Guerre États-Unis-Israël contre l'Iran : les dirigeants africains prêchent la diplomatie

Des panaches de fumée s'élèvent suite aux explosions signalées à Téhéran le 1er mars 2026, après que le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a été tué la veille lors d'une importante attaque américano-israélienne, provoquant une nouvelle vague de frappes de missiles de représailles de la part de l'Iran.

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Légende image, Des panaches de fumée s'élèvent suite aux explosions signalées à Téhéran le 1er mars 2026, après que le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a été tué la veille lors d'une importante attaque américano-israélienne.
    • Author, Mamadou Faye
    • Role, BBC News Afrique
  • Temps de lecture: 8 min

Alors que les salves de missiles pleuvent sur Téhéran, Tel-Aviv, Dubaï, entre autres, et que le Moyen-Orient bascule dans une escalade militaire après les frappes conjointes des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, des dirigeants africains prêchent la paix, en invitant les protagonistes à la retenue.

Dans un contexte mondial suspendu aux risques d'escalade militaire au Moyen-Orient, l'Union africaine (UA) et la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ont tiré la sonnette d'alarme.

Inquiètes des répercussions internationales d'un conflit opposant les États-Unis et Israël à l'Iran, elles ont exhorté toutes les parties à privilégier la retenue afin d'éviter un embrasement aux conséquences imprévisibles.

L'UA et la CEDEAO appellent à la retenue

Le président de la Commission de l'Union africaine (UA) Mahmoud Ali Youssouf pose pour une photographie à l'ambassade de Djibouti à Addis-Abeba, le 11 décembre 2024.

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Légende image, Le président de la Commission de l'Union africaine (UA) Mahmoud Ali Youssouf.

Face à la montée des tensions au Moyen-Orient, les organisations africaines ont rapidement fait entendre une voix commune : celle de la prudence diplomatique. Dans un communiqué publié le 28 février, le président de la Commission de l'Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a exprimé sa "profonde préoccupation" après les frappes militaires menées par les États-Unis, en coordination avec Israël, contre des cibles en République islamique d'Iran, y voyant "une grave intensification des hostilités" dans la région.

Le responsable africain a appelé les parties impliquées "à la retenue, à une désescalade urgente et à un dialogue soutenu", rappelant que le respect du droit international et de la Charte des Nations unies demeure indispensable pour préserver la paix et la sécurité internationales.

Au-delà de la dimension sécuritaire, l'Union africaine alerte également sur les répercussions économiques potentielles d'une escalade. Une aggravation du conflit, prévient-elle, pourrait déstabiliser davantage l'économie mondiale, affecter les marchés de l'énergie et fragiliser la sécurité alimentaire, avec des effets particulièrement sensibles pour le continent africain, déjà confronté à de fortes pressions économiques et sécuritaires. "La paix durable ne peut être atteinte que par la diplomatie, et non par la force", a-t-il insisté.

Par ailleurs, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) adopte un ton similaire. S'exprimant au nom de l'organisation, son président en exercice, le chef de l'État sierra-léonais Julius Maada Bio, a averti que l'intensification des opérations militaires risque d'accentuer l'instabilité régionale et d'entraîner de lourdes conséquences pour la paix mondiale, mais aussi pour les les chaînes d'approvisionnement alimentaire, particulièrement en Afrique et dans les régions les plus vulnérables.

L'organisation sous-régionale a ainsi exhorté "toutes les parties à faire preuve d'une retenue maximale" et à agir dans le strict respect de la Charte des Nations unies et du droit international, notamment les principes de souveraineté, d'intégrité territoriale et de règlement pacifique des différends.

De Dakar à Pretoria, en passant par le Caire, une même ligne diplomatique se dessine : éviter l'embrasement. Face au risque d'un conflit aux répercussions mondiales encore imprévisibles, les dirigeants africains privilégient presque unanimement l'appel au dialogue et au retour aux négociations.

Entre condamnations et appels à la retenue

Le président Cyril Ramaphosa prend la parole lors de la tournée du trophée original de la Coupe du monde de la FIFA aux Union Buildings le 30 janvier 2026 à Pretoria, en Afrique du Sud.

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À Dakar, le gouvernement sénégalais a exprimé, dans un communiqué du 28 février, sa "profonde préoccupation face à l'escalade des tensions au Moyen-Orient", soulignant que les récents développements militaires font peser "de graves risques sur la paix et la stabilité régionale". Le communiqué rappelle que "la protection des vies civiles et des infrastructures critiques doit rester primordiale".

Le Sénégal "condamne l'usage de la force quel qu'en soit le prétexte, surtout lorsqu'elle constitue une menace réelle à la souveraineté des États et à la stabilité mondiale", et appelle à un cessez-le-feu immédiat ainsi qu'à l'arrêt de toute action susceptible d'aggraver la situation. Dakar exhorte l'ensemble des parties "à faire preuve de la plus grande retenue, à privilégier le dialogue et à éviter toute initiative pouvant conduire à une confrontation plus large aux conséquences imprévisibles".

De son côté, l'Afrique du Sud, par la voix du président Cyril Ramaphosa, a également appelé à la retenue et à la diplomatie. Dans un communiqué publié le 28 février, Pretoria a exprimé sa "profonde préoccupation face à l'escalade des tensions au Moyen-Orient" et a rappelé les principes de l'article 51 de la Charte des Nations unies.

Le président Ramaphosa a insisté : "Toutes les parties doivent faire preuve de la plus grande retenue et agir conformément au droit international, au droit international humanitaire et aux principes de la Charte des Nations unies". Il a souligné que "la légitime défense n'est admise que lorsqu'un État subit une invasion armée. La légitime défense préventive n'est pas autorisée par le droit international et ne peut reposer sur des suppositions ou des anticipations".

