Vous visualisez une version texte de ce site web qui utilise moins de données. Voir la version principale du site, avec toutes les images et vidéos.
La véritable raison pour laquelle nous prenons et abandonnons nos bonnes résolutions de janvier
- Author, Tom Stafford
- Role, BBC Future
Nous pourrions faire des efforts toute l'année pour vivre une vie plus saine et plus productive, alors pourquoi ne décidons-nous de faire des changements qu'au début de l'année ? Tom Stafford, psychologue de BBC Future, explique.
Beaucoup d'entre nous commenceront cette année en prenant des bonnes résolutions - faire du sport, apprendre une nouvelle compétence, manger mieux. Si nous voulons vraiment faire ces choses, pourquoi avons-nous attendu une date arbitraire qui ne marque rien de plus important qu'une convention sociale ? La réponse nous dit quelque chose d'important sur la psychologie de la motivation, et sur ce que les théories populaires sur la maîtrise de soi ignorent.
Ce que nous voulons n'est pas simple. À l'heure du coucher, vous pouvez vouloir vous lever tôt et aller courir, mais lorsque votre réveil sonne, vous vous apercevez que vous voulez en fait continuer à rester allonger. A l'approche d'un examen, vous voudrez peut-être être le genre de personne qui passe ses après-midi à étudier, mais à chaque fois, vous préférez plutôt passer du temps avec vos amis.
A ne pas manquer sur BBC Afrique :
Vous pourriez considérer ces contradictions comme des échecs de la maîtrise de soi : les pulsions pour des plaisirs temporaires parviennent en quelque sorte à prendre le pas sur nos intérêts à plus long terme. Une théorie à la mode sur la maîtrise de soi, proposée par Roy Baumeister de l'université d'État de Floride, est celle de l'"épuisement de l'ego".
Selon cette théorie, la maîtrise de soi est comme un muscle. Cela signifie que vous pouvez l'affaiblir avec le temps - ce qui signifie que chaque fois que vous résistez à une tentation, il est plus probable que vous cédiez à la prochaine tentation, même si c'est une tentation de faire quelque chose de complètement différent.
Certaines expériences en laboratoire semblent soutenir ce modèle de volonté à ressources limitées. Les personnes qui ont dû résister à la tentation de manger des chocolats ont par la suite moins bien réussi à résoudre des énigmes difficiles qui exigeaient la volonté de se concentrer suffisamment pour les résoudre, par exemple.
Des études sur les affaires traitées par les tribunaux ont montré que plus un juge de la commission des libérations conditionnelles prend des décisions sans pause repas, moins il est indulgent. Peut-être qu'à la fin d'une longue matinée, la maîtrise de soi nécessaire à un jugement plus clément a disparu, les obligeant à opter pour une politique plus sévère de "maintien en détention".
Un corollaire de la théorie du "comme un muscle" est qu'à long terme, vous pouvez renforcer votre volonté avec la pratique. Ainsi, par exemple, Baumeister a constaté que les personnes à qui l'on avait donné deux semaines pour essayer de garder le dos droit dans la mesure du possible faisaient preuve d'une meilleure volonté lorsqu'on leur demandait de revenir au laboratoire.
Pourtant, la théorie de l'"épuisement de l'ego" suscite des critiques. Mon problème est qu'elle réduit notre volonté à quelque chose qui ressemble à du pétrole dans un réservoir. Non seulement cela semble trop simpliste, mais cela élude le problème fondamental de la maîtrise de soi : qui ou quoi contrôle qui ou quoi ? Comment se fait-il que nous puissions vouloir à la fois céder à une tentation et y résister ?
Et surtout, cette théorie n'explique pas non plus pourquoi nous attendons le jour de l'an pour commencer à exercer notre maîtrise de soi. Si votre volonté est un muscle, vous devriez commencer à la développer le plus tôt possible, plutôt que d'attendre une date arbitraire.
