Pourquoi tant de travailleurs chinois sont ciblés et assassinés dans le monde

    • Author, Jeremy Howell
    • Role, BBC World Service
Des travailleurs chinois enlevés par les talibans en Afghanistan en 2007

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Des travailleurs chinois enlevés par les talibans en Afghanistan en 2007.

Le 6 octobre, deux ressortissants chinois ont été tués et dix autres blessés dans un attentat-suicide présumé à la sortie de l'aéroport de Karachi, au Pakistan. L'Armée de libération du Baloutchistan (BLA) a revendiqué cet attentat, le dernier d'une série d'attaques contre des travailleurs chinois au Pakistan et dans d'autres pays au cours des dernières années.

Plus d'un demi-million de travailleurs chinois sont employés dans des projets de développement à travers le monde, souvent dans des zones politiquement instables, et nombre d'entre eux ont été tués ou enlevés.

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Combien de fois des travailleurs chinois ont-ils été attaqués au Pakistan ?

L'attentat suicide du 6 octobre est le dernier d'une série d'attaques contre des travailleurs chinois au Pakistan.

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Les deux ressortissants chinois tués lors de l'attentat du 6 octobre faisaient partie d'un convoi de personnes participant à la construction de centrales électriques à Port Qasim, près de Karachi.

Les travailleurs ont été tués par l'explosion d'une bombe dans un véhicule, près de l'aéroport de la ville. Dix autres personnes ont été blessées.

La BLA, qui réclame l'indépendance du peuple baloutche, a déclaré avoir "pris pour cible un convoi d'ingénieurs et d'investisseurs chinois de haut niveau" arrivant de l'aéroport, dans ce qu'elle a qualifié d'attentat suicide.

Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a qualifié l'attentat d'"acte odieux". Le ministère des Affaires étrangères a déclaré que l'attaque "ne resterait pas impunie".

Les deux ressortissants chinois tués travaillaient sur un chantier à Port Qasim, dans la province pakistanaise de Sindh.

En mars, la BLA a également admis avoir attaqué une base aéronavale située près du port de Gwadar, au Baloutchistan, qui est en cours de développement par des entreprises chinoises.

Les insurgés ont également admis avoir tué trois universitaires chinois et leur chauffeur pakistanais en avril 2022, lors d'un attentat suicide, près de l'Institut Confucius, qui est dirigé par des ressortissants chinois à l'université de Karachi.

La BLA affirme que le peuple baloutche n'a pas reçu une part équitable des richesses provenant des investissements étrangers réalisés dans la province ou de l'extraction de minerais (comme le pétrole) par des sociétés étrangères dans la région.

Combien de Chinois travaillent à l'étranger et pourquoi ?

Les projets de développement chinois à l'étranger emploient principalement des travailleurs chinois.

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Quelque 568 000 ressortissants chinois travaillent à l'étranger sur des projets menés dans le monde entier par des entreprises chinoises, selon des données du ministère chinois du Commerce datant de 2022.

La plupart de ces travailleurs participent à des projets dans le cadre de la vaste initiative chinoise Belt and Road (BRI), connue sous le nom de Nouvelle Route de la soie.

La Chine a investi environ 1 000 milliards de dollars américains dans la BRI pour développer des projets tels que des routes et des chemins de fer, des ports et des centrales électriques.

L'objectif est de créer de nouvelles routes pour les exportations chinoises et d'approfondir les liens commerciaux entre la Chine et toutes les nations qui se sont engagées à participer à ce projet.

Le Pakistan accueille l'un des plus grands projets de la BRI : le corridor économique Chine-Pakistan. Cette initiative comprend une série d'itinéraires routiers et ferroviaires allant de la frontière occidentale de la Chine au port de Gwadar, sur la mer d'Arabie, en passant par le Pakistan.

Comme le Pakistan, de nombreux pays africains, tels que le Kenya, l'Éthiopie et le Sénégal, ont emprunté des milliards de dollars à la Chine pour construire de meilleures infrastructures de transport et d'énergie.

Les habitants des pays d'accueil se plaignent souvent du fait que les entreprises qui gèrent les projets de développement leur offrent peu d'emplois et emploient principalement des ressortissants chinois.

"Les populations locales des pays africains n'apprécient pas cette situation", explique à la BBC le professeur Steve Tsang, de l'Institut chinois SOAS de l'École des études orientales et africaines de l'université de Londres.

