Un enfant sur cinq travaille : l'Afrique confrontée à une violation massive des droits des enfants

Plus de 400 jeunes filles du continent se sont réunies récemment à Dakar dans le cadre du Sommet des jeunes filles. 

Crédit photo, UNICEF

    • Author, Nicolas Négoce
    • Role, BBC Afrique
    • Reporting from, Abidjan

Alors que le monde célèbre la Journée internationale des droits de l'enfant, la réalité reste contrastée pour des millions d'enfants en Afrique de l'Ouest.

De la Côte d'Ivoire au Sénégal, jusqu'au Burkina Faso, des enfants continuent de se heurter à des obstacles tenaces : mariages précoces, pauvreté, insécurité ou encore inégalités d'accès à l'éducation. Mais au milieu des difficultés, une génération nouvelle se lève — déterminée à changer le cours des choses.

A lire aussi sur BBC Afrique:

Plus de 400 millions d'enfants en Afrique vivent dans la pauvreté

En Côte d'Ivoire, les mariages précoces sont encore très fréquents. A Bouaké, Mariam, 14 ans, rêvait de devenir infirmière. Son avenir s'est arrêté le jour où son père l'a mariée à un homme de trente ans. « J'ai pleuré, je voulais continuer mes études. Mais on m'a dit que c'était la tradition », raconte-t-elle, les yeux embués de larmes. « J'avais l'impression que tout mon monde s'écroulait… mais je garde l'espoir qu'un jour, d'autres filles pourront choisir leur vie. »

‎Selon l'UNICEF, plus d'une fille sur quatre est mariée avant 18 ans en Côte d'Ivoire. Les autorités tentent de freiner cette pratique en travaillant avec les chefs coutumiers et religieux.

‎« Nous faisons comprendre que l'école est une chance, pas une menace », explique Nasseneba Touré, la Ministre ivoirienne de la Femme, de la Famille et de l'Enfant. « Mais le changement ne se fera pas du jour au lendemain : il faut sensibiliser les familles, écouter les filles, et leur donner les moyens de s'exprimer », précise Nasseneba Touré.

La situation s'améliore mais les défis sont encore nombreux. Plus d'un enfant sur cinq dans les pays à revenu faible et intermédiaire (soit 417 millions d'enfants) souffre de privations graves dans au moins deux domaines essentiels dont dépendent leur santé, leur développement et leur bien-être, d'après un rapport phare de l'UNICEF publié à l'occasion de la Journée mondiale de l'enfance, qui a lieu ce jeudi 20 novembre.

Ce nouveau rapport souligne le risque de voir de plus en plus d'enfants basculer dans la pauvreté à mesure que les coupes opérées dans les financements de l'aide mondiale, les conflits et les changements climatiques mettent en péril l'accès aux services indispensables à leur santé et à leur bien-être.

D'après cette analyse, 118 millions d'enfants souffrent d'au moins trois privations, et dans 17 millions de cas, le nombre de privations peut atteindre quatre ou plus.

Sur le continent africain, 1 enfant sur 5 travaille au lieu d'aller à l'école, des millions vivent dans des zones de conflit, et dans certains pays, près d'un enfant sur deux n'a pas accès à une éducation régulière.

L'éducation en situation de crise

Des élèves du primaire dans leur classe à Dori, au Burkina Faso.
Des écoles ont fermé leurs portes en raison des violences djihadistes, touchant plus de 325 000 enfants. Ces classes supplémentaires ont été créées pour accueillir les enfants qui ont fui les violences djihadistes.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Les attaques armées ont contraint à la fermeture de plus de 6 000 écoles au Burkina
Ignorer Promotion WhatsApp et continuer la lecture
BBC Afrique est sur WhatsApp

Des informations vérifiées à portée de main

Cliquez ici et abonnez-vous !

