Marginalisée à l'école à cause de son handicap, elle se lance dans l'entreprenariat

Mariama Dia, porteuse d'un handicap, dans son entreprise de transformation de produits locaux
Légende image, Mariama Dia pose fièrement devant ses produits
    • Author, Alassane Dia
    • Role, Journaliste BBC Afrique

Mariama, une jeune fille de 21 ans, a interrompu ses études à cause de la stigmatisation autour de son handicap pour entamer une formation professionnelle en agroalimentaire. Elle a démarré une petite entreprise de transformation de produits locaux avec le soutien de sa mère.

Mariama Dia est issue d’une fratrie de trois enfants. Seulement elle n’est pas comme ses sœurs. Elle est née avec une infirmité motrice cérébrale. A l'école, Mariama est victime de moqueries et est marginalisée.

 Mais comme on dit « à quelque chose, malheur est bon! »; sa mère, épouse Diakhaté, Mame Maimouna Ndiaye à l’état civil fait du handicap de sa fille une force et une source de motivation.

L'amour et la persévérance d'une mère !

Mariama Dia et sa maman
Légende image, L’amour de Mame Maimouna Ndiaye à l’endroit de sa fille Mariama et beaucoup de détermination ont permis à cette dernière d'être autonome et d’être aujourd’hui à la tête d’une TPE, toute petite entreprise de transformation de produits locaux.

« De voir ma fille marginalisée par certains et d’être acceptée par d'autres m'a donné beaucoup de force. Je me suis dit que c'est l'arme que je vais utiliser pour l'aider à réussir. Si j’étais affectée par cette marginalisation, peut-être que je l'aurai cachée. Dans ce cas, je n'aurai pas fait autant d'efforts pour lui permettre de réussir, donc je me suis battue... »

L’amour de Mame Maimouna Ndiaye à l’endroit de sa fille Mariama et beaucoup de détermination ont permis à cette dernière d'être autonome et d’être aujourd’hui à la tête d’une TPE, toute petite entreprise de transformation de produits locaux.

« Je l'ai encadrée. Je lui ai fait comprendre que le handicap c'est dans la tête. Ne te fais aucune limite. Entreprends des choses, si tu rencontres des obstacles on t’aidera à les surmonter. »

Deuxième fille de la fratrie, son handicap vient d’une souffrance néonatale. Cette pathologie a laissé des séquelles. Elle ne marche pas et ne parle pas jusqu’à ses quatre ans. L’état de santé critique de Mariama n’a jamais démoralisé sa mère, bien au contraire.

« Je me suis battue pour la mettre dans de meilleures conditions afin de lui permettre d’avoir une bonne prise en charge sanitaire. Ce fut possible avec l'aide de mon entreprise. Donc on l'a opérée des tendons d'achille pour qu’elle puisse marcher. Mariama a commencé à marcher à quatre ans. je devais également lui apprendre à parler. Pour ce faire, il fallait l'attache d'un orthophoniste et d'un orthoptiste. Elle a fait beaucoup de séances de rééducation. Enfin, la dernière opération date de 2019. »

« J’avais un seul objectif : que Mariama soit en bonne santé et soit autonome. »

Le déclic

« Mariama a passé le BFEM à deux reprises à l’âge de vingt-ans et a échoué malheureusement. J’avoue que c’était frustrant. De plus, on ne manquait pas de me faire des reproches du genre, elle ne sait pas écrire ou ses écritures ne sont pas lisibles. Venant de ses camarades, je pouvais le comprendre car ce sont des enfants. Mais quand les reproches viennent d’adultes c’est plus difficile à digérer. »

Les échecs consécutifs de Mariama au BFEM étaient un coup d’accélérateur.

Il était temps pour elle de trouver une formation diplômante, qualifiante et professionnelle s’est dit sa mère. Elle n’a pas tarder à concrétiser les choses.

« Elle a suivi la formation. Ça c’est bien passé. Elle était major de sa promotion. »

Les premiers pas dans l’entreprenariat

Mariama toute souriante dans sa boutique de produits locaux
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« Quand elle apprenait quelque chose au centre de formation, elle expérimentait à la maison. Elle produisait des articles avec un petit stock de maximum 3 pièces qu’elle revendait. Au fur et à mesure j’ai senti qu’elle était dans son élément.

Mariama était fière d’elle, de son travail. Fière de pouvoir réaliser des choses et de les revendre. C’était le moment idéal pour l’encadrer davantage ; notamment créer une unité de fabrication, pour qu’elle puisse avoir une autonomie financière », témoigne sa maman.

Aujourd’hui, Mariama est une experte en transformation de produits locaux. Elle propose à sa clientèle une large gamme d’articles fabriqués avec les produits du terroir comme des sirops, des céréales, de la confiture, des cacahuètes.

En bonne chef d’entreprise, elle coordonne toutes les commandes et planifie les livraisons.

 « Après la production, je livre à ceux qui ont passé commande. Aujourd’hui, Dieu merci, je suis autonome. Je m’en sors très bien. Avec l’argent que je gagne je le réinvestis en achat de matériels. »

 C’est une maman étreinte par l’émotion qui témoigne à sa fille sa fierté et son admiration.

« Aujourd’hui, quand je vois Mariama réaliser quelque chose, j’en ai les larmes aux yeux . Je suis à la fois contente et fière ; au regard de tout ce qu’elle a enduré. »

« Aujourd’hui, vivre et réussir avec un handicap est bien possible. Le handicap n’est pas un frein. Tout se passe dans la tête…» dixit Mariama Dia , la jeune self-made girl !