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Coup d'Etat manqué au Bénin : Qui est le leader du putsch ?
- Author, Mamadou Faye
- Role, Journaliste-BBC Afrique
- Reporting from, Dakar
Dimanche matin, le 7 décembre 2025, les armes tonnent à Cotonou, la capitale du Bénin. Un groupe de soldats, qui ont tenté de prendre le pouvoir par la force des armes, est apparu à la télévision nationale, pour annoncer la suspension de la Constitution et la destitution du président élu, Patrice Talon. Peu de temps après, le gouvernement fait des communications pour annoncer qu'il maîtrise la situation.
En effet, dimanche, dans la matinée, des mutins ont attaqué le domicile du chef de l'État, Patrice Talon, puis ont fait irruption à la télévision publique pour la destitution du président de la République, sous l'égide d'un "Comité militaire pour la refondation" dirigé par le lieutenant-colonel Tigri Pascal.
Qui est le leader des putschistes ?
Le lieutenant-colonel Tigri Pascal, le leader du putsch, apparu dimanche à la télévision nationale avec un groupe de soldats, est membre de la Garde nationale.
Âgé d'une quarantaine d'années, il était jusqu'ici le commandant des forces spéciales de la Garde nationale, un corps d'élite. Les meilleurs éléments de cette unité créée en 2020 composent les forces spéciales. "Ces commandos sont extrêmement bien formés", confie une source militaire.
Habitués aux opérations les plus délicates, ils interviennent notamment lors de missions de sauvetage d'otages et d'autres missions difficiles. Ils disposent également d'un entraînement leur permettant de survivre plusieurs semaines en pleine brousse, ajoute la source.
Le lieutenant-colonel Tigri figurait parmi les officiers ayant joué un rôle actif dans la lutte contre le terrorisme, notamment dans le cadre de l'opération Mirador.
Déclaré en fuite, selon les médias locaux, il serait activement recherché par les forces armées loyalistes, de même que le porte-parole, le capitaine Samary Ousmane, et le capitaine-major Castro Sambeni, qui sont apparus à ses côtés à la télévision nationale.
Une douzaine de militaires sont arrêtés par les forces armées, selon l'AFP qui cite une source militaire.
"Tous ceux qui sont aux arrêts sont des militaires, dont un déjà radié de nos effectifs", a souligné la source.
Wilfried Léandre Houngbédji, le porte-parole du gouvernement, a pour sa part annoncé l'arrestation de 14 personnes.
Quelle est la motivation des putschistes ?
Au cours de leur discours lu à la télévision nationale par leur porte-parole du jour, les mutins ont signalé un certain nombre de "dérives" sur les plans sécuritaire et social.
Ceux-ci, disent-ils, les ont motivés à "prendre leur responsabilité" face au gouvernement du président Patrice Talon.
Il s'agit, entre autres, sur le plan sécuritaire, de "la dégradation de la situation au nord du Bénin, la négligence de la situation de nos frères tombés au front, et surtout celle de leur famille abandonnée (…) par la politique de M. Patrice Talon, malgré les multiples promesses relayées en grande pompe sur les médias, la promotion à des grades supérieurs de certains militaires au détriment des plus méritants, la mise à la retraite d'office de nombreux militaires et paramilitaires (…) sur fond de règlement de compte et de haine".
Sur le plan social, ils disent reprocher au président Talon des "radiations tous azimuts de fonctionnaires de l'Etat, la non prise en charge des dialysés par l'Etat entrainant des morts en cascades, le dénigrement du corps enseignant à travers la création de nouvelles catégories, etc."
Qui sont les otages et combien sont-ils ?
Au moment où ces lignes sont écrites, aucune communication n'a été rendue publique sur le nombre d'otages, mais deux ont été libérés dans la nuit du dimanche à lundi.
Mais plusieurs sources militaires ont confirmé la libération du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Issa Abou, et le colonel Faïzou Gomina, chef de la garde nationale, qui étaient faits prisonniers par les mutins.
Ils ont été libérés par l'armée, dans la nuit du 7 au 8 décembre 2025, vers 2 h du matin, selon le correspondant de Radio France International à Cotonou.
Les deux officiers militaires, qui seraient retenus par les mutins depuis dimanche dans le nord du pays, devraient rejoindre Cotonou ce lundi.
Combien de morts et qui sont-ils ?
Il n'y a pas encore de bilan officiel établissant le nombre de morts au cours de cette brève mutinerie, mais le gouvernement a annoncé son échec et dit maîtriser la situation.
Toutefois, selon la correspondante de BBC Afrique à Cotonou, un message relayé sur les réseaux sociaux, le Général de Division aérienne Bertin Bada, a annoncé le décès de son épouse. Celle-ci aurait succombé à ses blessures après l'attaque de son domicile par les mutins.
Il faut rappeler que c'est au petit matin du dimanche 7 décembre 2025, qu'un groupe de soldats avait engagé une mutinerie à Cotonou.
"Tout est sous contrôle. Ils n'ont pas réussi à prendre le domicile du chef de l'État et la présidence de la République. C'est une question de temps pour que tout rentre dans l'ordre. Le nettoyage suit bien son cours", a indiqué une source militaire.