Fin de Promotion WhatsApp

Dans un contexte de crise sécuritaire aiguë, le Burkina Faso connaît la situation la plus préoccupante. Les attaques armées ont contraint à la fermeture de plus de 6 000 écoles, laissant de nombreuses filles à la maison ou contraintes au mariage et au travail domestique.

‎« Quand une école ferme, les garçons tentent parfois de poursuivre ailleurs. Les filles, elles, sont souvent mariées ou envoyées au travail domestique », déplore une enseignante à Kaya.

‎Malgré les défis, beaucoup d'enfants continuent de rêver et de vouloir apprendre. L'UNICEF soutient plus de 100 millions d'enfants chaque année sur le continent. Selon Omar Abdi, directeur exécutif adjoint de l'UNICEF, « les enfants en Afrique font face à de grands défis : pauvreté, conflits, exclusions… Mais nous voyons aussi des progrès : plus d'enfants vont à l'école, les lois protègent mieux leurs droits, et des programmes ciblés aident ceux qui sont le plus en danger. La route reste longue, mais il y a de l'espoir si chacun agit chaque jour. »

Le programme gouvernemental "Zéro fille hors de l'école", soutenu par l'UNICEF, fournit bourses et kits scolaires pour maintenir les jeunes filles jusqu'au lycée.

Une mutualisation des efforts

Omar Abdi, directeur executif adjoint de l'UNICEF. 

Crédit photo, UNICEF

Légende image, Selon Omar Abdi, "beaucoup de choses sont faites, mais il est clair que ce problème ne peut être résolu par un seul partenaire.

Omar Abdi, directeur exécutif adjoint de l'UNICEF, insiste : « le rôle des gouvernements est crucial : assurer des politiques éducatives inclusives, garantir la sécurité des filles et sanctionner les pratiques qui limitent leur accès à l'école. Sans engagement politique, aucune initiative locale ne suffira. »

‎ Partout dans la région, les plus jeunes font entendre leur voix. Evariste, 19 ans, lycéen ivoirien raconte: ‎« nous, on a grandi dans la pauvreté, l'insécurite mais on veut changer les choses. Pour nous, pour nos frères et sœurs, pour la future génération. »

‎En cette Journée mondiale de l'enfance, le constat est clair : investir dans les plus jeunes, c'est investir dans l'avenir. Éducation, santé, sécurité — ces droits fondamentaux ne devraient jamais être un privilège.

Selon Omar Abdi, "beaucoup de choses sont faites, mais il est clair que ce problème ne peut être résolu par un seul partenaire." " Bien sûr, il incombe en premier lieu aux gouvernements de ces pays de s'attaquer à ces problèmes. Mais nous, en tant que partenaires, travaillons avec des agences de développement bilatérales et multilatérales qui soutiennent les gouvernements dans l'élaboration de politiques et de lois protégeant les enfants, comme le mariage d'enfants. De nombreux pays ont adopté des lois contre les mutilations génitales féminines (MGF). Nous collaborons également avec eux, soutenons les familles et fournissons des services aux enfants. »

De leur côté, les gouvernements multiplient les initiatives législatives pour renforcer la protection des enfants : Au Kenya, depuis 2022, le châtiment corporel raisonnable est interdit : même des punitions modérées comme une petite fessée ou une tape ne sont plus autorisées, pour protéger les enfants de toute violence. Le mariage des enfants de moins de 18 ans est désormais interdit en Sierra Leone (loi promulguée en juillet 2024), au Zimbabwe (Marriages Act de 2022 fixe 18 ans comme âge minimum), au Mozambique et en Ouganda. En Côte d'Ivoire, le gouvernement prépare une nouvelle loi de protection de l'enfance pour renforcer les droits des enfants, notamment contre la traite, le travail dangereux et les grossesses précoces.

‎Les lois avancent, les programmes existent… mais cette journée rappelle à tous que chaque adulte a un rôle à jouer pour que chaque enfant puisse grandir en sécurité et apprendre librement.