'expression ne signifie pas libertinage d'expression. Ce qui s'est passé, je peux dire même que c'était de la provocation. Mais ça, ils ont maille à partir avec la justice. Nous, on a décidé de réformer la justice, de la laisser faire son travail. Le président Bassirou Diomaye Faye n'a pas déposé de plainte, le Premier ministre Ousmane Sonko non plus. Mais il y a une loi qui est là, qui est en vigueur.
Des personnes ont décidé d'aller à son encontre, de fouler du pied le droit ou la loi, et ils se sont permis d'accuser notre Premier ministre. D'autres ont préféré tout simplement proférer des insanités, des insultes envers l'institution du président de la République. Vous savez, on a toujours dit pour nous, le président de la République, c'est une institution. Et pour montrer que c'est une institution, il ne doit pas être président de la République et président de parti.
Aujourd'hui, dès que notre président Bassirou Diomaye Faye a été élu, il a décidé de démissionner de son poste de secrétaire général du parti. Il n'était même pas le président. Nous, dans nos textes, c'était clair que le président du parti, une fois élu président de la République, perd d’office son poste. Mais ce n'était pas pour le poste de secrétaire général, mais quand même, il a décidé de démissionner pour se consacrer uniquement à la satisfaction des besoins des Sénégalais. Et cela montre qu'aujourd'hui, on a affaire à une institution et non à un président de parti ou un secrétaire général. Et ce qui fait qu'il ne participe presque plus, même à nos activités, nous, en tant que parti politique. Il faut quand même que les gens puissent savoir raison garder et en tout cas s'abstenir de procéder d'une certaine manière. Car le Sénégal d'avant le vingt-cinq mars 2024 et le Sénégal d'aujourd'hui n'est pas et ne sera pas le même.
Certaines personnes vous reprochent de procéder à des nominations partisanes et accusent même le régime actuel de népotisme. Que leur répondez-vous ?
En fait, ça, c'est normal. Il y a quelques hommes politiques qui essaient de s'opposer, qui n'y arrivent pas. Et donc c'est normal qu'ils essaient de trouver de petites choses par ci et par là. Mais comme vous le savez, les nominations, que ça soit sur le plan du gouvernement, que ce soit sur les postes de direction, entre autres, ont été hautement appréciées par les populations.
Dans chaque poste, la personne qu'on a mise là-bas, vous pouvez faire un bilan de compétences, comparer la fiche de poste et son CV et sa trajectoire, et l'enquête de moralité pour montrer qu'effectivement c'est amplement mérité.
On nous a accusés de népotisme juste sur la base des noms de famille. Par exemple pour mon cas parce que mon nom de famille est Ndiaye, ils ont identifié dans mon ministère, dans les nominations, toutes les personnes qui ont comme nom de famille Ndiaye pour dire que ce sont mes frères et soeurs. Mais au Sénégal si tu sors les Ndiaye, il n'en restera plus beaucoup. Donc c'est de ça dont il s'agit malheureusement.
La vérité, c'est que ce qui était accepté, pardonné avant, c'est-à-dire de mettre son fils, son beau-frère, son frère et toute sa famille dans les affaires de l'Etat, nous-même un parent lointain, ne sera pas toléré, même si ce n'est pas interdit par la loi, on s'abstient en tout cas de mettre dans notre dispositif, dans nos cabinets, entre autres, des proches ou des membres de notre famille. Donc, sur ce point, je pense qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chat, c'est très clair. Les nominations se sont passées dans les règles de l'art.
RELATION DIOMAYE - SONKO
Comment se porte le tandem Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ?
Les relations entre le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko sont d'excellentes relations. J'ai dit que pour nous, c'est un don de Dieu. C'est un cadeau du ciel d'avoir ces deux formidables personnes, en tout cas comme président et Premier ministre. Oui, il y en a qui rêvent de les voir se séparer, peut-être pour pouvoir. Je peux dire prétendre en tout cas à jouer pleinement leur rôle dans l'opposition. Mais quand même, ils vont devoir attendre au moins pendant des années encore, pour ne pas dire pendant cinquante ans. Parce que tout simplement, on a deux formidables personnes qui, par la force des choses, sont devenues aussi de très bons amis qui se connaissent très bien, qui partagent énormément de choses.
Le 'Diomaye mooy Sonko' [Diomaye, c'est Sonko ndlr] n'est pas un vain slogan, c'est une réalité. Ils partagent les mêmes valeurs, ils partagent la même probité, ils partagent le même degré de patriotisme. Bref, ils partagent presque tout ce qui fait qu'aujourd'hui leurs relations, encore une fois, c'est une complémentarité, c'est une complicité. Mais surtout, une bénédiction pour notre cher pays.
Qu’est-ce que les Sénégalais et le monde en général doivent attendre concrètement de ce premier mandat du président Faye ?
Alors un État souverain, un État exemplaire, pour ne pas dire un Etat benchmark sur le plan de la gouvernance, la rupture, la bonne gouvernance, la justice, mais aussi un modèle d'État qui doit inspirer les autres pays, particulièrement de l'Afrique, pour sortir de cette phase de coups d'État répétitifs. Entre autres. Montrer que c'est possible, par la révolution civile, d'arriver au pouvoir, de prendre des commandes et de changer qualitativement le devenir des Africains.
Aujourd'hui, l'Afrique compte énormément sur nous. Aujourd'hui dirigeants du Sénégal, on peut considérer le Sénégal comme un laboratoire pour l'Afrique. C'est pourquoi on n'a pas le droit à l'erreur. On n'a pas le droit d'échouer. On est obligé, tenu et lié en tout cas de montrer le bon exemple, de réussir cette mission, de montrer que c'est possible, de prendre un pays comme le Sénégal et d'en faire un eldorado et d'en faire un exemple et d'en faire un pays souverain sur tous les aspects.
Donc cette souveraineté à laquelle nous aspirons, que ce soit sur le plan alimentaire, sur le plan, comment dire sécuritaire sur le plan numérique, sur le plan économique, de façon globale aujourd'hui, fait que tout le monde est en train de nous observer et je pense que nous en sommes conscients. Et nous sommes en train de prendre toutes les précautions, toutes les mesures et toutes les initiatives nécessaires pour y arriver et pour effectivement faire du Sénégal un pays développé, à l'image des grandes puissances.