Football malien : la FEMAFOOT ébranlée par une vague de démissions

    • Author, Mamadou Faye
    • Role, BBC News Afrique

Au moins 10 membres du Comité exécutif de la Fédération Malienne de football (FEMAFOOT) ont démissionné le 13 janvier dernier, sur fond de contestation sur les réseaux sociaux. Une pétition lancée par des supporters, réclamant le départ du bureau exécutif, après l'élimination des Aigles du Mali en quart de finale de la Coupe d'Afrique des nations au Maroc, et d'autres sources de mécontentement auraient précipité ces départs. Cette crise ouvre une période d'incertitude pour la gouvernance et l'avenir du football malien.

Après l'élimination des Aigles du Mali, en quart de finale de la CAN, pour la deuxième fois consécutive, après celle en Côte d'Ivoire en 2023, une vague de protestations et de critiques à l'endroit des membres de la Femafoot a secoué les réseaux sociaux.

Une pétition a été lancée le 9 janvier 2025 sur la plateforme Mesopinions.com, à l'issue de la défaite contre les Lions de la Teranga, par des supporters pour réclamer la démission du bureau exécutif de la Femafoot. Elle compte 13 725 signatures au moment de publier cet article.

La pétition en ligne

Auteur(s) :

Kamissa KEÏTA; Aïché KEÏTA

Destinataire(s) :

Au président de la transition malienne, et à la communauté malienne.

À l'attention de Son Excellence le Président de la Transition, Assimi GOÏTA.

Monsieur le Président de la Transition,

Nous savons que la Fédération malienne de football est financée par l'État. Cela signifie que l'argent des contribuables est utilisé pour assurer son fonctionnement. De ce fait, nous nous sentons légitimes de formuler la demande suivante : LA DISSOLUTION DE LA FEDERATION MALIENNE DE FOOTBALL.

Notre requête vise également à confier cette présidence à Seydou Keïta, et non à un président actuellement incarcéré.

Il est important de rappeler que, depuis votre arrivée au palais, le peuple malien vous a toujours soutenu contre vents et marées. Aujourd'hui, nous aimerions à notre tour bénéficier de votre soutien.

Nous vous remercions de votre compréhension.

Les Maliens aiment profondément le Mali et souhaitent ressentir, un jour, la joie de remporter une Coupe d'Afrique des Nations.

La listes des fédéraux démissionnaires

Ces membres du Comité exécutif de la Fédération Malienne de football ont démissionné avant minuit le 13 janvier dernier.

1. Général Bréhima Diabaté - Commission Centrale en Charge des Ligues

Président de la Commission Adhoc Ligue Professionnelle

2. Colonel Séga Sissoko - Commission Centrale d'Organisation

3. Commissaire de Police Amadou Oubanga Cissé - Commission Centrale Sécurité

4. Sékou Massiré Sylla - Commission Centrale des Jeunes

5. Ichaka Diakité - Commission Centrale Sponsoring, Marketing et Télévision

6. Dramane Danté - Commission Centrale des Arbitres

7. Mme Djilla Aissata Diallo - Commission Technique et Développement

8. Abdoulaye Konaté - Commission Centrale des Médias

9. Lassana Kouma - Commission Centrale Futsal et Beach Soccer

10. Mohamed Sega Sissoko - Commission Centrale des Finances

La pression populaire a-t-elle été à l'origine de cette dizaine de démissions ? Le journaliste sportif Ibrahima Sory Coulibaly et Ibrahima Zie Coulibaly, responsable Médias de la Fédération Malienne de football nous apportent leurs éclairages.

Les raisons d'une démission en cascade

Pour Sory Ibrahima Coulibaly, chef du Desk Sport du quotidien L'Indépendant, cette vague de démissions marque "l'aboutissement d'une crise systémique qui paralyse la FEMAFOOT depuis près d'une décennie".

Selon le journaliste sportif, le point de rupture remonte à la réélection de Mamoutou Touré à la tête de la Fédération malienne de football, le 29 août 2019, alors qu'il était incarcéré pour une affaire extra-sportive. "Cette reconduction, largement contestée, s'est déroulée dans un climat de violations flagrantes des statuts, avec l'éviction systématique des challengers et des voix dissidentes", affirme-t-il.

Il cite notamment le cas de Sékou Diogo Kéita, président du LCBA, suspendu pour dix ans après avoir claqué la porte de la fédération afin de dénoncer ce qu'il qualifie de dérives autoritaires du bureau exécutif.

"Avec un président privé de liberté depuis deux ans et demi, le pouvoir s'est concentré entre les mains d'un cercle restreint, favorisant une gestion opaque des ressources, un verrouillage institutionnel empêchant toute alternance et, surtout, une absence de résultats sportifs probants", analyse M. Coulibaly.

À ces tensions internes se serait ajoutée une rupture avec les cadres de l'équipe nationale. Lors des premières journées des éliminatoires de la Coupe du monde 2026, un conflit ouvert éclate.

Dans une déclaration commune inédite, les joueurs réclament alors une réforme en profondeur de la gouvernance du football malien. En réponse, affirme le journaliste, la FEMAFOOT écarte plusieurs cadres de la sélection, dont le capitaine Hamari Traoré et Doudou Haïdara, une décision qui "n'a fait qu'exacerber les tensions", malgré les tentatives de médiation des autorités sportives.

