Élections en RDC 2023 : « 30% du matériel électoral ne fonctionne pas » - Luc Lutala

Des agents électoraux de la CENI testent une machine à voter lors d'une formation dans un centre de vote à Lubumbashi, le 19 décembre 2023, à la veille des élections présidentielles et générales en République démocratique du Congo.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Des agents de la CENI testent une machine à voter lors d'une formation dans un centre de vote à Lubumbashi.
    • Author, Pamela Bamany
    • Role, BBC Afrique
    • Reporting from, Kinshasa

Interview accordée à la BBC par Luc Lutala, Coordonnateur national de la Symocel, la Synergie des missions d’observation citoyenne des élections en RDC.

BBC : Monsieur Luc Lutala, Bonjour.

Luc Lutala : Bonjour Madame

BBC: Vous êtes Coordonnateur national de la SYMOCEL et chef de mission, vous avez publié un rapport sur ces élections en RDC à l’ouverture des bureaux de vote. Quel constat avez-vous fait ?

Le constat a pris plusieurs niveaux. D’abord c’est sur l’existence, l’accessibilité, la possibilité de trouver facilement les bureaux de vote, l’existence et la disponibilité du matériel et puis la disponibilité des différents agents dans les bureaux de vote. Ensuite on essaie de voir comment est-ce que le bureau est sécurisé ou n’est pas sécurisé, on appelle ça plus ou moins l’environnement d’un bureau de vote. Avec le clou, est-ce que le bureau de vote a ouvert à l’heure légale qui est prévue, et ici chez nous c’est à 6 heures. Globalement, c’est ça les tendances sur lesquelles il faut mettre l'accent et puis en ligne de mire on observe un peu les incidents, parce que dans ce contexte, il y a aussi les incidents.

BBC : Quels sont les incidents que vous avez relevés ?

Luc Litala : De façon globale, il faut relever qu’il y a énormément de différences de niveau d’existence. On peut noter en ce qui concerne l’ouverture de vote qu’on a à peu près 59% des bureaux de vote qui ont ouvert à temps, 34% de bureaux de vote qui ont ouvert en retard, et que le reste ce sont des bureaux qui n’avaient pas encore ouvert en ce moment-là.

C’est une assez grosse proportion et on verra qu’en même temps qu’il y a des bureaux de vote où il n’y avait pas de matériel. Il faut signaler que jusqu’à 9h ou 10h, des bureaux de vote n’avaient pas encore ouvert. Ça c’est plus au niveau de Kinshasa qu’au niveau des provinces. On va voir aussi qu’il y a des bureaux de vote qui avaient un, deux, trois agents, c’est-à-dire que partout ce n’était pas le compte global. Avec ce contexte, c’est beaucoup d’incidents qui ont été signalés, notamment en ce qui concerne le non-accès des observateurs (autour de 8% de nos observateurs) qui n’avaient pas eu accès aux bureaux de vote. On a aussi signalé des cas de personnes qui détenaient des matériels de vote par devers elles.

Un fonctionnaire de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) aide un électeur au bureau de vote de l'Institut Zanner à Goma, le 20 décembre 2023.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Un fonctionnaire de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) aide un électeur au bureau de vote de l'Institut Zanner à Goma, le 20 décembre 2023.
Ignorer Promotion WhatsApp et continuer la lecture
BBC Afrique est sur WhatsApp

Des informations vérifiées à portée de main

Cliquez ici et abonnez-vous !

Fin de Promotion WhatsApp

BBC : Dans quelles provinces vous avez rencontré le plus de problèmes et dans quelles autres les choses se sont déroulées de façon plus ou moins correctes ?

Luc Litala : Ilfaut dire que la situation du pays est plus ou moins la même. Mais il y a par exemple le Kongo, le sud Mbangi, je crois le Mayedombe, Kinshasa, Lualaba…vous avez quand même des provinces qui reviennent comme ça avec le top des irrégularités. On aurait pu penser que Kinshsa serait épargné. On a même à Kinshasa des bureaux de vote qui ont commencé autour de 15 heures. Avec cela, c’est aussi des incidents, des matériels de vote qui ne fonctionnent pas. On est quand même à une proportion assez grande qui dépasse les 30% de matériels qui ne fonctionnent pas, et donc ça a créé des incidents, des gens qui s’en sont pris aux agents de la CENI, ainsi de suite. Il faut signaler qu’il y a aussi des incidents par rapport aux cartes. Vous savez, il y a toutes ces problématiques du fichier électoral, il y a beaucoup de gens qui sont venus, mais qui ne sont pas sur la liste, cela a posé énormément de problèmes. Ensuite il est aussi signalé sur le terrain des partis politiques qui ont eu énormément de cartes d’accréditation et qui ont des cartes d’observateurs entre les mains des partis politiques qui se sont mis à chercher des observateurs au dernier moment.