Le ministre de l'Intérieur du pays a précisé que la riposte des forces armées béninoises, qui sont restées républicaines et fidèles à leur serment, ont pu garder "le contrôle de la situation et de faire échec à la manœuvre" putschiste.
Pourquoi l'armée nigériane est-elle intervenue ?
Dans un communiqué de la présidence nigériane, "le président Bola Ahmed Tinubu a salué dimanche la bravoure des forces armées nigérianes pour leur intervention rapide à la suite de la demande du gouvernement béninois visant à préserver sa démocratie, vieille de 35 ans, face à une tentative de coup d'État lancée à l'aube".
"Répondant à deux demandes distinctes du gouvernement béninois, le président Tinubu a d'abord ordonné à des avions de chasse de l'armée de l'air nigériane de pénétrer dans le pays et de sécuriser l'espace aérien afin de déloger les putschistes de la télévision nationale et d'un camp militaire où ils s'étaient regroupés", poursuit le communiqué.
Selon la présidence nigériane, "la République du Bénin, par l'intermédiaire de son ministère des Affaires étrangères, a sollicité, dans une note verbale, un soutien aérien nigérian immédiat 'compte tenu de l'urgence et de la gravité de la situation, afin de sauvegarder l'ordre constitutionnel, de protéger les institutions nationales et d'assurer la sécurité de la population"".
Ce déploiement de moyens aériens nigérians dans l'espace aérien béninois permettait "des opérations de surveillance et d'intervention rapide, sous coordination béninoise".
"Le gouvernement béninois a également sollicité le déploiement de forces terrestres nigérianes, 'exclusivement pour des missions approuvées par le commandement béninois, en appui à la protection des institutions constitutionnelles et à la lutte contre les groupes armés"", a indiqué la présidence nigériane.
Pour sa part, le chef d'état-major des armées nigérianes, le général Olufemi Oluyede, a indiqué que "toutes les demandes avaient été satisfaites et que les forces terrestres nigérianes étaient désormais présentes au Bénin".
"Notre devoir est d'obéir aux ordres du commandant en chef de nos forces armées, le président Tinubu", a-t-il affirmé.
Dans le communiqué de la présidence du Nigéria, le président Tinubu a salué les forces armées nigérianes pour leur fermeté en tant que protectrices et défenseures de la démocratie dans son allocution suivant le rétablissement de l'ordre démocratique et constitutionnel.
"Aujourd'hui, les forces armées nigérianes se sont courageusement mobilisées pour défendre et protéger l'ordre constitutionnel en République du Bénin, à l'invitation du gouvernement. Nos forces armées ont agi dans le cadre du Protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance. Elles ont contribué à la stabilisation d'un pays voisin et nous sommes fiers de leur engagement à préserver nos valeurs et idéaux démocratiques depuis 1999. Le Nigéria est pleinement solidaire du gouvernement et du peuple de la République du Bénin", a indiqué le président Tinubu, lors de son allocution suivant le rétablissement de l'ordre démocratique et constitutionnel.
Qu'est-ce que la Force en attente de la Cedeao ?
Avec son état-major basé à Abuja, la capitale du Nigéria, la Force d'attente de la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) est une force militaire régionale, héritière de l'ECOWAS Monitoring Group (ECOMOG).
Elle a été conçue pour intervenir rapidement dans les crises en Afrique de l'Ouest (maintien de la paix, rétablissement de l'ordre constitutionnel, etc.), composée de contingents militaires et civils des pays membres, souvent sollicitée, mais dont le déploiement est parfois complexe, comme lors de la crise nigérienne de 2023.
La Force d'attente est constituée de soldats, policiers et civils provenant des États membres de la CEDEAO, dont le Bénin, le Ghana, le Nigéria, le Sénégal, la Gambie, le Togo, etc.).
La CEDEAO est intervenue sur le plan militaire au Libéria en 1990, puis en 2003, en Sierra Léone en 1997, en Guinée-Bissau en 1999, en Côte d'Ivoire en 2002, au Mali en 2013, puis en Gambie en 2017.
Toutefois, il faut noter que les troupes de la Force en attente sont cantonnées dans leurs pays respectifs, mais doivent être prêtes à être déployées à l'extérieur en cas de crise.
Dans un communiqué, la CEDEAO a condamné la tentative de putsch et annoncé le déploiement de sa force en attente.
L'"appui" de Paris à Cotonou
La France a annoncé avoir fourni un "appui" technique au Bénin lors de la tentative de coup d'Etat de dimanche dernier. Cela s'est fait en termes de surveillance et d'observation, mais aussi en logistique fournie aux forces béninoises, selon les informations relayées par Radio France Internationale (RFI).
"Nous avons apporté un appui en termes de renseignement ou d'observation à la demande de Cotonou et dans le sillage des échanges bilatéraux que nous avons eus depuis longtemps", a confié Pascal Confavreux, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, à RFI.
Selon le média français, le président Macron a eu des échanges d'informations avec ses pairs Patrice Talon du Bénin, Bola Tinubu du Nigéria et Julius Maada Bio de Sierra Leone (par ailleurs président de la CEDEAO) pour coordonner les efforts.
La France n'a pas toutefois révélé les moyens déployés dans le cadre de cet appui logistique apporté au Bénin.
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Reportage supplémentaire de Rachida Houssou, correspondante de BBC News Afrique au Bénin