L'opposition congolaise réagit aux résultats provisoires proclamés par la Céni

Félix Tshisekedi, élu président de la RDC en 2018, a été réélu le 20 décembre 2023.
Légende image, Félix Tshisekedi, élu président de la RDC en 2018, a été réélu le 20 décembre 2023.

Des leaders de l’opposition congolaise contestent les résultats de l'élection présidentielle du 20 décembre. Ils réclament la réorganisation de nouvelles élections après une courte transition sur laquelle devront s’entendre, selon eux, les leaders politiques du pays.

Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Denis Mukwege et d'autres candidats de l’opposition appellent leurs compatriotes au rejet des résultats publiés par la Céni, la Commission électorale nationale indépendante, qui déclare Félix Tshisekedi réélu avec 73,34 % des votes.

Le milliardaire et dirigeant du club de football Tout-Puissant Mazembe, Moïse Katumbi, est deuxième avec 18,08 % des voix.

"Mes très chers compatriotes, cette victoire est la vôtre. C’est la victoire de la solidarité et de l’unité du peuple, dans ce qu’il a de commun et dans sa plus grande diversité. C’est la victoire de la solidarité des Congolais de l’Ouest, du Centre, du Nord, du Sud et de l’Est de la République démocratique du Congo, tout autant que ceux de notre diaspora", a déclaré le président déclaré réélu.

"Cette victoire, c’est aussi celle de la confiance que vous avez renouvelée à ma modeste personne en m’accordant sans équivoque, et avec la plus forte expression, ce deuxième mandat que j’ai sollicité auprès vous", a ajouté Félix Tshisekedi.

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Que dénonce l'opposition ?

Depuis 2006, les élections présidentielles ont toujours été contestées en RDC.

Théodore Ngoy, l’un des neuf candidats contestant les résultats de l’élection présidentielle, a dénoncé "un simulacre d’élection".

"On a tout faussé. Le rôle constitutionnel essentiel de la Céni est d’assurer la régularité du processus électoral. Tout le monde reconnaît que la Céni a organisé l’irrégularité du fichier électoral et celle du vote, qui s'est prolongé pendant plusieurs jours", a soutenu M. Ngoy.

"Je rejette catégoriquement le simulacre d’élections et les résultats farfelus de la #CENI. Je demande au peuple congolais de protester contre ce nouveau coup d’État, en application de l’article 64 de notre Constitution", a déclaré Martin Fayulu sur le réseau social X.

Le plus jeune des candidats, Constant Mutamba (35 ans), a reconnu sa défaite et la victoire du président sortant, Félix Tshisekedi.

L'ancien Premier ministre et candidat à la présidence Adolphe Muzito a également félicité Félix Tshisekedi. Les candidats Jean-Claude Baende et Tony Bolamba ont fait de même.

Des partisans de Félix Tshisekedi à Kinshasa après sa victoire

"Les Congolais ont fait leur choix"

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"Les résultats reflètent bien la volonté populaire. Les rapports de grandes missions d’observation nationales et internationales convergent. Nous reconnaissons qu’il y a eu des irrégularités, de la même manière nous sommes unanimes à avouer que le processus a permis aux Congolais de faire leur choix", a déclaré Denis Kadima Kazadi, le président de la Commission électorale nationale indépendante.

Il a eu des entrevues, dans la capitale, avec Monseigneur Donatien Nshole et le révérend Éric Senga. Ces deux chefs religieux dirigent une mission d’observation électorale menée par les églises catholique et protestante.

Les échanges entre eux et le président de la Céni ont porté essentiellement sur la déclaration préliminaire de la mission d’observation électorale CENCO-ECC - celle dirigée par MM. Nshole et Senga - sur le déroulement des élections, a souligné Denis Kadima Kazadi.

Monseigneur Donatien Nshole et le révérend Éric Senga avaient hâte de recevoir du président de la Céni la réaction de l’institution électorale, à quelques heures de la publication des résultats partiels de l’élection présidentielle, le dimanche 31 décembre.

