Que savons-nous des accords d'Abraham et de leur impact sur la région du Moyen-Orient ?

De gauche à droite, le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Abdellatif bin Rashid Al Zayani, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, le président américain, Donald Trump, et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdallah ben Zayed Al Nahyane, lors de la cérémonie de signature des accords d'Abraham, à la Maison Blanche, le 15 septembre 2020, à Washington.

Crédit photo, Chen Mengtong/China News Service via Getty Images

Légende image, De gauche à droite, le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Abdellatif bin Rashid Al Zayani, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, le président américain, Donald Trump, et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdallah ben Zayed Al Nahyane, lors de la cérémonie de signature des accords d'Abraham, à la Maison Blanche, le 15 septembre 2020, à Washington.

La région du Moyen-Orient a connu ces dernières années des transformations politiques et diplomatiques majeures, parmi lesquelles la signature de ce qui est connu sous le nom d'accords d'Abraham, des accords conclus entre plusieurs pays arabes et Israël, sous l'égide des États-Unis d'Amérique.

Mais ces accords ont suscité un large débat dans les milieux politiques, culturels et religieux. Alors que certains les voient comme une opportunité de renforcer la stabilité et la coopération économique dans la région, d'autres les considèrent comme contraires aux positions historiques concernant la question palestinienne et comme une normalisation inconditionnelle avec Israël.

Le conflit israélo-arabe est, depuis 1948, l'un des principaux défis de la région du Moyen-Orient. Il prend diverses formes, y compris des guerres sanglantes, des négociations complexes et des initiatives diplomatiques ratées. L'année 2020 a été décisive dans cette relation en raison de la signature des accords d'Abraham entre Israël et des pays arabes, une étape qualifiée de changement radical dans la carte des alliances et des intérêts régionaux.

Et bien que certains pays arabes, comme l'Égypte (en 1978) et la Jordanie (en 1994), aient précédé cette étape en signant des traités de paix avec Israël dans les années 70 et 90, les accords d'Abraham sont particuliers, dans la mesure où ils n'ont pas été conclus à la suite d'une guerre avec Israël, mais dans le cadre de "compréhensions politiques" de nature stratégique.

Et ils sont portent le nom du prophète Abraham, auquel se rattachent les trois religions monothéistes, le judaïsme, le christianisme et l'islam. Ce nom a été choisi pour donner une dimension de partenariat, sur une base religieuse, entre Israël et les Arabes, ou en d'autres termes entre les communautés juives et musulmanes.

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Quelles sont les clauses de la déclaration des accords d'Abraham ?

De gauche à droite : le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdullah bin Zayed Al Nahyan, et son homologue de Bahreïn, Abdullatif bin Rashid Al Zayani, lors de la cérémonie de signature des accords d'Abraham, à la Maison Blanche, le 15 septembre 2020.

Crédit photo, Chen Mengtong/China News Service via Getty Images

Dans le texte de la déclaration des accords d'Abraham, publié sur le site du département d'État américain, les parties prennent l'engagement de respecter les clauses suivantes :

  • L'importance de maintenir et de renforcer la paix au Moyen-Orient et dans le monde entier, sur la base de la compréhension mutuelle, de la coexistence pacifique et du respect de la dignité humaine et de la liberté, y compris la liberté de religion et de croyance ;
  • L'appel à renforcer les efforts visant à établir un dialogue entre les religions et les cultures, afin de promouvoir une culture de paix entre les trois religions abrahamiques et au sein de l'humanité tout entière ;
  • La conviction que la meilleure façon de relever les défis réside dans la coopération et le dialogue, et que le développement de relations amicales entre les pays sert les intérêts de la paix durable dans la région et dans le monde ;
  • S'efforcer d'ancrer les valeurs de tolérance et de respect pour chaque individu, afin de construire un monde où chacun jouit d'une vie digne et pleine d'espoir, sans distinction de race, de religion ou d'origine nationale ;
  • Soutenir la science, les arts, la médecine et le commerce, en tant qu'outils servant à inspirer l'humanité, à maximiser les potentialités humaines et à renforcer la proximité entre les peuples ;
  • S'efforcer d'éliminer l'extrémisme et les conflits, afin de garantir un avenir plus radieux pour les enfants du monde ;
  • Continuer à travailler pour une vision globale de paix, de sécurité et de prospérité au Moyen-Orient et dans le monde entier ;
  • Dans ce cadre, accueillir les progrès réalisés dans l'établissement de relations diplomatiques entre Israël et les pays voisins, conformément aux principes énoncés dans les accords d'Abraham.

