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Election présidentielle au Cameroun : Climat tendu dans les régions anglophones entre villes mortes et forte présence militaire
- Author, Frederic Takang
- Role, BBC News Afrique
- Reporting from, Bamenda
Les régions anglophones du Cameroun ont été le théâtre d'élections sous haute surveillance ce dimanche 12 octobre 2025.
Malgré les appels à la ville morte et les tensions persistantes, les bureaux de vote ont ouvert leurs portes, encadrés par un important dispositif de sécurité.
Si certains centres ont enregistré une affluence notable, la participation est restée globalement faible, illustrant les défis sécuritaires et logistiques qui pèsent sur le processus électoral.
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Bamenda : Entre peur et devoir civique
À Bamenda, comme dans de nombreuses autres villes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le jour du vote a été marqué par une atmosphère particulière.
Sous une pluie battante, les bureaux de vote ont ouvert à 8 h. L'affichage des noms et des photos des électeurs à l'entrée était censé garantir la transparence du processus.
Le matériel de vote — encre, cartes électorales non retirées, bulletins des 12 candidats et urnes — était bien en place.
Cependant, la présence des représentants des partis politiques variait considérablement. À Up Station, par exemple, seuls les mandataires du SDF (Social Democratic Front) et du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) étaient présents dans les dix bureaux de vote du centre.
L'affluence, bien que notable dans certains centres comme Up Station et Old Town, ne reflétait pas le potentiel électoral de la région.
Au centre-ville de Bamenda, qui compte 48 bureaux de vote, la participation est restée très faible. Un président de centre, souhaitant garder l'anonymat, a confié : « Un peu plus de mille personnes ont voté », sur les plus de quatorze mille électeurs inscrits.
Cette faible participation est attribuée à plusieurs facteurs, notamment la longue distance que doivent parcourir les électeurs et le climat de peur lié aux menaces des groupes armés séparatistes.
Distance et peur : les obstacles au vote
Le sénateur du SDF, Vaniganseh Mochigle, représentant du candidat Joshua Osih, a dénoncé l'éloignement des bureaux de vote et le manque de prise en compte de cette réalité par l'organe électoral.
« Les bureaux de vote ont été regroupés dans certains centres, mais malheureusement, l'organe électoral ne tient pas compte des distances. Les électeurs sont obligés de marcher entre 5 et 10 km à pied. Cela revient à les empêcher d'exercer leur responsabilité civique. Les distances sont énormes… Est-ce que quelqu'un peut réellement faire ce trajet ? Et quand ils ne viennent pas, on en profite pour remplir les urnes. »
Un habitant de Bamenda, sous couvert d'anonymat, a expliqué son choix de ne pas voter : « J'ai peur de l'inconnu, les Amba boys peuvent attaquer à tout moment. »
Cette crainte, bien réelle, a dissuadé de nombreux électeurs de se rendre aux urnes.
Sécurité renforcée et villes mortes
Le déploiement des forces de l'ordre visait à sécuriser le processus électoral. Cependant, comme à Bamenda, la plupart des localités des régions anglophones sont restées quasiment désertes, sans circulation ni activité commerciale.
La forte pluie a également rendu les déplacements difficiles, accentuant un climat de peur déjà bien ancré.
Malgré ce contexte tendu, le gouverneur de la région du Nord-Ouest, Adolphe Lele Lafrique, s'est dit satisfait du déroulement du scrutin après avoir voté.
« Je félicite ELECAM et tous ceux qui l'ont accompagné dans ce processus électoral, avant, pendant et après. Ils vont maintenant collecter les résultats et les centraliser pour la proclamation finale par le Conseil constitutionnel », a-t-il déclaré, saluant l'absence d'incidents majeurs et une participation qu'il juge encourageante.
À Fundong, une localité située à environ 62 km de Bamenda, des coups de feu ont été entendus dès les premières heures, avant même l'ouverture des bureaux de vote.
Le maire de la commune, Dang Denis, a attribué ces tirs à des combattants séparatistes :
« C'étaient des tirs lointains, puisque l'armée déployée était sur place. C'est vrai que cela a effrayé plusieurs votants », a-t-il reconnu.
Des incidents similaires ont été signalés à Kumbo, la deuxième plus grande ville du Nord-Ouest, sans faire de victimes. Dans la plupart des localités du Sud-Ouest, un calme relatif a été observé.
Les élections dans les régions anglophones du Cameroun se sont ainsi déroulées dans un contexte extrêmement complexe, marqué par l'insécurité, la peur et les difficultés logistiques.
Malgré le déploiement des forces de sécurité et l'ouverture effective des bureaux de vote, la faible participation témoigne des obstacles persistants au processus démocratique.
Les accusations de manipulation et le manque de considération pour les électeurs, soulevés par des acteurs politiques et des citoyens, rappellent l'urgence d'un dialogue inclusif et d'une solution durable à la crise anglophone, afin de restaurer la confiance et d'assurer une participation plus large lors des prochaines élections.