Restitution au Bénin de 26 artéfacts : ce que cela signifie pour le pays

Crédit photo, Rachida Houssou\BBC
C'est un grand jour aujourd'hui au Bénin qui reçoit 26 de ses trésors nationaux restitués par la France.
Ces œuvres d'art pillées au XIXème siècle durant l'époque coloniale étaient exposées depuis au musée parisien du Quai Branly.
Après la récente signature à Paris de l'acte de restitution, ces œuvres qui ont passé 130 ans en France vont arriver ce mercredi par vol spécial à Cotonou.
José Pliya, le directeur de l'Agence Nationale de promotion des Patrimoines et du développement du Tourisme (ANPT) du Benin, en parle avec Armand Mouko Boudombo de BBC Afrique.
Qu'est-ce que ces œuvres d'art restituées par la France apportent-elles au Bénin ?
Elles apportent d'abord une véritable restitution mémorielle et patrimoniale en ce sens que ces œuvres qui ont été conçues ici au Bénin dans un contexte historique royal particulier ont été absentes pendant 130 ans et reviennent sur leur terre d'origine. Donc, c'est une émotion très forte. Elles apportent ensuite, pour le présent et le futur quelque chose d'essentiel au projet du président Patrice Talon qui est le tourisme et le patrimoine. Le Bénin est un pays riche en termes de pétrole, de gaz ou d'or et de diamant ; c'est un pays riche de sa culture et de son patrimoine. Et ces objets qui sont les témoins du patrimoine vont être mis dans des musées. Et ces objets vont apporter au Bénin la possibilité de nombreux touristes qui viendront les voir et en profiter pour découvrir les autres richesses culturelles du pays.
Y-a-t-il une dimension spirituelle ou mystique attachée à ces œuvres ?
Non, non, non, pas du tout. Ce sont des objets royaux, alors certes leurs concepteurs devaient s'entourer de forces, ce ne sont pas des vaudous, pas des totems spirituels. Ce sont véritablement des objets symboles de la puissance des rois. Et c'est pour ça que leur retour est un retour national. Ce n'est pas un retour lié au royaume d'Abomey, à la ville d'Abomey ou aux familles d'Abomey. C'est vraiment des trésors nationaux républicains et ceci est vraiment très important pour nous.
Ce sont des œuvres qui ont passé plus d'un siècle à l'extérieur, elles vont revenir ce mercredi, quelles sont les dispositions prises par le Bénin pour les accueillir ?
Dès l'atterrissage du cargo spécial qui était affrété par le Bénin pour les accueillir sur le tarmac de l'aéroport de Cotonou, il va y avoir leur transfert dans un camion militaire et des chevaux, huit chevaux vont précéder le cortège qui va déambuler de l'aéroport au palais de la présidence, avec les rues pavoisées des populations qui sont mobilisées pour saluer le retour de ces objets, de ces trésors. Les lampadaires sont pavoisés de fanions et de kakémonos à l'effigie de ces objets. Et puis au palais de la présidence, il y aura des officiels, il y aura quelques accueils traditionnels sans être spirituels, il y aura des chants et des danses, il y aura l'hymne national béninois et puis une intervention du chef de l'Etat avant que ces objets ne soient mis dans une salle sécurisée à la température régulée, pour leur acclimatation.

Crédit photo, Rachida Houssou\BBC
Mais pour la conservation de manière générale, y-a-t-il des spécialistes au Bénin qui vont s'en occuper ?
Tout à fait, depuis trois, quatre ans que ce processus est en route, nous travaillons main dans la main avec les conservateurs du Quai Branly. Ce sont nos conservateurs qui sont dans le cargo qui partent très tôt demain et ce sont eux qui vont appliquer toutes les mesures de conservation idoine dans les prochains mois et les prochaines années.
Alors, ils vont passer quelques mois à la présidence avant d'être transférés à Abomey, on sait aussi que la législation sur le patrimoine a été modifiée. Est-ce que le Béninois ordinaire pourra visiter ces objets d'arts qui vont revenir ?
C'est notre grand objectif. C'est pour l'ensemble des Béninois du nord au sud. Donc, il va y avoir trois mois d'exposition à partir de la mi-janvier à la présidence. Evidemment à la présidence, ce sera un peu plus difficile parce que ça reste le palais de la Marina, les horaires d'ouverture seront contraints, mais on attend beaucoup de monde à la présidence pendant ces trois mois. Ensuite, ils seront transférés, avant Abomey, au musée international de la mémoire de l'esclavage qui se trouve au Fort portugais de Ouidah, en la villa du gouverneur qui est prête et qui va les accueillir pendant deux ans. Donc là, les populations pourront encore venir les admirer pendant deux ans, le temps que le musée d'Abomey qui est leur destination finale soit terminé.