Les fruits des accords d'Abraham

Les drapeaux des États-Unis, d'Israël, des Émirats arabes unis et de Bahreïn sur les murs de la vieille ville de Jérusalem, le 15 septembre 2020, en signe de soutien aux accords de normalisation des relations entre ces mêmes pays.

Crédit photo, Reuters/Getty Images

Légende image, Les drapeaux des États-Unis, d'Israël, des Émirats arabes unis et de Bahreïn sur les murs de la vieille ville de Jérusalem, le 15 septembre 2020, en signe de soutien aux accords de normalisation des relations entre ces mêmes pays.

L'Institut des accords d'Abraham pour la paix, basé à Washington, estime que la signature de ces accords est "un tournant essentiel dans la nature des relations entre Israël et les pays arabes".

"Quatre pays ont, en l'espace de quatre mois seulement, entre août et décembre 2020, entamé un parcours diplomatique pour normaliser leurs relations bilatérales avec Israël, suivant l'exemple de l'Égypte et de la Jordanie, en prenant cette étape marquante", ajoute-t-il.

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Le même institut souligne que ces accords "ouvrent la voie à la fin du conflit israélo-arabe, [de même que] des perspectives pour un avenir basé sur la paix, la tolérance et l'égalité des opportunités au Moyen-Orient et dans le monde entier".

Il considère également qu'ils marquent "le début d'un nouveau chapitre régional basé sur une vision collective de prospérité économique", et que "plus les relations commerciales se solidifient, plus les liens entre les peuples et les nations se renforcent".

Ces accords, selon la définition de l'Institut des accords d'Abraham pour la paix, sont un pilier pour "un véritable processus de paix au Moyen-Orient, en raison des avantages tangibles qu'ils mettent en évidence pour les relations humaines, les échanges commerciaux et la coopération conjointe". C'est une initiative qui saisit une opportunité historique pour libérer les énergies latentes de la région, renforcer la sécurité des États-Unis et aider le Moyen-Orient à surmonter des décennies de conflits vers une nouvelle phase de coopération multilatérale.

L'institut estime que les accords d'Abraham offrent des opportunités illimitées, pouvant contribuer à la création de jusqu'à quatre millions de nouveaux emplois et à la stimulation d'une activité économique estimée à un trillion de dollars au cours de la prochaine décennie.

Il ne fait aucun doute que la conclusion des accords d'Abraham a mis en lumière les relations entre Israël et certains pays arabes, en redéfinissant ainsi les contours du conflit israélo-arabe. La signature de l'un de ces accords a eu lieu le 15 septembre 2020, entre les Émirats arabes unis et Bahreïn d'une part, et Israël d'autre part, sous la supervision directe des États-Unis et avec le soutien du président américain, Donald Trump, suivis par le Soudan et le Maroc par la suite.

Benjamin Netanyahu et Mohammed ben Zayed Al Nahyane, le président des Émirats arabes unis

Crédit photo, Reuters/Getty Images

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Sous prétexte de stopper le plan d'annexion par Israël de certaines zones de la Cisjordanie en juillet 2020, les Émirats ont engagé des négociations pour normaliser leurs relations avec Israël. L'annonce de l'accord est survenue en août, après que les États-Unis ont annoncé la vente de 50 avions de chasse de type "F-35" aux Émirats.

En même temps, un autre pays du golfe Persique s'est empressé de rejoindre le mouvement de normalisation, avec l'annonce d'un autre accord entre Israël et Bahreïn. Et quelques jours plus tard, Bahreïn a rejoint les représentants des Émirats, d'Israël et des États-Unis lors d'une cérémonie de signature qui s'est tenue à la Maison Blanche, sous l'égide de Trump.

