Pourquoi Haïti est sans président depuis plus de 2 ans

Crédit photo, EPA/EFE
- Author, La rédaction
- Role, BBC News Mundo
Les rues d'Haïti sont à nouveau en feu alors que la date limite fixée pour que l'actuel Premier ministre, Ariel Henry, quitte le pouvoir, passe. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti vit dans une situation intérimaire, sans chef d’État et avec un gouvernement fonctionnel, situation à laquelle il aurait fallu mettre fin en convoquant des élections en 2023.
Mais Henry, qui avait été choisi par Moïse comme Premier ministre 24 heures seulement avant sa mort, n'a pas respecté l'accord qu'il avait conclu en décembre 2022 avec les représentants des différents partis politiques et organisations de la société civile du pays pour organiser des élections dans un an.
Le Premier ministre a fait valoir que l’aggravation de la violence des gangs rend impossible pour le moment la garantie d’élections libres et équitables.
Cela a déclenché de violentes manifestations à travers le pays pour réclamer son éviction.
A lire aussi sur BBC Afrique :
La tension est montée dans les jours précédant le 7 février, date symbolique pour les Haïtiens puisqu'elle marque la fin de la dictature instaurée par François Duvalier et poursuivie par son fils Jean-Claude jusqu'en 1986, et qu'elle est la date à laquelle les présidents haïtiens prêtent traditionnellement serment.
L’échec répété de la tenue d’élections, non seulement présidentielles mais aussi législatives, signifie qu’Haïti n’a pas eu un seul élu du gouvernement depuis l’expiration du mandat des derniers sénateurs élus en janvier 2023.

Crédit photo, EPA / EFE
Les gangs
Haïti est embourbé dans la terreur des gangs depuis des années.
Des informations vérifiées à portée de main
Cliquez ici et abonnez-vous !
Fin de Promotion WhatsApp
La frustration et la colère face au vide politique, ainsi que les niveaux choquants de violence, qui, selon les chiffres des Nations Unies, ont provoqué le déplacement de près de 314 000 personnes, ont alimenté les protestations.
En outre, près de la moitié de la population, soit 4,7 millions d'Haïtiens, souffre de faim aiguë. Dans la capitale, quelque 20 000 personnes vivent dans des conditions de famine, selon l'ONU, et le choléra réapparaît.
Lors de l'incident le plus récent, la police a tué cinq membres armés d'une patrouille de protection de l'environnement qui, selon certains, s'est transformée en groupe paramilitaire.
"Le pays est pris en otage par les gangs. Nous ne pouvons pas manger. Nous ne pouvons pas envoyer nos enfants à l'école", a dénoncé un manifestant à l'agence de presse AFP.
Un autre manifestant a déclaré à l'AFP que "ce mercredi (en référence au 7 février) c'est le jour J, c'est le jour où Ariel Henry doit quitter ses fonctions".
La situation déjà tendue a été exacerbée par le retour de Guy Philippe , ancien chef de la police qui a joué un rôle clé dans le renversement de l'ancien président Bertrand Aristide il y a 20 ans.
Philippe a été rapatrié en Haïti en novembre depuis les États-Unis, où il avait purgé une peine de prison après avoir admis avoir accepté des pots-de-vin pour protéger des expéditions de stupéfiants.
Depuis son retour, Philippe partage des messages vidéo sur les réseaux sociaux appelant à une « rébellion » contre Henry.
Mardi, il a également été vu dans la capitale, Port-au-Prince, en train de serrer la main de ses partisans. Il a ensuite participé à une émission de radio en direct et a déclaré aux auditeurs que "le combat n'est que le début".

Crédit photo, REUTERS
Affrontements
Les tensions se sont encore intensifiées lorsque la police a affronté des membres armés de la Brigade de sécurité des zones protégées d'Haïti, connue sous le nom de BSAP, et a abattu cinq d'entre eux.
Certains membres du BSAP seraient des alliés de Philippe et la brigade a été accusée d'être devenue un groupe paramilitaire plutôt qu'une agence de protection de l'environnement.
Henry a tenté de maîtriser le pouvoir de la brigade en limogeant le chef du département en charge du groupe, mais cette décision a encore plus irrité ses membres.
Il a également appelé les Nations Unies à envoyer une force internationale en Haïti pour aider à contrôler les gangs, mais jusqu'à présent, seul le Kenya a promis d'envoyer des policiers.
Cette aide a toutefois été suspendue après qu'un tribunal du pays africain a bloqué le déploiement.
La crise profonde que traverse le pays a été décrite par le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, comme « un cauchemar vivant ».
Certaines zones de la capitale Port-au-Prince, entourée de montagnes, sont contrôlées ou régulièrement terrorisées (certaines estimations parlent de 80 %) par des gangs lourdement armés.
Ces gangs, aux noms créoles haïtiens comme « Kraze Barye » (Barrière-Crusher) et « Gran Grif » (Big Claw), volent, pillent, extorquent, kidnappent, violent et tuent depuis deux ans.
Transportant des armes automatiques provenant principalement des États-Unis, les membres de gangs sont souvent mieux armés que la police locale et brûlent parfois même leurs véhicules et leurs commissariats.

Crédit photo, EPA/EFE
Des gangs contrôlent ou attaquent périodiquement les principales routes d'entrée et de sortie de la capitale.
Une anarchie similaire affecte de vastes zones de l'ouest et du centre d'Haïti, où des « bandits » errants, comme les locaux appellent les membres de gangs, envahissent et brûlent les villes.
Les gangs ont semé le chaos, perturbé les services publics et le travail des agences d'aide humanitaire, aggravant la pauvreté et les problèmes de santé dans un pays qui était déjà le plus pauvre de l'hémisphère occidental.
Même le dernier président d’Haïti n’était pas en sécurité dans sa propre maison. Jovenel Moïse a été abattu par des hommes armés en juillet 2021. La police a imputé la faute aux mercenaires colombiens, dont une vingtaine ont été arrêtés.
L'assassinat du président a créé un vide que les gangs se sont empressés de combler.
Les experts assurent que derrière les groupes armés se cachent des personnalités politiques corrompues, tant au pouvoir que dans l'opposition. Ils fournissent aux gangs des armes, du financement ou une protection politique. En retour, les gangs font le sale boulot, générant selon les besoins peur, soutien ou instabilité.













