Idriss Deby Itno : comprendre la situation au Tchad au lendemain du décès du président

Crédit photo, AFP
- Author, Ndèye Khady LO & Rose-Marie Bouboutou
- Role, Journalistes
Au lendemain de l'annonce du décès d'Idriss Deby Itno, la situation est calme dans la capitale, selon le correspondant de BBC Afrique au Tchad.
Certains commerces sont ouverts tandis que d'autres par mesure de prudence sont fermés. Même scénario dans les bureaux de l'administration et du secteur privé.
Les gens vaquent à leurs occupations, mais la présence continue des véhicules militaires et l'artillerie lourde déployés aux alentours de la présidence et dans la partie nord de la ville inquiète certains habitants.
Où sont les rebelles et qu'est-ce qu'ils disent ?

Crédit photo, Getty Images
A l'heure actuelle, il est impossible de vérifier de manière indépendante si les rebelles avancent en direction de la capitale.
Ce qui est sûr c'est que les rebelles du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT), au front contre le régime de Déby depuis le 11 avril, rejettent de manière catégoriquement le Conseil militaire de transition.
"Le Tchad n'est pas une monarchie. Il ne doit pas y avoir une dévolution de père en fils» car le Tchad ne doit pas être un pays où l'on essaie d'imposer des conceptions fantaisistes", indique mardi un communiqué signé du porte-parole du FACT, Kingabé Ogouzeïmi de Tapol.
Le mouvement rebelle a reçu le soutien d'un autre groupe qui rejette aussi le CMT. Le Conseil de Commandement Militaire pour le Salut de la République (CCMSR) dirigé par Rachid Mahamat Tahir appellent dans un communiqué publié mardi soir à poursuivre "la lutte de la libération jusqu'à son terme, à savoir la fin de ce régime dictatorial".
Ce groupe rebelle invite la communauté internationale à se mettre aux côtés du peuple tchadien et demande à la France d'adopter une position de neutralité.
Pour le moment, la France dit "prendre acte" de l'annonce par les autorités tchadiennes de la mise en place d'un conseil militaire de transition, selon un communiqué de l'Elysée.
Elle assure « se tenir aux côtés du peuple tchadien dans cette épreuve. Elle exprime son "ferme attachement à la stabilité et à l'intégrité territoriale du Tchad".
La France souligne également "l'importance que la transition se déroule dans des conditions pacifiques, dans un esprit de dialogue avec tous les acteurs politiques et de la société civile, et permette le retour rapide à une gouvernance inclusive s'appuyant sur les institutions civiles".
Lire aussi :
Rejet quasi unanime du CMT

Crédit photo, AFP
L'opposition, une partie de la population et la rébellion déplorent l'instauration d'un Conseil militaire de transition dirigé par Mahamat Idriss Déby, fils du défunt président.
Dans un entretien avec BBC Afrique, Saleh Kebzabo, principale figure de l'opposition, appelle les militaires au dialogue.
"Nous même, les leaders de l'opposition et la société civile, avons appelé au dialogue y a quelques jours. Aucun pouvoir ne peut s'imposer au peuple tchadien par la force d'où qu'elle vient. Il faut que ce dialogue absolument. Nous sommes à un moment où nous avons besoin de ce dialogue. L'avantage de cela c'est que les tchadiens diront ce qu'ils veulent pour le Tchad de demain", déclare l'opposant.
Il appelle également au respect de la constitution tchadienne qui stipule "qu'en cas de vacance ou absence du président de la République c'est le président de l'assemblée est habilité à assumer le pouvoir dans la phase transitoire".
Mercredi l'Union des syndicats du Tchad rejette dans une déclaration la mise en place d'un Conseil militaire de Transition et appelle au retour de l'ordre constitutionnel avec une transition dirigée par un civil.
Pour le Dr Evariste Ngarlem Toldé, doyen de la faculté des sciences juridiques et économiques a Université de Ndjamena, il s'agit d'un « coup d'Etat ».
"Le conseil militaire de transition n'est pas prévu par les textes donc c'est un régime anti-constitutionnel. Notre loi fondamentale prévoit qu'en cas de vacance du pouvoir, c'est le président de l'assemblée nationale qui doit assurer l'intérim jusqu'aux nouvelles élections. Donc ce conseil militaire de transition n'a pas sa place. Pour moi, c'est un coup d'Etat », estime-t-il.
L'armée tchadienne annonce que le président Idriss Deby est décédé des suites de blessures subies lors de combats sur la ligne de front.
L'annonce a été faite à la télévision tchadienne par Azem Bernandoa, le porte-parole de l'armée tchadienne. Il était entouré d'un groupe d'officiers militaires qu'il a appelé le Conseil national de transition.
"Le président de la République, chef de l'Etat, chef suprême des armées, Idriss Deby Itno, vient de donner son dernier souffle en défendant l'intégrité territoriale sur le champ de bataille. C'est avec une profonde amertume que nous annonçons au peuple tchadien, le décès ce mardi 20 avril 2021 du maréchal du Tchad Idriss Deby Itno", a lu le porte-parole.
Le président tchadien Idriss Deby est décédé ce lundi des suites des blessures reçues alors qu'il rendait visite à ses troupes sur la ligne de front de la lutte contre les rebelles du Nord, selon l'armée.
"Un appel au dialogue et à la paix est lancé à tous les tchadiens de l'intérieur comme de l'extérieur pour continuer à construire ensemble le Tchad. Le Conseil militaire de transition rassure le peuple tchadien que toutes les dispositions sont prises pour garantir la paix, la sécurité et l'ordre Républicain", a ajouté le porte-parole.
Le gouvernement a affirmé lundi qu'il avait arrêté plus de 300 assaillants, alors que la panique s'était emparée de la capitale N'Djamena, où les magasins, les boutiques et les maisons ont été vidés.
Qu'est-ce qu'Idriss Deby faisait au front ?

