Élections en RDC 2023 : "Moïse Katumbi veut capitaliser son bilan de gouverneur du Katanga"

Moïse Katumbi veut relever les défis qui se posent en RDC

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    • Author, Isidore Kouwonou et Syntyche Mantar Tompté
    • Role, BBC Afrique
    • Reporting from, Dakar et Kinshasa

Moïse Katumbi se positionne aujourd’hui comme le grand leader qui a déjà réalisé de grands résultats pour les Congolais. Après avoir soutenu d’autres candidats lors de précédentes élections, il est lui-même candidat à la présidentielle du 20 décembre prochain.

Après avoir porté Martin Fayulu lors de la présidentielle de 2018 et rejoint quelques mois plus tard la mouvance présidentielle, donc Félix Tshisékédi dont il disait qu’il a apporté des réponses claires aux attentes des Congolais, Moïse Katumbi, Gouverneur de la Province du Katanga (2007-2015) pense aujourd’hui qu’il est temps de donner à toute la RDC ce qu’il a.

Il a fait ses preuves lorsqu’il était à la tête du Katanga, avec de grands résultats réalisés, selon ses proches.

Porté par la Plateforme Ensemble pour la République, Moïse Katumbi, candidat à l’élection présidentielle du 20 décembre, sillonne actuellement les Provinces du Congo à la conquête des suffrages de son peuple pour briguer la magistrature suprême. Ce candidat a un projet pour la RDC comme il l’a fait au Katanga, selon son état-major de campagne.

« Il a manifestement été un vrai leader pour de grands résultats pour le Katanga », indique Olivier Kamitatu, Directeur de cabinet et Porte-parole de Moïse Katumbi.

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Son bilan au Katanga peut-il parler pour lui?

Le Katanga est la plus grande province de la République Démocratique du Congo. Moïse Katumbi l’a dirigé pendant au moins huit ans avec des résultats encourageant qui militeraient en sa faveur. « Il a eu des résultats de développement assez extraordinaires », souligne Olivier Kamitatu.

A l’en croire, M. Katumbi entend projeter ces résultats au niveau national. C’est pourquoi il est candidat à cette élection. Il reconnaît toutefois que le niveau de défi n’est pas le même, mais indique que « Moïse Katumbi est un champion ».

« On relève les défis quand on est un champion. Et quand on a déjà cette base de résultats, ce sont des valeurs positives », poursuit-il, en étalant le talent du richissime homme d’affaires à la tête d’un club de football déjà 5 fois vainqueur de la Ligue des champions de la CAF.

Ce qui, selon M. Kamitatu, ne lui permettra pas de piller les caisses de l’Etat, ni de monter sur ses grands chevaux. Il sera un président humble à l’écoute de tout le monde.

« Quand il a été nommé gouverneur, il a mis de la rigueur, de la discipline dans les finances de la province. Cette même rigueur, cette même discipline, il veut l’appliquer au niveau de la République Démocratique du Congo, et c’est ce qu’attendent les Congolaises et les Congolais. C’est de pouvoir bénéficier de leurs richesses, d’une prospérité qui soit partagée, une croissance qui soit plus inclusive », ajoute-t-il.

Pourquoi Moïse Katumbi cristallise-t-il les attentions?

Un militant de l'opposant Moise Katumbi

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La candidature de Moïse Katumbi a toujours été au centre de la polémique, ne faisant pas l’unanimité de la classe politique. Le candidat retient donc l’attention de beaucoup. Mais pour son porte-parole, cela constitue plus un avantage qu’un handicap.

« Parce que Moïse Katumbi porte l’espoir de toute la population qui le soutient, et ça se voit avec tout l’accueil qui lui est réservé », dit Olivier Kamitatu. Même si des gens doutent de sa réussite au Katanga, il n’empêche que la population, elle, voit en lui son espoir, selon lui.

