Leadership féminin : 4 pistes pour réaliser ses ambitions

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- Author, Geneviève Sagno
- Role, BBC Afrique
Pendant une quinzaine d’années, Tombany Kouloufoua évolue dans le secteur de la finance. En 2020, en pleine pandémie, cette Ivoirienne aux multiples casquettes change de voie et lance le Podcast Entre-Elles, une plate-forme d'expression et de partage dans laquelle elle parle avec des femmes au parcours étonnant aux quatre coins du monde.
Ayant donné la parole à une trentaine de professionnelles, elle partage aujourd’hui ce qu’elle a appris sur l’ambition, la réalisation de soi et la réussite, ainsi que sur l’impact que ces rencontres ont eu sur sa vie.
"Je me rends compte qu’il y a des expériences très similaires qui affectent nos carrières d’où qu’on vienne, et cela a eu un impact important sur ma vie. D’un point de vue professionnel, cela m’amené à un travail de réflexion et d’introspection sur des projets personnels, sur ma propre carrière. Cela me fait réfléchir et les aborder sous un autre angle, et c’est très intéressant", explique la fondatrice et animatrice d’Entre-Elles.
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Comme beaucoup de ses invitées, Tombany est ambitieuse et comme beaucoup de ses invitées, elle a changé de vie en se donnant les moyens de réaliser un projet mûri depuis longtemps.
Alors, comment ont-elles fait ? Comment ont-elles navigué l'environnement qui les entoure pour parvenir à se réaliser ?

1. Avoir de l’ambition: se donner les moyens de réussir

Crédit photo, Prisca Gilbert
L’une des choses qui m’a marqué dans mes conversations, notamment avec des femmes issues de l’industrie bancaire, c’est la concentration sur l’objectif. Avoir un objectif clair permet l’élaboration d’une stratégie. Dans n’importe quel secteur, que l’on arrive dans un nouveau poste ou que l’on soit entrepreneure, c’est important de savoir où l’on va.
C’est une valeur centrale et fondamentale.
Tout le monde doit avoir une vision pour soi-même car on a beaucoup de mal à formaliser une stratégie quand on ne sait pas ce qu’on cherche à réaliser.
Les femmes que je reçois ont cela en commun qu’elles ont un projet, une vision pour elle-même. Certaines le formulent différemment, comme dans l’épisode 3 où j’avais reçu une femme que j’aime beaucoup, Carole Ramella, qui a une communication très claire et qui dit "Je suis ambitieuse" mais j’ai reçu d’autres femmes qui disaient "moi je voulais réaliser ça", et c’est une ambition aussi.
Prisca Gilbert, ma première invitée, est une cheffe basée à Abidjan. Comme beaucoup de mes invitées, c’est quelqu’un qui avait commencé par un autre métier que celui qu’elle exerce aujourd’hui - son métier passion. Et le fait de s’être donné les moyens d’exécuter sa vision et de faire ce qui lui apporte du bonheur au quotidien, c’est admirable.
Le fait également d’avoir pu moi-même exécuter une vision, de m’être donné les moyens et d’avoir pris le temps de créer le site. J’étais contente d’exécuter ma vision.
J’éprouve une grande fierté d’avoir pu partager avec d’autres les talents et l’histoire d’une autre femme et donc d’amplifier sa voix. Je crois beaucoup en cette idée des héroïnes du quotidien, je pense qu’il y a des femmes dans la vie de tous les jours qui font des choses extraordinaires, le fait de se donner les moyens de réussir et d’exécuter une vision, ça c’est quelque chose dont tout le monde bénéficie, c’est positif pour la société de les voir réussir, pour les jeunes filles qui les entourent aussi.

