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Paul Biya, le plus âgé président au monde, déclaré vainqueur de la présidentielle au Cameroun
- Author, Paul Njie
- Role, BBC News
- Reporting from, Garoua, Cameroun
- Author, Isidore Kouwonou
- Role, BBC News Afrique
- Reporting from, Dakar, Sénégal
Le président camerounais Paul Biya, âgé de 92 ans, a été réélu pour un huitième mandat, après avoir été déclaré vainqueur de l'élection présidentielle par le Conseil constitutionnel.
M. Biya a remporté 53,66 % des voix, tandis que son principal adversaire et ancien allié, Issa Tchiroma Bakary, est arrivé en deuxième position avec 35,19 % des voix, a déclaré le Conseil constitutionnel.
« Le candidat Biya Paul est donc proclamé président élu de la République, ayant obtenu la majorité des suffrages exprimés », a déclaré Clément Atangana, président du Conseil constitutionnel.
Le taux de participation s'est établi à 57,76 %, avec un taux d'abstention de 42,24 %. Plus de 4 millions de personnes ont voté.
Dix candidats étaient en lice pour le poste suprême du pays, et Biya, qui n'a jamais perdu d'élection, était déjà considéré comme le favori.
Ces résultats contredisent ceux d'Issa Tchiroma, qui s'était déclaré vainqueur de l'élection avant même les résultats officiels.
Dans une récente interview accordée à la BBC, il avait insisté sur le fait qu'il avait battu son ancien patron Paul Biya aux urnes. Lui et ses partisans ont dénoncé ce qu'ils ont qualifié de fraude électorale et d'irrégularités flagrantes.
La frustration croissante a déclenché des manifestations dans tout le pays, qui ont fait au moins cinq morts à ce jour. La plupart des manifestants ont repris à leur compte la revendication de victoire d'Issa Tchiroma.
Le gouvernement a qualifié cette initiative d'illégale et a procédé à l'arrestation de plusieurs leaders et militants de l'opposition.
Selon les analystes, la récente vague de manifestations pourrait plonger le Cameroun, autrefois paisible, dans une crise politique si les résultats ne reflètent pas la volonté du peuple.
Une veille de proclamation de résultats mouvementée
Le gouvernement camerounais affirme que quatre personnes ont été tuées lors des manifestations de dimanche dans la capitale économique Douala, sur fond de craintes croissantes d'une crise politique dans ce pays d'Afrique centrale.
Dans un communiqué, le gouverneur de la région du Littoral, qui abrite le pôle économique, a déclaré que les manifestants avaient attaqué des postes de police et de gendarmerie avec l'intention de les incendier.
Les forces de sécurité ont repoussé ces tentatives.
« Lors des échanges qui ont suivi, plusieurs éléments des forces de sécurité ont été blessés, et quatre personnes ont malheureusement perdu la vie », a déclaré le gouverneur Samuel Dieudonné Diboua.
Il a également condamné les manifestations qu'il a qualifiées d'« actes de violence prémédités » constituant une atteinte grave à l'ordre public et à la sécurité nationale.
« Des enquêtes ont été ouvertes afin que toute la lumière soit faite sur ces incidents malheureux », a ajouté Diboua, tout en menaçant de prendre des mesures contre les instigateurs.
Des manifestations de rue ont éclaté dans plusieurs villes au Cameroun ce dimanche, suite à l'appel du candidat à l'élection présidentielle du 12 octobre, Issa Tchiroma Bakary qui revendique la victoire depuis plus d'une semaine.
« Peuple du Cameroun, ne cédez pas à l'intimidation. Leur but est de nous arrêter parce qu'ils savent qu'une manifestation massive les prive de légitimité. Si nous obtenons une marée humaine pacifique et déterminée, ils perdront toute apparence de légitimité », a appelé Tchiroma Bakary sur sa page Facebook à la veille de la manifestation.
Samedi, il a également appelé les habitants de la ville de Garoua au nord du Cameroun, du reste du pays et de la diaspora à manifester pacifiquement pour « libérer le Cameroun ».
Ce sont donc par centaines que des militants et sympathisants sont descendus dans les rues de plusieurs villes pour « réclamer la vérité des urnes ».
Des manifestations qui ont dégénéré à Garoua et ailleurs
Comme d'autres villes du pays ce dimanche, Garoua, le fief du candidat Tchiroma a connu des manifestations qui ont finalement dégénéré en affrontements entre forces de l'ordre et des manifestants.
Les forces de l'ordre ont lancé des gaz lacrymogènes sur des centaines de personnes qui dénonçaient un plan visant à « voler la victoire » du leader de l'opposition.
Des slogans tels que « Le pouvoir doit revenir au peuple » ou « Nous exigeons la vérité sur le scrutin » ont été brandis, selon nos correspondants sur place.
Un autre manifestant portait une banderole exhortant le président américain Donald Trump « à aider le Cameroun », sans que cette demande ne soit précisée ou contextualisée.
Le ministre de l'Administration territoriale du Cameroun, Paul Atanga Nji, a mis en garde contre ce qu'il a qualifié de manifestations « illégales » et menace de prendre des mesures contre leurs instigateurs.
Tentative d'enlèvement ?
Mais avant le début des manifestations, Tchiroma Bakary, dans une vidéo publiée sur sa page Facebook, a indiqué ce matin qu'il a fait l'objet d'une tentative d'enlèvement à son domicile.
La vidéo publiée ce matin par Tchiroma Bakary a suscité beaucoup de réactions sur sa page. Selon lui, ce sont des lanceurs d'alerte qui ont attiré son attention très tôt le matin de ce dimanche sur la présence d'individus autour de sa maison.
« Cette conspiration dont l'objectif est de m'enlever de mon domicile et de m'emmener à une destination inconnue n'a pas prospéré », a-t-il dit dans sa vidéo consultée par la BBC.
« Cela aurait pu m'être fatal n'eût été l'intervention divine », indique le candidat du FSNC, ajoutant que ces individus étaient des militaires lourdement armés dont le but était de l'extirper de son domicile.
Ces allégations n'ont pas été confirmées par des sources indépendantes. La BBC a contacté le cabinet du ministre camerounais de l'Administration territoriale pour recueillir la réaction des autorités face aux allégations du candidat Tchiroma. La chargée de communication du ministre nous a renvoyé à la déclaration faite samedi.
Il a appelé ses militants et le peuple camerounais à la vigilance et à rester mobiliser pour défendre la victoire.
Dans une déclaration aux médias faite samedi, le ministre de l'Administration territoriale a fait valoir que « Le Cameroun est un Etat de droit et toute contestation relative aux résultats des élections doit se faire devant les instances compétentes et dans le strict respect de la réglementation en vigueur. »
Plus loin, il dira « que la qualité de candidat à l'élection présidentielle ne confère aucune immunité à quiconque ».
Le Conseil constitutionnel camerounais doit annoncer les résultats officiels et définitifs de l'élection présidentielle ce lundi. À ce jour, aucun chiffre officiel n'a été publié.