Le chef militaire tchadien prête serment pour un mandat de deux ans de transition
Mamadou Faye, BBC Afrique -
Avec Blaise Le Roi à Ndjamena

Crédit photo, Blaise Le Roi/BBC
Le général Mahamat Idriss Deby a fini de prêter serment ce lundi à Ndjamena en tant que président de la transition du Tchad, prolongeant ainsi de deux ans son séjour au pouvoir, conformément aux recommandations du dialogue national inclusif controversé qui s'est achevé la semaine dernière.
Le général Mahamat Idriss Deby a à nouveau prêté serment pour rester deux ans de plus au pouvoir afin de mener à terme la transition comme recommandé par les conclusions du dialogue national inclusif qui est bouclé au courant du weekend dans la capitale tchadienne.
Le chef militaire, qui sera éligible aux futures élections, s'est engagé à assurer des réformes institutionnelles, notamment en adoptant une nouvelle constitution, un code électoral et en créant une nouvelle commission électorale.
"Je rappelle l’urgence absolue de tenir au plus vite le référendum constitutionnel qui devrait trancher la question de la forme de l’État", a promis le chef de l’Etat tchadien.
"De même, des élections seront organisées, dans la transparence et la sérénité, pour permettre aux tchadiennes et tchadiens de mettre un terme à la transition et assurer le retour à l’ordre constitutionnel", poursuit-il.
"Pour une célérité dans l’action, un Comité de Suivi-évaluation sera mis en place, pour que toutes les délibérations collectives soient mises en œuvre de façon pragmatique, sincère et conforme au consensus dégagé. J’y veillerai personnellement", rassure le président de la transition.
Par ailleurs, le général Deby a annoncé la mise en place d’un Gouvernement d’union nationale dans les prochains jours.
"C’est pourquoi, le Gouvernement d’union nationale qui sera mis en place, dans les tous prochains jours, s’emploiera, corps et âme, pour que la volonté du peuple tchadien, ne souffre d’aucune entorse", dit-il.
Il reconnait que "la tâche sera éminemment politique, mais le bien-être de nos populations sera au centre de cette action politique".
Pourquoi l’opposition et la société civile ont contesté le schéma du dialogue national

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Des organisations de la société civile et des partis de l'opposition ont affirmé leur désaccord sur plusieurs points qui, selon eux, ont été omis du document final du dialogue national.
"Le dialogue était censé refonder l’Etat tchadien, voire la réforme de l’armée, parce que l’armée en fait, elle est clanique, et là il nous fallait une armée nationale. On pensait que c’était une occasion pour la réformer. Cela n’a pas eu lieu parce que le sujet, bien qu’étant abordé, n’a pas été discuté au fond", affirme Ibedou Nour.
La question de l’inéligibilité du président Mahamat Idriss Deby, entre autres, a été au coeur des raisons des critiques formulées par la société civile.
"Je ne suis pas d’accord avec ce qui a été donné. En fait, ça n’a pas été adopté. Il y a eu un passage en force", a signalé Ibedou Nour, le président de la Commission des droits de l'homme du Tchad pour dénoncer les résultats de ce dialogue national.
Selon lui, le président du Comité militaire de la transition ne devrait pas être éligible et il fallait choisir entre la mise en place d’un Etat fédéral ou d’un Etat unitaire, par voie référendaire.
Il y a également le problème de la forme de l’Etat. C’est à choisir entre l’Etat fédéral ou l’Etat unitaire. La salle a estimé que ce point doit être soumis au référendum ça a à peu près mis tout le monde un peu d’accord.
Les décisions entérinées par le forum, de prolonger la durée de la transition de deux ans et d’octroyer à terme la possibilité au chef de la transition militaire, le général Mahamat Idriss Deby de se présenter à un mandat électif, ne sont pas du goût de la société civile.
"Naturellement, en tant que défenseurs des droits de l’homme nous nous en tenons aux engagements pris dès la prise de pouvoir par le régime actuel qui nous avait assuré qu’après cette transition de 18 mois, le président partira", rappelle M. Nour.
"Maintenant, cette fois-ci encore, ils ont gardé intacts tous les pouvoirs dévolus au président Mahamat. Or, pour nous, il faut un petit contre-pouvoir quand même parce qu’au moins il faut qu’un Premier ministre soit élu par le dialogue national, comme ça il aura les mains libres pour gérer les affaires de la transition ; ensuite, il pourra constituer un petit contre-pouvoir pour d’éventuels abus du président", soutient-il.
Quelques recommandations du dialogue

Crédit photo, Blaise Le Roi/BBC
Malgré les réserves de la société civile et de l’opposition, le dialogue national a bien tenu sa feuille de route à terme. Les travaux bouclés ce samedi à Ndjamena ont apporté un certain nombre de réponses aux principales questions posées.
Ainsi, dans les maintes résolutions, il est retenu qu’il faudra "organiser un seul référendum couplé où seront posées la question de la forme de l’Etat et celle de la Constitution de 1996 réaménagée".
La question de l’éligibilité des dirigeants de la transition a été au menu.
"Conformément au principe d’égalité des citoyens devant la loi, et dans un esprit de réconciliation nationale et d’inclusion, tout tchadien en général et les dirigeants de la Transition en particulier sont électeurs et éligibles dans les conditions prévues par la loi", peut-on lire dans les conclusions du dialogue.
Le Conseil militaire de transition est dissout pour ouvrir une deuxième phase de transition issue du dialogue national inclusif et souverain.
Il est aussi recommandé de "désigner le général Mahamat Idriss Deby Itno comme président de la transition, d’accorder des distinctions honorifiques et autres avantages aux membres du conseil militaire de transition pour services rendus à la nation."
Entre autres décisions, il y a le maintien en fonction des conseillers actuels du Conseil national de transition qui sera élargi à la participation équilibrée de toutes les forces vives de la nation.
"Le nouveau CNT passera de 93 membres à 197, soit une augmentation de 104 nouveaux membres…", nous renseigne le document de synthèse des résolutions et recommandations.
Enfin, il est retenu la mise en place d'un "Gouvernement de réconciliation nationale."
Le dialogue national inclusif et souverain qui a été entamé le 20 août 2022 à Ndjamena et s'est terminé le samedi 8 octobre dans la capitale du Tchad.
Il faut signaler que plusieurs partis de l'opposition, l'Église catholique et certains groupes rebelles ont boycotté le dialogue national qui était destiné à déterminer l'avenir politique du Tchad.