Il ajoute que "les entreprises embauchent beaucoup de travailleurs chinois et on a l'impression qu'elles ne font appel aux Africains que dans les emplois aux conditions les plus difficiles".

"La Chine affirme que ses investissements à l'étranger sont bénéfiques pour tous", explique à la BBC l'analyste Alex Vines, de l'Institut royal des affaires internationales, connu sous le nom de Chatham House, à Londres.

"Mais elle a donné des emplois à des travailleurs chinois pour résoudre le problème du chômage en Chine", ajoute M. Vines.

Quel est le danger pour les citoyens chinois de travailler à l'étranger ?

Des groupes armés pakistanais ont souvent attaqué des travailleurs chinois dans le port de Gwadar.

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Les investissements de la Chine à l'étranger ont conduit ses citoyens à travailler dans certains des pays les plus dangereux du monde, y compris dans des zones de conflit actif.

Le Pakistan, par exemple, est classé parmi les pays les plus instables politiquement, selon une liste de la Banque mondiale.

Le correspondant de la BBC World Service à Karachi, Riaz Sohail, indique qu'il y a eu 16 attaques liées à des projets de développement chinois au Pakistan, au cours desquelles 12 ressortissants chinois ont été tués et 16 autres blessés.

Cela inclut l'assassinat en mars 2024 de cinq ingénieurs chinois qui travaillaient sur le barrage hydroélectrique de Dasu, dans la région de Bisham, à Khyber Pakhtunkhwa, une zone très instable du nord-ouest du pays.

En novembre 2018, des hommes armés ont tué au moins quatre personnes lors d'une attaque contre le consulat chinois à Karachi.

Ces attaques n'ont pas été revendiquées.

En Afrique, plusieurs attaques ont été perpétrées contre des employés chinois travaillant dans des mines d'or en République démocratique du Congo, dans une région où la violence politique des groupes militants armés est répandue.

En juillet 2024, six ressortissants chinois et au moins deux soldats congolais ont été abattus sur le site d'une mine d'or dans le nord-est du pays, appartenant en partie à une société chinoise, a rapporté l'agence de presse Reuters à l'époque.

Les auteurs de l'attaque seraient des membres d'une milice appelée Congo Development Cooperative. Il s'agit de l'un des nombreux groupes armés qui luttent pour le contrôle des terres et des ressources naturelles dans la région.

En janvier 2022, des hommes armés nigérians auraient enlevé trois travailleurs chinois dans l'État du Niger, sur le chantier d'un barrage construit par l'entreprise publique chinoise Sinohydro.

Selon un rapport du Peterson Institute for International Economics (PIEE), basé aux États-Unis, les groupes armés en Afrique et en Asie du Sud-Est trouvent souvent rentable d'enlever des ressortissants chinois parce qu'ils s'attendent à ce que les entreprises paient d'importantes rançons pour les libérer.

En Afghanistan, au cours des deux décennies qui se sont écoulées entre la perte et la reprise du pouvoir par les talibans, ces derniers ont fréquemment enlevé des travailleurs étrangers chinois qu'ils détenaient contre rançon.

Comment la Chine tente-t-elle de protéger les travailleurs à l'étranger ?

Jusqu'à présent, le gouvernement et les entreprises chinoises ont fait face aux attaques contre les travailleurs à l'étranger en "payant des rançons pour obtenir leur libération, en faisant pression sur les autorités du pays d'accueil pour qu'elles assurent une meilleure sécurité et en exportant des technologies de surveillance pour aider à identifier et à intercepter les extrémistes potentiels", note le PIEE.

La Chine forme également les forces armées des pays d'accueil pour qu'elles assurent une meilleure sécurité. Enfin, les entreprises chinoises font de plus en plus appel à des sociétés de sécurité privées pour se défendre contre les kamikazes, les tireurs et les kidnappeurs.

"Mais il y a des limites à ce que Pékin peut raisonnablement attendre des pays d'accueil", indique le rapport du PIEE, ajoutant : "Les investissements directs chinois à l'étranger ont été dirigés vers des pays où l'État de droit est moins fort."

À la suite du dernier attentat au Pakistan, l'ambassade de Chine dans ce pays a rappelé à ses ressortissants et aux entreprises chinoises présentes sur place d'être vigilants et de "faire tout leur possible pour prendre des mesures de sécurité".