Et les États-Unis ont réussi, au cours des mois suivants, à conclure d'autres accords avec le Maroc et le Soudan pour normaliser les relations avec Israël. En décembre 2020, une déclaration conjointe a été faite entre le Maroc, Israël et les États-Unis, et les États-Unis sont devenus le premier pays à reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.

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Durant le même mois, les États-Unis ont retiré le Soudan de la liste des États soutenant le terrorisme, et en janvier 2021, le Soudan a signé la déclaration des accords d'Abraham. Les négociations pour un accord bilatéral entre Israël et le Soudan se sont poursuivies pendant des années, par la suite.

Les années qui ont suivi les accords ont également vu les parties signataires conclure une série d'accords commerciaux, dont les plus notables étaient les accords entre Israël et les Émirats, qui ont abouti à un volume commercial dépassant les 500 millions de dollars au cours de la première année de normalisation des relations.

Et malgré la diminution du soutien public aux accords d'Abraham au cours des années suivantes, notamment à la suite de la destruction qu'a connue Gaza après le déclenchement de la guerre entre Israël et le Hamas en octobre 2023, ce qui a conduit à une diminution de la persuasion d'autres pays à les signer, les accords d'Abraham sont restés en vigueur en tant que tels.

Dimensions stratégiques

Le président américain, Donald Trump, a annoncé les accords d'Abraham à la Maison Blanche, en août 2020.

Crédit photo, Reuters

Légende image, Le président américain, Donald Trump, a annoncé les accords d'Abraham à la Maison Blanche, en août 2020.

Il existe d'autres raisons stratégiques derrière la signature des accords d'Abraham entre des pays arabes et Israël à ce moment-là. Le fait que ces accords contribuent à soutenir les ambitions des Émirats, par exemple, et les aident à se construire en tant que puissance militaire, en plus d'être un centre d'affaires et une destination touristique de renom, selon Jeremy Bowen, rédacteur en chef à la BBC et spécialiste du Moyen-Orient.

Les États-Unis, de leur côté, ont aidé à conclure les accords en s'engageant à fournir aux Émirats des armes qui étaient auparavant hors de leur portée, notamment des avions furtifs F-35 et l'avion de guerre électronique EA-18G Growler.

En même temps, Israël et les États-Unis soutiennent les deux parties, émiratie et bahreïnie, dans leurs doutes envers l'Iran, car Téhéran prétendait jusqu'en 1969 que Bahreïn, par exemple, faisait partie intégrante de son territoire. Les dirigeants sunnites de Bahreïn estiment que certaines factions de la majorité chiite inquiète du pays représentent une éventuelle cinquième colonne pro-iranienne.

Les accords contribuent également à atténuer l'isolement régional d'Israël, car la normalisation des relations avec les pays arabes est un véritable accomplissement, d'autant que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, adopte une stratégie connue depuis les années 1920 sous le nom de "mur de fer" entre Israël et les Arabes, une stratégie basée sur l'idée que la supériorité militaire d'Israël "finira par contraindre les Arabes à reconnaître son existence comme une réalité inévitable".

Les accords contribuent également à renforcer l'alliance dans la région contre l'Iran, ce qui est un autre gain pour Israël. De plus, les Israéliens placent de grands espoirs dans les accords d'Abraham pour consolider leurs relations futures avec les pays du Golfe, géographiquement éloignés du foyer du conflit à Jérusalem et dans les territoires palestiniens occupés.

Il ne fait aucun doute que les accords d'Abraham représentent un tournant majeur dans l'histoire des relations arabo-israéliennes, en ouvrant la voie à des alliances non conventionnelles dans la région, basées sur des considérations économiques et sécuritaires, et dépassant dans une large mesure les considérations idéologiques et historiques.

Et tandis que certains voient dans les accords d'Abraham une opportunité pour la paix et le développement, comme cela est officiellement annoncé, leur sort reste conditionné par leur capacité à avoir un impact réel sur la résolution des questions en suspens, en tête desquelles la question palestinienne, qui demeure le cœur du conflit au Moyen-Orient.