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Pourquoi Ibrahim Traoré a-t-il dissous les partis politiques du Burkina Faso et transféré leur patrimoine à l'Etat ?
- Author, Abdou Aziz Diédhiou
- Role, BBC News Afrique
La décision a été rendue publique ce jeudi au sortir d'un conseil des ministres. Le ministre d'Etat, ministre de l'Administration territoriale et de la Mobilité du Burkina Faso, Emile Zerbo a annoncé dans une déclaration la dissolution des partis et formations politiques du pays.
Officiellement, il n'existe plus désormais de partis politiques au Burkina Faso. Le gouvernement en a décidé ainsi. La dissolution des partis et formations politiques du pays a été actée à travers un décret du chef de l'Etat, le capitaine Ibrahim Traoré.
Le ministre de l'Administration du territoire et de la Mobilité, Emile Zerbo, a dans sa justification de la mesure, accusé ''les partis politique d'avoir favorisé la division des citoyens, contribué à la fragilisation du tissu social et créé un développement déséquilibré du territoire''.
Le ministre de l'administration territoriale du Faso a déploré que ''les partis et formations politiques en pléthore et dont la mission constitutionnelle est de concourir à l'animation de la vie politique, à l'éducation du peuple''... soient ''en total déphasage continue avec les aspirations réelles du peuple et les enjeux stratégiques notamment sécuritaires''.
Le gouvernement burkinabé a par ailleurs pris une décision que ''le patrimoine des partis dissous est dévolu à l'État''.
''Un projet de loi portant abrogation des lois portant fonctionnement, financement et statut du chef de l'opposition sera soumis dans les prochains jours à l'assemblée nationale de transition'' a ajouté le ministre de l'administration territoriale du Faso.
Le regard d'un analyste indépendant
''Le chantier de la gouvernance démocratique ne mobilise plus grand monde y compris au Sahel'', dit un analyste.
Pour Wendyam Hervé Lankoandé, Analyste Politique Indépendant, la dissolution des partis politiques au Burkina Faso ''ne va pas choquer grand monde à Ouaga, à par le personnel des partis dits de l'establishment politique et leurs partisans''.
Cette décision dit-il ''marque un pas de plus dans la volonté des autorités actuelles d'opérer une rupture dans la gouvernance politique''.
Poursuivant son regard, l'analyste indépendant soutient qu''un peu partout à travers le monde même dans les démocraties dites consolidées, la démocratie libérale est en crise et le chantier de la gouvernance démocratique ne mobilise plus grand monde y compris au Sahel''.
L'argument du gouvernement selon lequel la politique partisane a contribué à la déstructuration du tissu social, ''trouve un écho favorable au sein des couches populaires et des élites qui pendant un temps sont restés aux marges du pouvoir sans y avoir la possibilité de participer'' dit-il.
Malgré cette dissolution annoncée, l'analyste politique estime cependant qu'une dissolution des partis politiques ''ne veut pas nécessairement dire que ces derniers vont disparaître''.
''La dissolution des partis politiques ouvre une perspective de recomposition et de renouvellement forcé du personnel politique'' durant les prochaines années a-t-il précisé.
Niger, Mali et Burkina Faso : trois pays sans partis politiques
Les trois régimes militaires (Burkina Faso Mali et le Niger) qui ont claqué la porte de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats d'Afrique de l'Ouest), une organisation régionale pour mettre sur pieds l'Alliances des Etats du Sahel (AES), ont tous pris la décision de dissoudre les partis et formations politiques dans leur pays respectif.
C'est d'abord le Niger, dirigé par un pouvoir militaire depuis juillet 2023 qui a annoncé officiellement le 26 mars 2025 la dissolution de tous les partis politiques du pays.
L'annonce a été faite par le Secrétaire général du gouvernement Mahaman Roufaï Laouali lors d'une cérémonie officielle de mise en œuvre des résolutions et recommandations issues des assises nationales pour la refondation de la gouvernance.
Puis, c'est autour du Mali de prendre une décision semblable le 13 mai dernier à travers un décret lu à la télévision publique.
Dans ce pays dirigé par un régime militaire aussi depuis 2020, la dissolution des partis politiques est intervenue après l'organisation d'une des rares manifestations contre la junte qui a réuni plusieurs centaines de personnes, le 3 mai à Bamako. Les manifestants ont dénoncé l'éventualité agitée à l'époque d'une dissolution des formations politiques.
Au Burkina Faso, avant cette dissolution annoncée, les activités politiques ont été interdites depuis le coup d'État de 2022, qui a porté au pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré.
Du rétrécissement, à la fermeture complète de l'espace démocratique
La dissolution des partis politiques ''vise à préserver l'unité nationale, renforcer la cohérence de l'action gouvernementale, ouvrir la voie à une réforme du mode de gouvernance politique'' a soutenu le ministre burkinabé de l'administration territoriale.
La décision annoncée ce jeudi par le gouvernement s'inscrit dans une logique adoptée par les autorités militaires. Dans un discours à la nation tenu le 1er avril dernier, le chef de la junte, le capitaine Ibrahim Traoré, avait affirmé que son pays vivait une "révolution populaire et progressiste" remettant en cause la démocratie.
Arrivé au pouvoir le 30 septembre 2022 lors d'un coup d'Etat contre le Lieutenant-Colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, Ibrahim Traoré revendique une politique souverainiste et anti-impérialiste a fait adopter en mai dernier une charte qui lui permet de rester cinq ans de plus au pouvoir sans organisation d'élections.
Pas d'élections en vue dans les trois pays l'AES
Dans les trois pays de l'AES, les militaires qui ont remis aux calendes grecques la tenue d'élections tant que la sécurité ne sera pas restaurée, ont la main mise total sur le pouvoir politique.
Au Mali, les militaires arrivés au pouvoir en 2020 ont décidé de s'accorder, sans élection, un mandat renouvelable de cinq ans. Les contestations des partis politiques avant leur dissolution n'ont rien changé.
Le tribunal de grande instance de la Commune VI de Bamako a rejeté une requête jugée "mal fondée", des partis politiques qui visait à la légalité de leur dissolution. Le tribunal estimant qu'il n'est pas nécessaire de statuer sur le fond de la requête.
Au Niger, après des assises nationales pour la refondation organisée en mars dernier, Abdouramane Tiani, chef de la junte militaire élevé au rang de général de brigade, s'est fixé une transition de 60 mois, soit 5 ans renouvelables à la tête du pays.