Crédit photo, AFP
Le Maréchal Itno s'était déplacé à la tête de l'armée dans le Nord du Tchad pour combattre les éléments du FACT. Il aurait été blessé lors des combats. Militaire de carrière, le président du Tchad participait souvent aux combats.
"Il avait l'habitude d'aller sur le terrain. S'il a été élevé le 11 août au grade de Maréchal c'est parce qu'il a combattu Boko Haram", confirme le Dr Evariste Ngarlem Toldé.
"J'avais dit qu'un chef de l'Etat n'est pas appelé à aller sur le théâtre des opérations, alors qu'on a des ministres de la Défense, des chefs d'Etat-major, qu'on a formé des généraux, aujourd'hui voilà les conséquences", déplore l'analyste.
Idriss Deby Itno avait été officiellement donné vainqueur du scrutin présidentiel du 11 avril ce mardi par la Commission électorale nationale indépendante avec 79,32% des voix. Il devait effectuer un sixième mandat.
Il combattait les forces rebelles qui ont lancé un assaut sur la capitale N'Djamena.
Idriss Deby s'était présenté sur un programme de paix et d'unité, mais le pays était confronté à une insurrection armée. Des rebelles se faisant appeler le Front de l'alternance et de la concorde, FACT, luttent pour renverser M. Deby.
Que s'est-t-il passé ensuite ?

Crédit photo, CMT
Le conseil militaire de transition (CMT) a pris les commandes du pays avec à sa tête le fils du président défunt, Mahamat Idriss Déby, âgé de 38 ans, général de son état. Il a été nommé président par intérim.
Dans un décret qu'il a signé ce mardi, il a nommé les 15 généraux qui composent le CMT.
Cet organe, qui suspend la Constitution, va assurer les affaires courantes pendant 18 mois. Le gouvernement et l'Assemblée nationale ont été dissous. Les militaires ont appelé au dialogue national et promis une transition démocratique au bout de ces 18 mois.
Le Conseil a promis l'adoption d'une Charte de transition et a pris certaines mesures dont un cessez-le-feu, un couvre-feu national qui sera instauré de 18h00 à 05h00, ainsi que la fermeture des frontières aériennes jusqu'à nouvel ordre et un deuil national de 14 jours.
Que sait-on des funérailles et de l'enterrement?

Crédit photo, AFP
Idriss Deby Itno sera inhumé ce vendredi 23 avril dans son village d'Amdjarass, dans l'intimité familiale.
Selon un communiqué de la présidence de la République du Tchad, la cérémonie d'hommage nationale débutera vendredi 9 heures.
Elle sera marquée par "des honneurs militaires, un dépôt de gerbe de fleurs, une oraison funèbre lue par le vice-président du Conseil militaire de Transition et un dépôt des attributs du maréchalat sur la dépouille du président".
Le communiqué annonce la participation de chefs d'Etat étrangers aux funérailles du défunt président qui a dirigé le Tchad pendant 30 ans.













