Extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba : le Togo confirme officiellement sa remise au Burkina Faso

    • Author, Mamadou Faye
    • Role, BBC News Afrique

Après plusieurs jours de flou médiatique et de démentis autour d'une possible extradition, les autorités togolaises ont officiellement confirmé la remise de Paul-Henri Sandaogo Damiba aux autorités burkinabè. L'ancien président de la Transition du Burkina Faso a été extradé le 17 janvier 2026, selon un communiqué du ministère togolais de la Justice.

"Après avis favorable de la chambre d'instruction, Monsieur Damiba Paul-Henri Sandaogo a été remis aux autorités de la République du Burkina Faso le 17 janvier 2026", indique le communiqué signé par le ministre togolais de la Justice.

Renversé par un coup d'État militaire en septembre 2022, le lieutenant-colonel Damiba s'était réfugié à Lomé, où il vivait depuis sa chute. Il était régulièrement accusé par les autorités burkinabè de tentatives de déstabilisation du régime en place.

Dans son communiqué, le gouvernement togolais précise avoir reçu, le 12 janvier 2026, une demande officielle d'extradition émanant des autorités judiciaires du Burkina Faso.

Cette requête visait Paul-Henri Sandaogo Damiba, poursuivi notamment pour détournement criminel de deniers publics, enrichissement illicite, corruption, incitation à la commission de délits et de crimes, recel aggravé et blanchiment de capitaux.

Après examen de la régularité de la demande, les autorités togolaises ont engagé la procédure prévue par la législation nationale. L'ancien chef militaire a ainsi été interpellé le 16 janvier 2026, en exécution du mandat d'arrêt joint à la demande d'extradition, avant d'être placé en détention.

Saisie du dossier, la Chambre d'instruction de la Cour d'appel de Lomé a rendu, le même jour, un avis favorable à l'extradition, à l'issue d'une audience publique.

Selon le ministère togolais de la Justice, cette décision s'appuie sur "l'offre de réciprocité des autorités burkinabè", les instruments juridiques internationaux auxquels le Togo est partie, ainsi que les garanties fournies par Ouagadougou concernant le respect de l'intégrité physique, de la dignité et des droits fondamentaux de Paul-Henri Sandaogo Damiba, notamment le droit à un procès équitable et l'absence de la peine de mort.

Que dit la RTB au sujet des informations qui lui sont attribuées ?

Face aux informations qui ont précédemment circulé sur les réseaux sociaux, la Radiotélévision du Burkina Faso (RTB) a publié, le lundi 19 janvier 2026, un démenti officiel. Le média public burkinabè dénonce la diffusion de ce qu'il qualifie de "fausse information" usurpant son identité.

Dans un communiqué, la RTB indique qu'"une fausse publication circule actuellement sur les réseaux sociaux, usurpant l'identité de notre page officielle". La chaîne précise que la capture d'écran relayée en ligne est "falsifiée" et qu'elle prétend, à tort, annoncer l'extradition du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba vers le Burkina Faso le 18 janvier 2026.

La RTB dément formellement avoir diffusé une telle information. Elle affirme notamment que "cette publication n'a jamais été faite sur notre page officielle", qu'il s'agit d'"un montage photo frauduleux" et que les informations attribuées au média public concernant le lieutenant-colonel Damiba sont "totalement fausses". La chaîne précise également qu'elle "n'est pas l'auteur de cette publication".

Appelant à la vigilance, la RTB invite le public burkinabè à vérifier systématiquement l'authenticité des informations en consultant exclusivement ses canaux officiels, notamment sa page Facebook certifiée, ainsi que ses antennes de télévision et de radio.

La Direction générale de la RTB a enfin indiqué se réserver le droit d'engager des poursuites judiciaires contre les auteurs de cette manipulation, pour usurpation d'identité et diffusion de fausses informations.

Qui est Paul-Henri Sandaogo Damiba ?

Né le 2 janvier 1981 à Ouagadougou, Paul-Henri Sandaogo Damiba est un officier supérieur de l'armée burkinabè. Il a dirigé la Transition au Burkina Faso du 31 janvier au 30 septembre 2022.

Formé au Prytanée militaire de Kadiogo (promotion 1992) et à l'Académie militaire de Pô (7ᵉ promotion), il a également suivi une formation militaire en France. Sa carrière l'a conduit à commander des unités à Dori et à Ouahigouya, avant d'intégrer l'ex-Régiment de la sécurité présidentielle (RSP) sous Blaise Compaoré.

Il quitte cette unité après les mutineries de 2011 et comparaît par la suite dans les procès liés à la tentative de coup d'État de 2015.

En décembre 2021, dans un contexte sécuritaire marqué par l'attaque djihadiste d'Inata ayant fait une cinquantaine de morts, il est nommé commandant de la 3ᵉ région militaire par le président Roch Marc Christian Kaboré. Un mois plus tard, le 24 janvier 2022, il renverse ce dernier et prend le pouvoir à la tête du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR).

En 2021, Paul-Henri Sandaogo Damiba publie l'ouvrage "Armées ouest-africaines et terrorisme : des réponses incertaines ?", dans lequel il développe une réflexion critique sur les stratégies de lutte contre le terrorisme dans la région.

Paul-Henri Sandaogo Damiba est radié des forces armées en novembre 2024, avec 15 autres officiers, par les autorités militaires du Burkina Faso.

Que disent les autorités burkinabé ?

À ce stade, aucune communication officielle n'a été faite par le gouvernement du Burkina Faso concernant cette affaire.

L'ancien président de la Transition est toutefois régulièrement cité par les autorités burkinabè comme étant impliqué dans des projets de déstabilisation visant le pouvoir en place. La plus récente accusation remonte au 3 janvier 2026, date à laquelle les autorités ont confirmé avoir déjoué une tentative de coup d'État.

Selon la junte au pouvoir à Ouagadougou, Paul-Henri Sandaogo Damiba serait le "commanditaire" de cette opération. Dans la foulée, plusieurs arrestations ont été annoncées. La télévision publique burkinabè a notamment diffusé une vidéo présentant un homme décrit comme un présumé complice. Celui-ci affirme s'être rendu en Côte d'Ivoire et être revenu avec une somme de 70 millions de francs CFA destinée, selon les autorités, au financement de la tentative de putsch.