Que savons-nous de la banque d'investissement et de développement de l'AES ?

Crédit photo, Présidence du Mali
- Author, Abdou Aziz Diédhiou
- Role, BBC News Afrique
Le deuxième sommet des dirigeants des juntes militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso, membres de l'Alliance des Etats du Sahel (AES) s'est ouvert ce mardi à Bamako, la capitale malienne.
Parmi les décisions majeures de ce sommet, figure le lancement officiel d'une banque confédérale d'investissement et de développement commune aux trois pays et dont le siège a été inauguré dans la capitale malienne.
La création d'une banque confédérale constitue un objectif majeur pour les pays de l'AES qui ont définitivement quitté la CEDEAO (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest).
Ali Mahaman Lamine ZEINE, Premier ministre, ministre de l'Economie et des Finances du Niger, explique que la création de la banque d'investissement ''s'inscrit dans une vision géopolitique renouvelée. Elle affirme notre volonté de devenir des acteurs et non plus des spectateurs''.
Le Premier ministre nigérien soutient qu'il ''s'agit pour les trois pays de mutualiser les ressources, les moyens et les stratégies en vue de doter l'espace AES des infrastructures nécessaires à son développement''.
La banque confédérale d'investissement et de développement de l'AES se veut un ''outil stratégique de souveraineté, de solidité et de développement'' a-t-il souligné.
L'histoire de cette banque confédérale

Crédit photo, Présidence du Mali
C'est le 12 décembre dernier à Bamako que les ministres de l'Économie et des Finances des trois États membres de l'AES (Alliance des États du Sahel) ont paraphé les documents de création de la Banque confédérale d'investissement et de développement de l'organisation.
Ces signatures marquent l'aboutissement d'un processus qui a démarré en novembre 2023 lors d'une première rencontre des ministres de l'Économie et des Finances de l'AES.
Selon les autorités des trois pays, la Banque confédérale pour l'investissement et le développement (BCID-AES) doit financer les projets intégrateurs, notamment le renforcement des infrastructures de transport, la sécurité énergétique des pays membres, l'harmonisation d'une politique de la commande publique, et la création d'une centrale d'achat des produits stratégiques.
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Pour Alousséni Sanou, ministre de l'Economie et des Finances du Mali, la BCID-AES constitue une ''réponse interne, ambitieuse, structurée et coordonnée des Etats du Sahel confrontés à une crise multidimensionnelle, à l'insécurité, aux changements climatiques'' et qui cherchent à relancer leurs économies.
Les infrastructures, l'énergie, l'agriculture, l'industrie et l'innovation technologique constituent des domaines prioritaires pour cette institution financière selon ses promoteurs.
''L'opérationnalisation de la banque est en cours et que les derniers réglages restent au niveau du conseil d'administration'', a souligné le ministre malien de l'Economie et des Finances.
''Aujourd'hui nous devons considérer que nous rentrons dans l'histoire avec la création de cette banque et nous devons faire en sorte que la banque puisse remplir toutes ces promesses qui consistent à financer les projets intégrateurs et surtout à booster le développement'' a déclaré Aboubakar Nacanabo, ministre de l'Economie et des Finances du Burkina Faso.
''Cette banque est là vraiment pour permettre de mettre en œuvre tous les investissements structurants qui vont nous permettre d'assurer le développement économique et social dans notre espace, dans tous les projets intégrateurs et fédérateurs de la Confédération vont être financées par cette banque'', a renchérit Alousséni Sanou.
''Si je prends l'exemple des ministres de l'Agriculture qui ont estimé qu'il est préférable qu'on crée quatre agropoles. Un agropole riz à l'Office du Niger, un agropole oléagineux et niébé au Niger, un agropole maraîchage et autres au Burkina Faso, c'est ce genre d'investissements qui pourront être également financés par la banque'' a-t-il indiqué.
Le ministre malien de l'économie a précisé que ''l'autorité du Liptako Gourma est en train d'être transformée en agence d'exécution pour réaliser tous les travaux et chantiers citant l'autoroute Bamako-Ouagadougou-Niamey, le chemin de fer, la compagnie aérienne'', parmi tant d'autres projets des trois Etats confédérés.

Crédit photo, (Photo by Nik Wheeler/Corbis via Getty Images)
Qu'est-ce qu'une banque d'investissement et de développement ?
Une banque d'investissement et de développement (BID) est une institution qui soutient la croissance économique des pays en fournissant des financements, des garanties aux entreprises et aux pouvoirs publics. Dans le cadre de la banque confédérale d'investissement de l'AES, il s'agit d'une banque multilatérale qui s'inscrit dans la lignée des banques régionales d'investissement et de développement telles que la BIDC (Banque d'investissement et de développement de la CEDEAO).
Le rôle principal des banques d'investissement est de soutenir les politiques économiques nationales ou régionales et promouvoir le développement durable.
Ce types d'institutions financières financent les entreprises et accordent des financements publics aux Etats tout en œuvrant pour la réalisation des objectifs d'intégration à travers le financement des infrastructures régionales.

Crédit photo, Simon Dawson/Bloomberg via Getty Images
Les ministres des trois Etats de l'AES considèrent cette banque confédérale comme un outil de ''souveraineté économique'', destiné à accompagner la ''réorganisation'' de leur espace communautaire pouvant réduire la dépendance aux financements extérieurs jugés contraignants par les dirigeants de l'Alliance.
Prochaines étapes et questions en suspens
Le ministre malien de l'Economie et des Finances a annoncé ''l'opérationnalisation en cours'' de la banque sans plus de précisions.
Avec la signature de sa création par les chefs d'Etats de l'AES, les prochaines étapes pourraient concerner la nomination de ses dirigeants et la mobilisation de financements additionnels etc.
Pour l'instant, aucune information n'est disponible sur le montant du capital de départ de la banque, ainsi que sur l'ouverture ou non de son capital à d'autres institutions financières partenaires.
D'où viendra l'argent de la banque confédérale de l'AES ?

Crédit photo, Getty Images
A l'instar des autres banques d'investissement et de développement régionales, les ressources de la BCID-AES pourraient provenir principalement de la souscription des trois pays membres de l'organisation et des emprunts sur les marchés financiers régionaux et internationaux.
En attendant qu'elle soit pleinement opérationnelle, la création de la BCID-AES marque un tournant dans la trajectoire de l'AES après la rupture brutale de ses trois Etats membres avec la CEDEAO.
La concrétisation du projet de banque régionale traduit la volonté politique des dirigeants des trois régimes militaires qui veulent donner un contenu concret à leur discours d'intégration économique et de souveraineté.
Une souveraineté revendiquée qui doit cependant faire face à une crise sécuritaire dont les développements entravent fortement la libre circulation des personnes et des biens et les économies des pays de l'AES.