2. L'équilibre entre vie professionnelle et vie familiale n’est pas le choix d’un employeur

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Un marqueur important dans le leadership féminin est le livre "Lean In" de Sheryl Sandberg qui est sorti en 2013, un livre très souvent mentionné dans les conversations du podcast.
L’approche du livre c’est que la responsabilité incombe aux femmes d’être plus volontariste, de donner plus mais aujourd’hui l’approche est plus nuancée. La réalité c’est que c’est tout un environnement qui doit être revu, ce n’est pas aux femmes de donner plus, c’est à l’environnement de s’adapter aux contraintes des unes et des autres. Parfois on ne peut pas donner plus.
Il y a des expériences humaines communes qui amènent à un moment dans sa carrière à réaliser qu’on est une femme et qu’on vit quelque chose lié à sa condition de femme. Un exemple évident, la maternité. Toutes les femmes ne vivent pas la maternité évidemment mais beaucoup de femmes, jusqu’à ce bouleversement dans leur vie, peuvent exercer leur fonction de la même façon qu’un homme. Après, il y a une réalisation que le temps a une autre valeur et l’idée n’est pas de donner moins à sa carrière mais de donner différemment. Après on devient plus stratège dans l’utilisation de son temps : est-ce que je dois nécessairement être celle qui reste le plus tard ? Est-ce que je dois nécessairement me porter volontaire pour ce voyage alors que ce n’est pas en accord avec ma vie personnelle à l’instant T ?
Le féminisme c’est avoir le choix, c’est important de partager le fait qu’on peut avoir une vie de famille et une carrière à succès. Je trouve qu’il y a énormément de femmes qui ont une belle carrière et une vie de famille épanouie. L’important est de pouvoir exécuter sa propre vision.

3. Sur le continent africain : le pouvoir du collectif

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Le chef d’entreprise n’est pas que chef d’entreprise mais il fait aussi partie prenante de l’avancement et du développement du continent et de la société. C’est quelque chose qui est très présent dans les conversations avec les femmes sur le continent africain, beaucoup plus qu’avec les femmes d’ailleurs.
Quand on est entrepreneur ou professionnelle en Afrique, on est également d’une certaine manière également militante car en général dans les pays africains, il n’existe pas d’état providence. Donc la charge du soutien revient à la société elle-même. Un employé est quelqu’un dont on prend soin au-delà de la sphère professionnelle. En cas de maladie ou de décès, c’est quelque chose qui est soutenu par le chef d’entreprise.
Il y a aussi une réelle volonté aujourd’hui de faire émerger et de soutenir des talents et des compétences locales.
Il y a également beaucoup de conversations autour de la famille, l’envie de rendre ses parents fiers et l’envie de partager. La quasi-totalité des femmes sont mentors, elles soutiennent les autres à tous les niveaux. On ne réussit pas que pour soi-même et on participe à l’avancement de la société.
En termes de financement en revanche, l’environnement ne fournit pas autant de ressources que dans les pays du Nord. Je vois des chefs d’entreprise amener leur projet jusqu’à un certain niveau en ayant généralement très peu recours au crédit, mais ensuite pour passer au niveau suivant, je trouve parfois qu’on est dans une situation de blocage. C’est une chose qui différencie les femmes en fonction de l’endroit où elles se situent géographiquement.


4. Sororité : il ne faut pas rentrer dans une logique limitante

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Une invitée en particulier, Amie Kouamé, m’a dit que la sororité avait été extrêmement importante dans sa vie. La sororité est au cœur de son activité puisqu’elle a lancé, il y a plus de 10 ans, le premier webzine féminin.
Dans le cas d’Amie mais aussi chez d’autres invitées, j’ai remarqué la mise en avant de l’importance de la sécurité et du développement personnel de femmes. Des femmes qui se sont beaucoup appuyées au cours de leur carrière sur un réseau féminin.
Mais au sens large des conversations que j’ai menées, les soutiens en général ne viennent pas toujours de femmes. Je ne veux pas que les femmes puissent croire qu’on ne peut que réussir qu’en s’appuyant sur d’autres femmes. Il y a aussi des mentors masculins, il ne faut pas rentrer dans une logique limitante.
Aujourd’hui, il y a des réseaux de femmes plus puissants qu’il y a 20/30 ans. Quel sera l’impact sur les carrières d’autres femmes ? Cela reste à observer.