On a dans presque toutes les provinces, des portions de bureaux de vote qui n’ont pas du tout ouvert jusqu’à 18 heures. On a des endroits où des gens s’en sont pris aux agents et on a fermé les bureaux de vote, parce que jusqu’au-delà de 12 heures les bureaux de vote n’avaient toujours pas ouvert, à Ngaba, Linga par exemple.

Des membres de la SYMOCEL en observation

Crédit photo, SYMOCEL

Légende image, La SYMOCEL a signalé des dysfonctionnements majeurs dus notamment au retard dans l’ouverture de plusieurs bureaux de vote à Kinshasa comme à l’intérieur de la RDC.

Un peu plus tard, on va observer par exemple les rapports qui tombent avec un peu d’incident sur le déroulement sur lesquels on va revenir un peu demain. On a assisté à une ouverture de bureaux de vote qui est complètement décalée. Il y a des endroits où ça a ouvert, il y a des endroits où il n’y a pas d’agents, il y a des endroits où il y avait des agents, mais pas suffisamment de matériels. Il y a des endroits où on a assisté à des machines qui ne fonctionnaient pas du tout et où les gens s’en sont pris aux machines. En même temps, il faut souligner des provinces comme l’Ituri où les déplacés se sont rendus compte qu’ils n’étaient pas pris en compte et ont cassé les matériels et les machines et même s’en sont pris aux observateurs, dont un des nôtres qui était victime.

Même situation plus ou moins dans le Nord Kivu où les déplacés qui voulaient voter au site qui est le plus proche, se sont rendus compte qu’ils n’étaient sur les listes, eux aussi ont cassé et les bureaux ont fermé, ça veut dire que dans le pays on trouve un peu un climat pas très apaisé dans ce démarrage. Il faut espérer que les choses s’améliorent dans le bon sens, mais globalement, on a un grand nombre de bureaux de vote qui ont vraiment commencé en retard et on a énormément d’incidents qui sont déjà signalé, la preuve qu’il y a beaucoup de défis à relever.

Vue générale d'un bureau de vote saccagé après que des personnes aient été empêchées de voter à Bunia, dans la province d'Ituri, le 20 décembre 2023.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Vue générale d'un bureau de vote saccagé après que des personnes ont été empêchées de voter à Bunia, dans la province d'Ituri, le 20 décembre 2023.

BBC : Vous avez sans doute un autre rapport à publier à la fin des élections pour en savoir un peu plus sur la situation. Mais vous en tant que observateur citoyen, combien d’observateurs avez-vous déployé dans le pays pour relever tous ces problèmes sachant qu’il y a près de 75.000 bureaux de vote qui sont censés fonctionner normalement ?

Nous avons accrédité 12.000 observateurs de court terme, 225 observateurs de long terme, 540 superviseurs territoriaux. Mais à ce jour, nous avons déployé les observateurs de long terme et les superviseurs, avec un minima de 20 observateurs de court terme, faute de moyen. Ça veut dire qu’on a encore beaucoup d’observateurs qui sont encore là, qui sont accrédités. Donc vous avez l’effectif qu’on a qui tourne autour de mille et nous avons un système électronique de remontée de données à deux paliers, la SYMO, qui nous permet de voir les données en temps réel et en même temps nous avons, pour ceux qui sont dans les territoires un peu éloignés qui vont faire le système de remontée de données assez classique.

Demain déjà, nous allons faire notre déclaration préliminaire autour de 11 heures ou 13 heures pour avoir un aperçu global, non seulement de l’ouverture des opérations, mais aussi des dépouillements et du climat général que les opérations de vote vont donner, pour avoir une idée sur la qualité, et pourquoi pas sur les premières tendances.

BBC : Merci beaucoup Monsieur Lutala d’avoir répondu à nos questions de BBC

Luc Litala : C’est moi qui vous remercie, Madame.