Cette unanimité que fait Katumbi auprès de la population a commencé depuis son retour d’exil. Pour Olivier Kamitatu, la polémique dont on parle serait plutôt au sein de la classe politique, entretenue par certains responsables. Et cette polémique-là ne peut pas être un handicap pour le candidat, selon son porte-parole.

Il affirme en outre que les adversaires de Katumbi ne font que l’attaquer sur les réseaux sociaux alors que la majorité de la population adhère à sa politique. Ce qui se fait voir sur le site internet du candidat à travers une rubrique « calomnie et vérité ».

« A un moment, il faut dire les vérités telles qu’elles sont. Il ne faut pas laisser propager la médisance ni le mensonge. Aujourd’hui, le peuple congolais a le droit de savoir. Mais les réseaux sociaux, c’est quelque pourcent à peine de la population qui y ont accès », trouve-t-il.

Pour lui, les adversaires passent plus leur temps à évoquer Moïse Katumbi qu’à parler de leur bilan d’abord et de leur projet ensuite. Cela arrange plutôt son candidat, car les autres se rendront compte plus tard qu’ils parlent beaucoup plus de lui et c’est parce qu’ils n’ont plus rien à vendre. « Ils ont épuisé leur quota de promesses », ironise-t-il.

Mauvais compagnon politique ?

Pas du tout, selon Olivier Kamitatu. Le candidat de la plateforme Ensemble pour la République n’est pas changeant : « Il reste attaché à des valeurs ». Pour lui, Katumbi s’est déchiré avec son ancienne famille politique, parce qu’il reste attaché aux valeurs que prône le peuple congolais à travers sa constitution.

Il rappelle que le père de Félix Tshisékédi était aux côté de Moïse Katumbi quand il se battait pour que Joseph Kabila puisse quitter après ses deux mandats. « Nous nous sommes battus. Le peuple s’est exposé. Il y a eu des victimes sur les parvis des églises. Ce fut une période extrêmement douloureuse couronnée par l’accord de saint Sylvestre, de la CENCO, une prolongation de mandat, et puis les élections de 2018 », se rappelle-t-il.

Il ajoute qu’aujourd’hui, ils ne sont pas dans les similitudes car on ne peut pas comparer 2018 à 2023. Et d’insister : « Le Congo de 2018 n’est pas le Congo de 2023 ». Il rappelle également que Moïse Katumbi avait été empêché de se présenter en 2018, c’est pourquoi il avait soutenu des candidats comme Martin Fayulu, puisqu’étant rentré au Congo le 4 août 2018, il n’avait pas eu sa carte d’électeur, condition sine qua non pour être éligible.

« Vu cet empêchement, nous avons considéré qu’il nous fallait nous rallier derrière un candidat commun de l’opposition. C’est ce que voulait la population. Moïse Katumbi n’étant pas candidat, il a travaillé corps et âme pour qu’il y ait un seul candidat commun de l’opposition. A cette époque-là, il défendait Félix Tshisékédi, il considérait qu’il devait être le candidat », explique-t-il.

Moïse Katumbi et Martin Fayulu n'ont pas réussi à se mettre ensemble pour cette élection

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Mais les discussions de Genève avaient décidé autrement en choisissant Martin Fayulu. Katumbi a donc soutenu ce candidat, en se pliant à la décision de Genève, poursuit-il.

Même récemment en mai, Katumbi et Fayulu se sont rapprochés pour se battre pour avoir une élection crédible, transparente et inclusive dont les résultats feront l’unanimité. Ce rapprochement les a amenés à Lubumbashi où ils ont signé une déclaration.

« Bien entendu, Martin Fayulu s’en est détaché. Il a considéré à un moment donné qu’il allait boycotter l’élection », fait savoir Olivier Kamitatu qui dit que Fayulu était ensuite revenu dans le processus avec sa candidature. « Il a considéré qu’il était le meilleur candidat derrière lequel tout le monde devait se retrouver », ajoute-t-il.

Moïse Katumbi est resté constant, persiste-t-il, appelant le peuple congolais à défendre sa voix.

