Tremblement de terre au Maroc: "Quand on dort, on a peur que l'immeuble s'écroule sur nous" - un rescapé du séisme

Bâtiments endommagés dans le village de Moulay Brahim à la suite d'un tremblement de terre

Crédit photo, Getty Images

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    • Author, Cherif Ousman Mbardounka
    • Role, Journaliste BBC Afrique

Une semaine après la catastrophe, nous nous sommes entretenus avec des ressortissants subsahariens vivant au Maroc. Entre traumatisme, deuils et solidarité, ils nous racontent comment ils ont vécu ce séisme.

Au Maroc, les secouristes intensifient les efforts pour assister les rescapés du puissant tremblement de terre qui a frappé le pays.

Le séisme a atteint une magnitude 7, selon le Centre marocain pour la recherche scientifique et technique (6,8 selon l'Institut de géophysique américain, USGS). Le plus puissant à avoir jamais été mesuré au Maroc.

Le séisme, qui s'est produit dans la nuit du 8 au 9 septembre dans la province d'Al-Haouz au sud de Marrakech, a fait 2 946 morts et 5 674 blessés selon le dernier bilan officiel publié mercredi soir.

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Comme d'autres communautés, les ivoiriens vivant au Maroc se disent traumatisés par ce drame qui a secoué le royaume chérifien.

Kipré PRINCE un ivoirien vit à Casablanca, une des villes touchées par le séisme.

" Je dormais, puis j'ai constaté que le bâtiment, mon immeuble a commencé à trembler, à bouger, comme si un train passait en dessous de l'immeuble."

Paniqué, Kipré a rejoint ses voisins dans la rue. « Je croyais que nos immeubles allaient s'écrouler. C'était vraiment terrible."

Il a encore les souvenirs de ce moment d'affolement. "C'est le traumatisme, il faut le reconnaître. On essaie d'appeler un peu à gauche et à droite."

En début de semaine, le Sénégal indiquait avoir perdu un de ses ressortissants.

Cinq autres sénégalais se sont blessés durant cette tragédie a précisé le président de l'association des ressortissants sénégalais du Maroc. Les victimes essayaient de fuir le danger, déclare Babacar Dieye.

"En fait, au niveau du deuxième étage et voulant descendre par le balcon, il s'est jeté et il est mal tombé. Il est tombé sur son bassin qui s'est fissuré malheureusement, et il a succombé à ses blessures."

Babacar Dieye a déclaré qu'une campagne de solidarité a été lancée par les subsahariens pour être aux côtés de "ce peuple chez qui nous vivons".

"J'ai vécu le tremblement de terre au début avec beaucoup d'humour"

Le tremblement de terre de magnitude 6,8, le plus fort jamais enregistré au Maroc, a fait près de 3 000 morts et plus de 5 600 blessés

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Le Gabon compte plus de 6 000 ressortissants résidant au Maroc selon Dr Sylver Aboubakar MINKO MI-NSEME, Ambassadeur gabonais près le Royaume du Maroc.

Ces ressortissants gabonais sont en majorité des étudiants. Gervaily OBAM est un des étudiants gabonais résidant à Casablanca, l'une des villes touchées par le séisme. Au début du tremblement de terre, il n'a pas imaginé la tragédie que cela produirait.

"J'ai vécu le tremblement de terre au début avec beaucoup d'humour parce que je ne réalisais pas encore", raconte-t-il.

Assis au salon de son appartement avec ses colocataires, n'ayant jamais vécus un séisme, ils sont vite sorti de l'immeuble lorsque les secousses devenaient plus violentes.

"On s'est dit qu'il y avait quelqu'un qui s'amusait à faire trembler les fauteuils. Mais après, ça devenait un peu plus grave. En fait, ça tremblait, ça tremblait sérieusement"

Grace aux informations relayées sur les réseaux sociaux et aux orientations de leurs voisins marocains, ils se sont mis à l'abri des secousses. " On a vu justement les annonces qu'il y a un séisme et qu'on demande à tout le monde de sortir des bâtiments, des immeubles et tout. "

Dans son entourage, Gervaily Obam ne déplore aucune perte en vie humaine même s'il nous fait cas de deux personnes blessées. "Aujourd'hui, tout le monde a repris. Sauf que chaque jour, il y a un nouveau bilan actualisé des morts, il y a des gens qu'on cherche encore", ajoute-t-il tout en gardant espoir.

Rodrigue BIABINO

Crédit photo, Rodrigue BIABINO

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Rodrique BIABINO, quant à lui, est le porte-parole de la CASAM, la Cameroun Student Association in Morocco, l'association des étudiants camerounais.

"Nous sommes tous touchés psychologiquement. Le tremblement nous a surpris et on a été pris de peur. Vraiment, c'était effroyable, raconte-t-il.

Même si aujourd'hui les activités reprennent peu à peu, il vit dans la psychose ; "quand on dort, on a peur que l'immeuble s'écroule sur nous", clame-t-il.

La communauté camerounaise qui compte 700 ressortissants a enregistré deux décès : un ingénieur et un médecin qui étaient logés à Marrakech. Ils partageaient le même immeuble qui s'est effondré.

Elan du cœur !

Collecte des dons de vêtements et de nourriture pour les personnes touchées par le tremblement de terre

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L'association des étudiants camerounais au Maroc s'est mobilisé dès le lendemain du sinistre pour recenser les personnes affectées et assister les populations marocaines.

Avec l'appui de leur ambassade, les étudiants camerounais ont initié des collectes de dons. "Il y a des Camerounais qui offrent des vêtements, des denrées alimentaires. On fera l'effort de les acheminer au niveau des zones les plus touchées", précise Rodrigue BIABINO.

En outre, une banque de sang a été ouverte et plusieurs donneurs volontaires se sont déjà inscrits. Rodrigue appelle à une mobilisation globale pour venir en aide aux sinistrés.

Pour le moment, les efforts se poursuivent pour aider les survivants de ce séisme destructeur.

Le Maroc a annoncé la mise en œuvre d'aides d'urgence visant à soutenir et reloger les habitants d'environ 50 000 bâtiments endommagés.