Pour Sory Ibrahima Coulibaly, l'élimination précoce du Mali à la CAN 2025, sans la moindre victoire, après une gestion controversée du potentiel des Aigles par le sélectionneur Tom Saintfiet, a servi de catalyseur. "Ce bilan sportif désastreux a fini par délégitimer le bureau fédéral et précipité cette démission collective", tranche-t-il.

De son côté, la FEMAFOOT réfute toute crise de gouvernance. Ibrahima Zie Coulibaly, responsable Médias de l'instance, affirme que "l'ensemble des activités programmées après l'élection du comité exécutif a été exécuté à 100 %". Il met en avant le bon déroulement des compétitions nationales, l'organisation régulière des assemblées générales et l'entrée du football malien dans le professionnalisme.

"Il n'y avait pas de crise de gouvernance à proprement parler", insiste-t-il. Selon lui, le contexte de la CAN et l'indisponibilité du président auraient alimenté des calculs internes. "Certains se sont dit que si les résultats n'étaient pas au rendez-vous, ce serait l'occasion de provoquer le départ du bureau", avance-t-il.

Enfin, le responsable médias souligne que les lettres de démission évoquent uniquement des "convenances personnelles". "Les intéressés n'ont mentionné aucun autre motif. Quand ils parlent de convenance personnelle, cela relève du strict domaine personnel", conclut-il.

Quid du président de la FEMAFOOT ?

Selon les statuts de la Fédération malienne de football, dont le comité exécutif compte 19 membres, la démission d'au moins dix d'entre eux entraîne mécaniquement la caducité du bureau exécutif et l'ouverture d'une procédure de dissolution, avec la convocation d'une Assemblée générale extraordinaire.

"Le départ de plus de la moitié des membres rend le bureau fédéral de facto caduc. Conformément à l'article 38.10 des Statuts, la procédure prévoit la convocation d'une Assemblée générale extraordinaire en vue de la destitution du président et de l'élection d'un nouveau Comité exécutif", explique le journaliste sportif Ibrahima Sory Coulibaly.

L'article 38.10 des Statuts de la FEMAFOOT précise en effet que "si plus de 50 % des postes au sein du Comité exécutif deviennent vacants, le secrétaire général est tenu de convoquer, dans un délai impératif, une Assemblée générale extraordinaire".

Toutefois, face à ce que certains acteurs du football malien qualifient de textes "taillés sur mesure" pour verrouiller l'instance, l'hypothèse de la mise en place d'un Comité de normalisation (CONOR), sous l'égide de la FIFA, n'est pas écartée. "Cette option pourrait être envisagée pour assainir durablement la gouvernance de la fédération", avance Ibrahima Sory Coulibaly.

Du côté de la FEMAFOOT, le discours se veut rassurant. Ibrahima Zie Coulibaly, responsable Médias de l'instance, affirme n'avoir connaissance d'aucune démission du président. "À ce stade, le président Mamoutou Touré Bavieux n'a pas démissionné. Pour autant que je sache, il demeure le président de la Fédération malienne de football", assure-t-il.

Selon lui, ces départs n'entravent pas le fonctionnement de l'institution. "Les démissions n'affectent en rien les missions du Comité exécutif. Un remembrement sera effectué et une Assemblée générale convoquée en temps voulu. Le président reste en fonction jusqu'à ce qu'une décision contraire intervienne dans le respect des textes", conclut-il.

Quelles conséquences pour le football malien ?

Pour la FEMAFOOT, la crise en cours ne devrait pas avoir d'impact immédiat sur le calendrier sportif. Ibrahima Zie Coulibaly, responsable Médias de la fédération, assure que les compétitions se poursuivent normalement. "Le championnat national professionnel, qui entame sa dixième journée, continue jusqu'à l'organisation de l'Assemblée générale", affirme-t-il.

Il n'exclut toutefois pas des perturbations en cas de pressions extérieures. "La seule hypothèse qui pourrait affecter le calendrier serait une décision des autorités de ne pas mettre les stades à disposition, ce qui constituerait un moyen de pression sur la Fédération", concède-t-il.

Sur le plan institutionnel, la FEMAFOOT dit agir dans le respect des textes et sous le regard des instances internationales. "Les associations membres sont liées par des statuts. Le secrétaire général a l'obligation d'informer la CAF et la FIFA de la situation, et nous attendons les orientations de la FIFA, qui veille à l'absence d'ingérence", explique Zie Coulibaly.

Selon lui, plusieurs scénarios statutaires restent envisageables si les démissions se limitent à une dizaine de membres. "Le secrétaire général peut procéder à des cooptations, conformément aux statuts, puis convoquer une Assemblée générale extraordinaire, comme prévu à l'article 38.10", détaille-t-il.

Cette assemblée pourrait alors valider la recomposition du bureau exécutif, ouvrant la voie à la poursuite du mandat en cours. En cas de rejet, deux options se présenteraient : la mise en place d'un comité transitoire ou l'organisation de nouvelles élections. "Dans ce dernier cas, un délai d'environ deux mois serait nécessaire, le temps de lancer l'appel à candidatures et de mener la campagne", précise le responsable médias.

Tout en reconnaissant l'existence de zones d'ombre, Zie Coulibaly insiste sur le cadre juridique en vigueur. "Je m'en tiens strictement aux textes actuels de la FEMAFOOT, adoptés lors de l'Assemblée générale extraordinaire de mars 2025. Les anciens statuts, qui prévoyaient directement la mise en place d'un nouveau bureau, ne sont plus applicables", conclut-il.