Comment Katumbi compte avoir les voix des Congolais

Olivier Kamitatu reconnaît qu’il y a un danger dans cette élection. Il évoque d’abord cette foi que les Congolais ont perdue en les élections dans ce pays. Il faut en blâmer ceux qui ont tripatouillé les élections de 2018. Et donc pour lui, le premier danger, c’est l’abstention.

La dispersion des voix est le deuxième danger qu’il lie à cette élection présidentielle. La pluralité des candidatures au niveau de l’opposition n’est pas une bonne chose. Il fallait se rassembler face à la dynamique de la majorité qui ne veut pas quitter le pouvoir.

La fraude, pour lui, est le troisième danger.

Il indique qu’il est important qu’il y ait des ralliements, qu’il soit de l’ancien Premier ministre Matata Ponyo, de Franck Diongo, de Set Kikuni, de Denis Sesanga. « Nous y avons travaillé à Pretoria à l’initiative d’une ONG Sud-africaine », renseigne M. Kamitatu. Il a rappelé aussi la rencontre de Génève sur le même sujet. Et ce sont ces discussions qui ont amené Matata Pogno à se rallier au départ à la candidature de Moïse Katumbi, parce que le programme que ce dernier synthétise à la fois celui de Dénis Sesanga, de Matata Ponyo et même du Docteur Mukwege dont les délégués étaient présents.

Moïse Katumbi lors d'un meeting

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« Maintenant c’est une question d’ego, de personnalité, d’envie », souligne Olivier Kamitatu pour qui ces dysfonctionnements ne peuvent pas constituer un handicap pour Katumbi dans la collecte des voix des électeurs, même dans les fiefs de ces leaders qui ont quitté la dynamique.

Pour lui, les autres qui sont avec Katumbi dans la plateforme Ensemble pour la République ont aussi des ambitions pour les Congolais. C’est la synthèse de ces programmes plus le projet du candidat qui est véhiculé auprès de la population qui accordera sa voix à l’ancien gouverneur du Katanga. « La dévolution des responsabilités se fera au prorata de l’effort qui aura été fait pour gagner ces élections », annonce-t-il.

Ce que fera Moïse Katumbi, s'il est élu président de la République

D’abord Olivier Kamitatu pense que l’élu travaillera avec tout le monde, surtout qu’il a foi en la jeunesse. Il redonnera la dignité et la place que la RDC doit occuper dans le concert des nations.

« Le Congo a une population qui double tous les 25 ans. En 2050, il y aura 180 millions de Congolais et 2 milliards d’Africains. Ça veut dire qu’un Africain sur dix sera un Congolais. Le nom Congo va être porté en termes d’économie matérielle. La valeur Congo est une valeur qui commence à monter très fortement », affirme-t-il.

Il souligne qu’aujourd’hui on parle du pays en termes de changement climatique, mais on en parlera beaucoup plus sur les plans sportif, artistique, scientifique. Il n’exclut pas des alliances que Katumbi pourrait nouer avec d’autres leaders pour gouverner le Congo.

« Il veut bâtir sa gouvernance autour des valeurs, restaurer la crédibilité de l’Etat, l’honorabilité de la fonction, réduire le train de vie de l’Etat, la justice sociale à tous les Congolais », dit-il.

L'opposant Moïse Katumbi

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Les charges des institutions doivent correspondre aux richesses dont dispose le pays, et les Congolais, selon lui, vont tous bénéficier des retombées. Moïse Katumbi travaillera, poursuit-il, pour l’enracinement de la solidarité nationale, puisqu’il faut que tous les secteurs professionnels du pays se sentent concernés par la gouvernance.

Il estime qu’« il ne faut pas seulement regarder des millionnaires, de grands députés qui circulent dans de grosses voitures. Il faut réduire le train de vie de l’Etat et revenir à un Etat à la norme ». Pour lui, le salaire du président de la République, les dépenses de la première dame, les salaires des nombreux conseillers à la présidence sont des choses incongrues qu’il faut bannir.

