L'OMS va enquêter sur "l'exploitation sexuelle" commise par le personnel humanitaire en RDC

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L'OMS et d'autres membres du personnel des agences de soutien sont accusés par 50 femmes dans le cadre d'une enquête conjointe menée par deux agences de presse.
Des femmes auraient été arrosées de boissons, "piégées" dans des hôpitaux, forcées à avoir des relations sexuelles, et deux d'entre elles seraient tombées enceintes.
Les accusations couvrent la période entre 2018 et mars 2020.
L'agence de presse New Humanitarian et la Fondation Thomson Reuters ont mené une enquête qui a duré presqu'un an.
L'OMS annonce qu'elle ouvrira "une enquête approfondie".
"Toute personne identifiée comme étant impliquée sera tenue de rendre des comptes et devra faire face à de graves conséquences, y compris un licenciement immédiat", annonce l'OMS dans un communiqué.
"La trahison des personnes dans les communautés que nous servons est répréhensible".
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Plus de 2 000 personnes sont mortes lors de l'épidémie d'Ebola en RD Congo.
L'OMS, qui a mené les efforts mondiaux pour freiner la propagation de l'épidémie, a déclaré que l'épidémie était terminée en juin de cette année.
Les Nations unies et les agences d'aide ont précédemment promis une tolérance zéro pour les abus sexuels suite à des accusations similaires contre certains de leurs employés dans d'autres pays.
Un porte-parole du Foreign, Commonwealth and Development Office du Royaume-Uni soutient qu'il examinera de près les conclusions de l'OMS. "L'exploitation et les abus sexuels sont tout à fait odieux. Nous évaluons régulièrement tous nos partenaires en fonction des normes de protection les plus strictes".
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'engage à enquêter sur les accusations selon lesquelles des travailleurs humanitaires luttant contre l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo ont abusé et exploité sexuellement des femmes.
Qui l'enquête implique-t-elle le plus ?
La plupart des allégations d'abus et d'exploitation sexuels visaient des hommes, y compris des médecins, qui seraient de l'OMS. Selon les agences de presse, au moins 30 femmes ont fait des allégations à leur encontre.
Le nombre suivant le plus élevé d'allégations - faites par huit femmes - était contre des hommes qui seraient du ministère de la Santé de la République Démocratique du Congo.
Deux autres agences des Nations Unies et quatre organisations caritatives internationales ont également été citées dans le rapport.

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Certains des hommes accusés viennent de Belgique, du Burkina Faso, du Canada, de France, de Guinée-Conakry et de Côte d'Ivoire.
De nombreux hommes ont refusé de porter des préservatifs, et au moins deux femmes ont déclaré être tombées enceintes à la suite de ces abus, rapportent les deux agences de presse.
Les détails des accusations ?
Une femme de ménage de 25 ans aurait déclaré avoir été invitée chez un médecin de l'OMS pour discuter d'une promotion.
Il a fermé la porte et m'a dit : "Il y a une condition. Nous devons faire l'amour tout de suite", raconte la femme.
"Il a commencé à me déshabiller. J'ai reculé, mais il s'est forcé contre moi et a continué à m'enlever mes vêtements. J'ai commencé à pleurer et je lui ai dit d'arrêter... Il n'a pas arrêté. Alors j'ai ouvert la porte et je suis sortie en courant."

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Dans un autre cas, une survivante d'Ebola âgée de 32 ans explique aux agences de presse qu'elle avait été invitée dans un hôtel pour y recevoir des conseils.
Dans le hall, on lui a offert une boisson gazeuse. Elle a dit s'être réveillée quelques heures plus tard, nue et seule dans une chambre d'hôtel, et pense avoir été violée.
Pourquoi ces femmes ont-elles été exploitées ?
De nombreuses femmes disent avoir été forcées d'avoir des relations sexuelles en échange d'un emploi, l'une d'entre elles le décrivant comme un "passeport pour l'emploi" et une autre dit "ils vous embauchent avec les yeux".
Les femmes ont dit avoir été approchées devant les supermarchés de la ville de Beni, dans l'est du pays, les centres de recrutement et les hôpitaux où les listes de candidats retenus étaient affichées.
Les agences de presse citent également une femme qui révèle que "la pratique des hommes exigeant des rapports sexuels était devenue si courante que c'était la seule façon d'obtenir un emploi".

Un risque d'atteinte considérable à la réputation
Analyse par Imogen Foulkes, BBC News, Genève
L'OMS a passé cette année à lutter contre la pandémie de Covid-19, dans un contexte d'hostilité ouverte de la part des États-Unis, qui ont annoncé qu'ils laisseraient tomber après des allégations selon lesquelles l'OMS est trop proche de la Chine. Voici maintenant ces graves accusations.
Les dommages potentiels à la réputation sont énormes et l'OMS a réagi rapidement, promettant une enquête immédiate.
Il y a plus de deux ans que les agences d'aide humanitaire ont fait face à leur propre situationt "MeeToo", lorsque les rapports d'exploitation sexuelle impliquant des travailleurs d'Oxfam en Haïti se sont rapidement répandus pour inclure de multiples agences.
Toutes, y compris l'OMS, ont promis une tolérance zéro pour de tels abus, une formation plus rigoureuse du personnel et des systèmes de signalement appropriés pour les victimes.
Compte tenu des allégations de la République démocratique du Congo, il ne semble pas que la formation du personnel ou le système de signalement aient fonctionné.
Jusqu'à présent, les critiques à l'encontre de l'OMS provenaient principalement des États-Unis, et l'organisation a été confortée par le soutien, tant moral que financier, de nombreux autres pays.
Ce soutien peut maintenant être ébranlé, au moment même où le monde a besoin d'un organisme de santé publique mondial irréprochable.