"La CENCO et l’ECC sont venues vers nous, dans le cadre des concertations que nous avons de temps à autre, pour nous faire part de leurs observations et avoir des réponses de notre part. Nous avons échangé essentiellement sur le contenu de la déclaration qu’ils ont faite récemment dans la foulée de la publication des résultats partiels de la présidentielle", a réagi Denis Kadima Kazadi.

Denis Kadima Kazadi, le président de la Céni de la RDC

Crédit photo, BBC

Légende image, Denis Kadima Kazadi, le président de la Céni de la RDC.

Une élection "bien crédible" selon Kadima

"Concernant les irrégularités constatées, ce que nous avons fait de façon responsable, c’est d’obtenir les résultats par voie électronique. Nous avons publié les résultats bureau de vote par bureau de vote. Cela va permettre à tout le monde qui a pu recueillir les résultats de les vérifier lui-même", a argué le président de la Céni.

Il signale que "la commission ad hoc de la Céni s’est mise au travail depuis quelques jours". "Hier, elle a fait un premier rapport préliminaire et la plénière a demandé à cette commission de l’approfondir avec d’autres éléments. Nous attendons qu’elle fasse son rapport, une décision sera prise ensuite. Il faut noter qu’il y a beaucoup de cas d’accusations qui ne reposent pas sur des éléments probants […] Il faut avouer que les élections qui répondent aux critères d’inclusion, d’apaisement et de transparence ne peuvent pas être chaotiques. Les résultats reflètent la volonté populaire", a soutenu Denis Kadima Kazadi.

Les rapports de plusieurs missions d’observation électorale internationales vont "dans le même sens", a-t-il ajouté, estimant que le déroulement du vote "a permis aux Congolais de faire leur choix", dans une élection "bien crédible".

Des Congolais interrogés par BBC Afrique souhaitent qu'il n'y ait pas de troubles après la publication des résultats.

À Kinshasa, l'armée a été déployée dans plusieurs endroits en prévision d'éventuels troubles, après la publication des résultats provisoires.

Théodore Ngoy, l'un des neuf candidats qui contestent la victoire du président sortant.
Légende image, Théodore Ngoy, l'un des neuf candidats qui contestent la victoire du président sortant.

À Kinshasa, des partisans de Félix Tshisekedi fêtaient sa victoire depuis dimanche.

À coups de Klaxon et de sifflets, ils ont envahi le boulevard du 30-Juin, la principale route de la ville de Kinshasa, pour manifester leur joie.

Malgré quelques dispositifs sécuritaires, la ville est calme.

Des leaders de l'opposition ont appelé leurs manifestants à contester publiquement les résultats, mais le mot d'ordre n’a pour le moment pas été suivi.

La Cour constitutionnelle a un délai de dix jours pour examiner les recours introduits par ceux qui contestent les résultats de l’élection présidentielle.

La sécurité a été renforcée dans les bastions de l'opposition.

Aucun incident pour l'instant, le calme règne sur toute l'étendue du pays.

Le président du Burundi, Évariste Ndayishimiye, a été l’un des premiers chefs d’État à féliciter son homologue congolais.

"Je félicite vivement mon Homologue et Frère S.E Félix Antoine Tshisekedi pour sa réélection à la tête de la #RDC suite à la publication des résultats provisoires. En cas d'eventuel contentieux électoral, je forme le vœu d'une résolution pacifique à travers les canaux légaux", a écrit M. Ndayishimiye sur X, quelques minutes après l'annonce de la victoire de M. Tshisekedi.

Un message de félicitation à la RDC a également été posté sur le même réseau social par le président des Comores. "Je voudrais adresser, avec beaucoup d'émotion, mes sincères remerciements au Bureau de l'@_AfricanUnion qui vient de faire un grand honneur à mon pays, l'Union des #Comores en lui confiant, et ce pour la 1ère fois de son histoire, les destinées de notre Organisation continentale", a déclaré Azali Assoumani.