‘Boeing était à l'enterrement de mon père et pas moi’

    • Author, Par Simon Browning
    • Role, BBC News

Huit mois après l'accident du Boeing 737 Max qui a tué le père de Mme Kuria, Joseph Waithaka, le lieu de l'impact a été couvert jeudi et les restes non identifiés des victimes ont été enterrés dans des rangées de cercueils identiques.

Mais Mme Kuria n'était pas là.

Des représentants de Boeing et d'Ethiopian Airlines auraient assisté à une cérémonie sur le site, mais Zipporah Kuria et d'autres proches des morts n'ont pas pu y assister en raison du court préavis qui leur avait été adressé.

Les membres de la famille de trois victimes distinctes ont dit à la BBC qu'ils n'avaient été informés de la cérémonie qu'il y a quelques jours.

En conséquence, seuls les proches de deux des 157 victimes étaient présents.

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"C'est absurde. Cela m'écœure que Boeing et Ethiopian Airlines soient présents aux funérailles de mon père et que je n'y sois pas", a dit Mme Kuria.

L'accident s'est produit dans une zone rurale au sud-est de la capitale éthiopienne, Addis-Abeba.

Il a laissé derrière lui un cratère profond qui, jusqu'à cette semaine, contenait encore des débris d'accident et des restes humains.

Les familles des personnes tuées disent qu'elles ont été horrifiées après avoir visité le site le mois dernier et constaté que les pluies récentes avaient mis en évidence des restes humains (des os) et d'autres objets.

Certains, disaient-ils, flottaient dans les eaux de crue du cratère.

Le vol ET302 d'Ethiopian Airlines n'était plus présent sur les radars quelques minutes après le décollage de ce qui aurait dû être un vol de routine entre Addis-Abeba et la capitale kenyane Nairobi le 10 mars 2019.

L'avion est tombé sur des terres agricoles, dans une région rurale.

Après le crash, des restes humains retrouvés ont été récupérés, de même que les enregistreurs de vol de l'avion et les gros débris de l'épave.

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Des premières analyses indiquent vraisemblablement que le crash est le produit d'un dysfonctionnement du système de commandes de vol connu sous le nom de MCAS.

Il se serait déployé au mauvais moment, forçant le nez de l'avion à piquer lorsque les pilotes essayaient de prendre de la hauteur.

Un dysfonctionnement similaire aurait entrainé la perte d'un 737 Max presque identique en Indonésie il y a un an.

L'avion a été immobilisé au sol au cours des neuf derniers mois et interdit de vol par les autorités aéronautiques du monde entier.

La violence de l'impact du vol d'Ethiopian Airlines a fait que lorsque mes collègues et moi avons visité le site en mai, il y avait encore beaucoup de petits débris dans les champs.

Le cratère d'impact profond lui-même est resté, à côté des énormes monticules de terre de l'opération de récupération, avec une clôture en bois comme seule barrière d'accès.

Les animaux pouvaient se promener librement sur le site. Il n'y avait pas de gardes et aucune présence officielle.

Par la suite, selon les proches des victimes, la situation s'est aggravée en raison des pluies. Ils ont exigé que des mesures soient prises.

Nadia Millieron, dont la fille Samya Rose Stumo est morte dans l'accident, a récemment déclaré à la BBC : "Des ossements ont été révélés tout le temps et les gens de la région viennent sur les lieux et les recouvrent".

"Nous voulons qu'Ethiopian Airlines déplace les tas de terre dans le cratère, emporte les restes non identifiables dans le cratère et couvre tout".

Ethiopian Airlines, qui gère le site, a déclaré aux familles des victimes qu'elle était au courant du problème, mais a affirmé que des problèmes d'assurance l'avaient empêchée d'agir.

Mais après avoir subi des pressions de la part des proches et à la suite d'une enquête de la BBC, il semble que ces difficultés aient maintenant été surmontées.

Jeudi, des rangées de cercueils ont été placées proprement dans le cratère. Celui-ci contenait des restes qui avaient déjà été enlevés pour analyse médico-légale, mais qui n'ont pu être identifiés en raison de la contamination.

Puis ils ont été recouverts et le cratère lui-même a été rempli, la terre sombre correspondant aux champs environnants. Le site est maintenant une tombe commune.

Les proches des victimes estiment qu'Ethiopian Airlines avait le devoir de les tenir informées de l'inhumation et qu'elle aurait dû les en informer davantage. La BBC s'est adressé au transporteur pour avoir sa version des faits.

Boeing a refusé de commenter les informations selon lesquelles l'une de ses cadres supérieurs, Jennifer Lowe, figurait parmi les personnes présentes.

L'entreprise a dit dans un communiqué : "Nous continuons d'exprimer nos plus sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes des vols 302 et 610 d'Ethiopian Airlines et nous sommes déterminés à aider les personnes touchées par ces tragédies".

Le mois dernier, Mme Kuria s'est rendue en Éthiopie avec sa famille pour recueillir et rapporter à la maison une partie des restes de son père.

Un périple "déchirant" mais elle n'a pas été en mesure de se rendre sur le site à temps pour la couverture du site.

"Mon père est en train d'être enterré, enfin la plus grande partie de ce qui reste de lui, car nous n'avons reçu qu'une petite partie de lui en retour", a-t-elle dit.

Elle a dit qu'elle aurait sauté sur un vol si cela avait été possible. "Ils nous ont empêché de vivre cette séparation", a-t-elle dit.