« Moïse Katumbi ne veut pas cette république de privilégiés contre 100 millions de personnes qui regardent et qui assistent dans la misère la plus noire. Il faut aujourd’hui retrouver le sens de la justice sociale. Il faut donner une chance à toutes les Congolaises et à tous les Congolais », déclare-t-il.

Concernant la jeunesse, le président élu va créer de l’emploi. Olivier Kamitatu évoque la différence que fera Katumbi, étant donné qu’il détient une équipe de football bien structurée, constituée de jeunes, un stade bien construit.

Sécurité sur l'ensemble du territoire

Moïse Katumbi est également préoccupé par la situation à l’Est du pays. D’ailleurs, l’un des slogans du candidat est que « l’autorité de l’Etat est bafoué ». Il faut arrêter ces Congolais, insiste-t-il, qui ont pris les armes contre l’Etat.

« Nous sommes dans un cycle de guerre permanent. Il faut permettre aux populations de l’Est de vivre une vie normale », cite-t-il l’une des promesses du candidat.

La première chose que l’ancien gouverneur de Katanga fera dans ce cadre s’il est élu, c’est de lutter contre la corruption qui mine tous les corps sociaux de la société et de l’armée. Il pense remettre en place une armée forte, disciplinée, bien encadrée, bien équipée et bien payée.

« Nous devons avoir une armée comme nous l’avons eu par le passé, qui est partie au Tchad, au Rwanda, qui a restauré la paix dans certains pays en Afrique. Aujourd’hui nous sommes victimes des groupes armés, parfois des groupes armés étrangers qui ont trouvé un sanctuaire dans un pays où l’Etat n’existe pas, les FDLR, les ADF qui sont des groupes terroristes », regrette-t-il. Sans oublier des groupes internes mus par l’instinct de protéger leur communauté.

Avec Moïse Katumbi, persiste-t-il, il y aura une cohésion nationale, des dialogues entre les communautés, avec refus de toutes formes de discrimination basée sur le tribalisme, le régionalisme et que chacun se sent épanoui dans son pays. Il pense également aux déplacés internes qu’il fera rentrer dans leur village et les réfugiés (près de 900.000 aux frontières du Congo) qui reviendront dans le pays.

Tout ceci passera par la reconstitution d’une armée qui sera crainte et le dialogue avec tous les fils du Congo afin d’inculquer à chacun et à tous l’idée du vivre ensemble. « Et ça, on l’a oublié, parce que pendant 5 ans, il y a eu du favoritisme en faveur de l’une ou l’autre communauté », dénonce le directeur de campagne de Moïse Katumbi.

Il rappelle que Félix Tshisékédi a discuté pendant 9 mois avec le M23 sans trouver de solution. Aujourd’hui, il y a plus de 150 groupes armés alors qu’ils étaient 50 avant la prise de fonction de Tshisékédi. Pour lui, « c’est un échec phénoménal ».

Katumbi compte réinjecter massivement des fonds dans les provinces où il y a des conflits. Parce qu’il fait constater que la violence se développe dans des endroits où les routes sont coupées, où les populations ne peuvent pas vaquer à leurs activités agricoles et où les commerçants ne peuvent pas circuler. Il va donc rouvrir ces routes. Le programme de stabilisation et de reconstruction de l’Est du pays élaboré en 2008, sera repris.

« On ne peut pas réinventer, mais il nous faut absolument refaire de ces provinces des zones de paix et de prospérité partagée ».

Le candidat de « Ensemble pour la République » ne comptera que sur les forces congolaises pour rétablir la sécurité sur le territoire. Selon son porte-parole, s’il y a des forces d’appui, le pays ne refusera pas. Mais il ne sera pas question de demander des forces sous régional pour faire le travail. « On ne peut pas sous-traiter notre défense indéfiniment », coupe-t-il.