Ce que 10 ans en tant que négociatrice dans des prises d'otages m'ont appris sur l'éducation des enfants

    • Author, Alex Taylor
    • Role, BBC News

Être mère et négociatrice en situation de prise d'otages peuvent sembler n'avoir rien en commun au premier abord, mais une personne ayant une expérience dans les deux domaines affirme que les stratégies qu'elle a apprises professionnellement peuvent également s'avérer efficaces à la maison.

Nicky Perfect a passé plus de 30 ans au sein de la police métropolitaine de Londres, dont 10 ans comme négociatrice internationale dans l'unité d'élite de négociation en situation de crise et de prise d'otages de New Scotland Yard.

Elle explique qu'il arrive que nos paroles et nos actes en tant que parents soient déterminants ; la différence entre maintenir la paix et déclencher une crise ou une dispute explosive peut être considérable.

Voici trois techniques tirées de sa carrière exigeante qui peuvent vous aider à garder votre calme et à maîtriser la situation en tant que parent, comme elle l'a expliqué au podcast parental de la BBC, Parenting Download.

1. "Ne leur laissez pas le choix"

Les enfants ont souvent tendance à tester les limites et à faire le contraire de ce qu'on leur demande.

Dans ces situations, au lieu d'affirmer votre autorité et de sortir le classique "parce que je l'ai dit !", essayez la technique du "choix imposé", conseille Nicky.

Autrement dit, reformulez la situation en mettant l'accent sur une seule option, tout en laissant à votre enfant un sentiment de contrôle et d'influence.

Par exemple, demander à votre enfant s'il préfère mettre son manteau à l'intérieur ou lorsqu'il sort peut l'aider à se sentir écouté, respecté et impliqué, tout en aboutissant au même résultat.

Autre exemple : proposer aux enfants qui n'aiment pas les légumes de choisir entre le brocoli et les choux de Bruxelles.

Cette méthode ne fonctionnera peut-être pas à tous les coups, mais elle peut éviter qu'ils ne refusent immédiatement.

2. Attendez 90 secondes avant de répondre

Face à des sujets délicats, Nicky recommande de ne pas répondre pendant au moins 90 secondes afin d'éviter que ses émotions n'altèrent son jugement.

Comme le lui a dit un agent du FBI : "votre rôle n'est pas de changer les gens… vous ne pouvez pas… le seul choix qui s'offre à vous, c'est votre réaction."

Il est important de se rappeler que ce choix existe même lorsque les émotions menacent de submerger notre raison.

"On peut tout simplement dire : 'vous savez quoi ? Je suis un peu émotive. J'ai besoin de prendre du recul et d'y réfléchir'", explique Nicky. "Ou alors, on peut tout simplement ne rien dire et écouter ce que l'autre a à dire."

En tant que coparente, elle a dû mettre cette tactique en pratique lorsque sa belle-fille lui a annoncé qu'elle souhaitait passer Noël avec son père et ses frères et sœurs après leur déménagement.

Au fond d'elle, Nicky souhaitait ardemment qu'elle reste. Mais elle explique : "à un moment donné, il faut savoir faire une pause… et se dire : 'c'est ton Noël. Ce n'est qu'une journée dans ma vie. Qu'est-ce que tu veux ?'"

Accepter cela lui a permis de décider plus facilement comment passer son propre Noël, et aussi d'envisager une nouvelle façon de le fêter avec sa belle-fille, tôt ou tard.

3. Essayez de vous mettre à leur place

"Il est essentiel de se mettre à la place des autres, qu'il s'agisse d'adultes ou d'enfants", souligne Nicky.

Ainsi, vous pouvez convaincre votre interlocuteur des avantages de vos propositions tout en lui donnant le sentiment d'être écouté.

"C'est ce qu'on appelle le "pouvoir" de la négociation : si vous expliquez à quelqu'un pourquoi quelque chose devrait ou ne devrait pas se produire, il sera plus enclin à accepter", explique-t-elle.

"Il s'agit de le reconnaître et d'être très honnête avec les gens. On est bien plus sensible à l'honnêteté qu'on ne le croit."

Prenons l'exemple des crises de colère au coucher. Les enfants ont souvent du mal à accepter la perte d'autonomie lorsqu'on leur annonce soudainement l'heure d'aller au lit.

Une solution, suggère Nicky, consiste à prendre en compte ce que ressent l'enfant à ce moment précis, plutôt que le point de vue de l'adulte.

S'il est en train de jouer et que vous lui dites soudainement qu'il est l'heure d'aller au lit, cela peut être perçu comme brutal et le contrarier.

Elle suggère plutôt de préparer les enfants dès leur retour à la maison, en intégrant naturellement le rituel du coucher à la conversation et en le répétant régulièrement tout au long de la soirée.

Une phrase comme : "on va dîner, puis regarder un peu la télé, et ensuite au lit", peut être une bonne façon de présenter les choses.

Ainsi, les enfants se sentent plus impliqués et conscients de ce qui va se passer, même si cela ne leur plaît pas forcément, ce qui, espérons-le, réduira les crises de colère.