Pour le chef de l'État sud-africain, "l'expérience a démontré à maintes reprises qu'il ne peut y avoir de solution militaire à des problèmes fondamentalement politiques qui peuvent et doivent être résolus par la voie diplomatique". Selon lui, "la confrontation militaire n'a jamais instauré une paix durable, ni permis de répondre aux griefs légitimes qui sous-tendent les conflits". Pretoria insiste enfin sur le fait qu'"une paix et une stabilité durables ne peuvent être atteintes que par un dialogue inclusif et un véritable engagement en faveur de la justice et de la coexistence".

Par le biais d'un communiqué de son ministère des Affaires étrangères, l'Égypte a signalé que "l'escalade des tensions risquait de dégénérer en un conflit régional plus large". Le Caire avertit que le conflit pourrait avoir "de graves conséquences pour la sécurité et la stabilité régionales et internationales".

Mesures de précautions

Cette longue exposition révèle les traînées et les explosions des interceptions de projectiles par le système de défense antimissile israélien Dôme de fer au-dessus de Tel Aviv le 28 février 2026. Les États-Unis et Israël ont lancé des frappes contre l'Iran le 28 février, la chaîne de télévision publique israélienne rapportant que le guide suprême iranien avait été ciblé, tandis que la République islamique ripostait par des tirs de missiles sur les États du Golfe et Israël.

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Légende image, Traînées et explosions des interceptions de projectiles par le système de défense antimissile israélien Dôme de fer au-dessus de Tel Aviv le 28 février 2026.

Face à l'escalade du conflit, plusieurs gouvernements africains ont rapidement pris des mesures pour protéger leurs ressortissants.

Dès le 28 février, le gouvernement ougandais a publié un avis sécuritaire officiel pour ses citoyens en Iran. Kampala a exhorté ses ressortissants à "quitter l'Iran par tous les moyens possibles" lorsqu'ils en ont la possibilité.

Dans le même temps, le pays a décidé de rapatrier tout le personnel non essentiel de son ambassade à Téhéran pour des raisons de sécurité. Aux citoyens qui ont choisi de rester sur place, le gouvernement recommande de rester chez eux et de suivre attentivement les instructions officielles.

De son côté, la Tanzanie a annoncé suivre de près l'évolution de la situation par l'intermédiaire de ses missions diplomatiques. Le gouvernement a conseillé à ses ressortissants présents dans les zones touchées de rester vigilants et prudents, soulignant que la situation reste volatile et imprévisible.

Ces mesures illustrent la priorité donnée par les États africains à la protection de leurs citoyens, dans un contexte de tensions internationales où la prudence prime sur toute action précipitée.

Possibles répercussions économiques

Un navire de la marine est aperçu naviguant dans le détroit d'Ormuz, voie maritime vitale par laquelle transite une grande partie du pétrole et du gaz mondiaux, le 1er mars 2026. Deux navires ont été attaqués dans le détroit d'Ormuz le 1er mars, ont indiqué les agences de sécurité maritime, alors que l'Iran lançait une deuxième journée de frappes en réponse aux frappes militaires américano-israéliennes contre l'Iran qui ont tué son guide suprême.

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Légende image, Un navire de la marine est aperçu naviguant dans le détroit d'Ormuz, voie maritime vitale par laquelle transite une grande partie du pétrole et du gaz mondiaux, le 1er mars 2026.

Alors qu'il pourrait y avoir des risques de perturbation du commerce mondial, avec le blocage des chaines de logistique et de distribution, les inquiétudes grandissent également quant aux répercussions économiques potentielles.

La fermeture du détroit d'Ormuz pourrait allonger les délais de livraison des frets maritimes et entrainer des retards commerciaux. Ce qui risque de rendre les importations plus chères et mettre la pression sur les économies dépendantes des importations et des exportations.

"Avec le conflit au Moyen-Orient, le prix du baril va exploser. Rien que ces deux premiers jours, il y a une hausse de 13 % sur le baril. Alors, on a vu également que pratiquement tous les cours des bourses sont en chute. Ça aussi, c'est autre chose", s'est alarmé l'économiste sénégalais Mor Gassama.

Selon lui, la situation en cours "va se répercuter sur les prix du pétrole, parce que 20 % du pétrole mondial transite par le détroit d'Ormuz qui est actuellement fermé".

"Ça veut dire que les bateaux seront obligés de faire un grand détour. Ce qui va être facturé sur le coût de la logistique. Comme le niveau de risque devient plus important, il se pourrait également que les assureurs revoient leurs coûts aussi à la hausse, vu que les pétroliers, il y en a même un, je pense qui a été atteint hier par les missiles iraniens, (ne peuvent plus passer par le détroit d'Ormuz). Ça veut dire simplement qu'on se dirige vraiment vers des lendemains quand même sombres", prédit Mor Gassama.

"Les États-Unis voudraient faire une guerre éclaire. Ils pensaient qu'en quatre jours, ils pourraient régler leur problème. Maintenant, ils pensent à 2 à 3 semaines alors qu'on ne sait jamais, ça pourrait tourner à l'enlisement, ce qui serait vraiment catastrophique pour l'économie mondiale", avertit l'économiste.

"Ça va créer vraiment de l'inflation à tous les niveaux parce que si le prix du pétrole augmente, tous les produits dérivés aussi vont suivre la même logique", dit-il.

Le Kenya a averti que l'instabilité au Moyen-Orient pourrait perturber des exportations clés, notamment le thé, le café, les fleurs, la viande et les légumes, qui dépendent fortement des marchés et des voies de transport de la région.

La Tanzanie et le Kenya qui entretiennent des liens commerciaux étroits avec les États du Golfe ont émis des craintes que des perturbations prolongées des voies maritimes ne nuisent aux recettes d'exportation.