A regarder :
Un combat de volontés
Une autre explication peut répondre à ces questions, bien qu'elle ne soit pas aussi à la mode que l'épuisement de l'ego. Le livre de George Ainslie "Breakdown of Will" propose une théorie du soi et de la maîtrise de soi qui utilise la théorie du jeux pour expliquer pourquoi nous avons des difficultés avec nos impulsions, et pourquoi nos tentatives de les contrôler prennent la forme qu'elles prennent.
Le récit d'Ainslie commence par l'idée que nous avons, en nous, une myriade d'impulsions concurrentes, qui existent à différentes échelles de temps : le soi qui veut rester au lit cinq minutes de plus, le soi qui veut commencer la journée par un footing, le soi qui veut être en forme pour le semi-marathon d'avril.
Il est important de noter que la puissance relative de ces impulsions change à mesure qu'elles se rapprochent dans le temps : le footing matinal l'emporte sur le coucher de la veille, mais c'est une autre affaire à 5 heures du matin. Ainslie explique en détail pourquoi il en est ainsi, et cela a des implications importantes pour notre maîtrise de soi.
Selon cette théorie, nos préférences sont instables et incohérentes, le produit d'une guerre entre nos impulsions concurrentes, bonnes et mauvaises, à court et à long terme. Une résolution du Nouvel An pourrait donc être considérée comme une alliance entre ces motivations concurrentes, et comme toute alliance, elle peut facilement s'effondrer.
Les dépendances fournissent un bon exemple, car l'objectif à long terme ("ne pas être alcoolique") nécessite la coordination de nombreux petits objectifs ("ne pas boire à 16h", "ne pas boire à 17h", "ne pas boire à 18h", etc. ), dont aucun n'est essentiel. Vous pouvez prendre un verre à 16 heures et rester un buveur modéré. Vous pouvez même prendre un verre à 17 heures, mais, à un moment donné, l'accumulation de tous ces petits choix ne vous permettent pas de respecter l'objectif général.
De même, si vous voulez vous remettre en forme cette année, vous n'êtes pas obligé de faire un jogging le 1er janvier, ni même le 2 janvier, mais si vous ne commencez pas à faire de l'exercice un jour donné, vous n'atteindrez jamais votre objectif global.
Du point de vue d'Ainslie, la volonté est un jeu de négociation entre les forces qui se trouvent en nous, et comme tout conflit d'intérêt, si la frontière entre l'acceptable et l'inacceptable n'est pas clairement définie, les petites infractions peuvent rapidement s'aggraver.
C'est pourquoi, selon Ainslie, les résolutions s'articulent autour de "lignes nettes", des distinctions nettes autour desquelles aucun débat ne peut avoir lieu. La frontière entre la consommation modérée et la consommation problématique d'alcool n'est pas claire (et risque de l'être encore moins après votre quatrième verre), mais la différence entre un buveur abstinent et un buveur invétéré est nette.
Lire aussi :
C'est pourquoi les conseils sur les bonnes habitudes sont souvent de la forme "Faites X tous les jours", et pourquoi les régimes ont tendance à être absolus : "Pas de gluten" ; "Pas de dessert" ; "Jeûner le mardi et le jeudi". Nous savons que si nous laissons un doute dans l'interprétation, bien que nos intentions soient bonnes, nous sapons notre fermeté à tenir nos résolutions lorsque nous sommes sous l'influence de nos impulsions plus immédiates.
Et donc, Ainslie nous donne une réponse à la question de savoir pourquoi nos résolutions commencent le 1er janvier. Cette date est totalement arbitraire, mais elle établit une ligne de démarcation nette entre notre ancien et notre nouveau moi.
Le résultat pratique de la théorie est que si vous prenez une résolution, vous devez la formuler de manière à ce qu'à chaque instant, le fait de savoir si vous vous y tenez ou non soit absolument clair dans votre esprit. Les lignes claires sont arbitraires, mais elles aident à maintenir l'équilibre entre nos intérêts concurrents.
Bonne chance pour vos résolutions de cette année !