Qui sont ces Africains lauréats d'un Prix Nobel ?

Crédit photo, Ngwenya/Fondation Nelson Mandela via Getty Images
- Author, Ousmane Badiane
- Role, Digital Journalist BBC Afrique
Le Prix Nobel reconnaît des individus ou organisations ayant contribué de façon exceptionnelle aux sciences, à l'économie, à la littérature ou à la paix.
Depuis sa création en 1901, une vingtaine d'Africains ont reçu cette distinction, toutes catégories confondues.
Si quelques-uns ont été primés pour leurs recherches scientifiques et leurs travaux littéraires, beaucoup parmi eux ont été reconnus pour leur militantisme et leur combat pour la paix, la démocratie ou les droits humains.
Lauréats du Prix Nobel de la Paix
Depuis la création du prix Nobel, l'Afrique a produit des figures mondiales dans le domaine de la littérature, des sciences et de la médecine.
Mais c'est surtout le Nobel de la paix qui a mis en lumière les combats africains. La plupart des lauréats ont été distingués pour leur engagement en faveur de la paix, leur lutte pour la démocratie ou les droits humains.
Albert John Luthuli (Afrique du Sud, Nobel de la Paix - 1960)

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Bien avant Nelson Mandela, il y eut Albert John Luthuli, figure discrète, mais fondamentale, de la résistance sud-africaine. En 1960, il devient le premier Africain à recevoir le prix Nobel de la paix, pour son engagement pacifique contre le régime d'apartheid.
Chef traditionnel zoulou, instituteur, méthodiste fervent et président du Congrès national africain (ANC), Luthuli incarne la fusion entre sagesse africaine et idéaux chrétiens de justice et de non-violence. Son militantisme s'appuie sur la conviction que la dignité humaine ne peut se conquérir par la haine, mais par la persévérance morale.
Son prix fut un signal fort dans l'Afrique coloniale, un honneur surtout symbolique pour la lutte non-violente contre la ségrégation raciale.
Anwar al-Sadate (Égypte, Nobel de la Paix 1978)

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En 1978, le président égyptien Anouar el-Sadate entre dans l'Histoire en devenant, avec le Premier ministre israélien Menahem Begin, lauréat du prix Nobel de la paix. Il est récompensé pour son rôle dans la paix avec Israël (Accords de Camp David).
L'image reste gravée dans la mémoire collective : en novembre 1977, Sadate se rend à Jérusalem, un geste audacieux et sans précédent pour un dirigeant arabe.
Ce voyage historique ouvre la voie aux Accords de Camp David, négociés sous l'égide du président américain Jimmy Carter. Le résultat fut un traité de paix signé en 1979, qui met fin à plus de trente ans de conflit entre l'Égypte et Israël.
Desmond Tutu (Afrique du Sud, Nobel de la Paix 1984)

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En 1984, l'archevêque Desmond Mpilo Tutu devient l'un des symboles les plus puissants de la lutte contre l'apartheid en recevant le prix Nobel de la paix.
Archevêque sud-africain et militant des droits humains, il est distingué pour ses prises de position courageuses contre l'apartheid.
Son autorité morale fut centrale dans la lutte contre l'apartheid et dans les efforts de réconciliation post-transition.
En lui attribuant le Nobel, le comité norvégien reconnaît « son rôle de figure unificatrice dans la campagne non-violente pour la libération des Noirs en Afrique du Sud ». À cette époque, Nelson Mandela est encore emprisonné à Robben Island, et Tutu devient la voix des sans voix, un pont entre les opprimés et la communauté internationale.
Nelson Mandela - Frederik Willem de Klerk (Afrique du Sud, Nobel de la Paix 1993)

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En 1993, le Prix Nobel de la paix est attribué conjointement à Nelson Mandela et Frederik Willem de Klerk, deux hommes que tout semblait opposer, mais que l'histoire a réunis autour d'un même idéal : celui d'une Afrique du Sud libre, réconciliée et multiraciale.
Leur distinction marque l'un des tournants les plus symboliques du 20ᵉ siècle, récompensant non seulement la lutte contre l'apartheid, mais aussi la volonté de bâtir la paix après des décennies d'oppression raciale.
Kofi Annan (Ghana, Nobel de la Paix 2001)

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En 2001, le Prix Nobel de la paix est décerné conjointement à Kofi Annan et à l'Organisation des Nations unies (ONU). Mais au-delà de l'institution, c'est surtout la distinction d'un homme qui symbolise une diplomatie africaine apaisée, éthique et visionnaire.
Premier Secrétaire général de l'ONU issu de l'Afrique subsaharienne, un poste qu'il occupera de 1997 à 2006, Kofi Anna a incarné la diplomatie africaine sur la scène mondiale.
Wangari Maathai (Kenya, Nobel de la Paix 2004)

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Pour la première fois, le Prix Nobel de la paix est attribué à une africaine : Wangari Muta Maathai, biologiste, militante écologiste et défenseure acharnée des droits humains.
Le comité Nobel salue « sa contribution en faveur du développement durable, de la démocratie et de la paix ».
Mais au Kenya, beaucoup la connaissaient déjà comme celle qui plantait des arbres pour sauver des vies. Son Green Belt Movement lie écologie, droits des femmes et justice sociale. Un modèle inspirant pour les mouvements environnementaux en Afrique.
Mohamed el-Baradei (Égypte, Nobel de la Paix 2005)

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En 2005, le Prix Nobel de la paix est attribué à Mohamed el-Baradei et à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) qu'il dirigeait depuis 1997.
L'Égyptien, juriste de formation et diplomate chevronné, est alors salué pour ses efforts constants en faveur d'un monde libéré de la menace nucléaire.
Chef de l'AIEA, il fut récompensé pour ses efforts dans la diplomatie nucléaire et la non-prolifération.
A une époque marquée par la guerre en Irak et la prolifération des armes de destruction massive, El Baradei incarne une voix rationnelle et prudente, refusant l'usage de la peur comme instrument de politique internationale.
Ellen Johnson Sirleaf - Leymah Gbowee (Libéria, Nobel de la Paix 2011)

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En 2011, le prix Nobel de la paix consacre deux Libériennes aux parcours aussi différents que complémentaires. Ellen Johnson Sirleaf, première femme élue présidente d'un pays africain, et Leymah Gbowee, activiste et figure de la résistance pacifique.
Ensemble, elles ont incarné la lutte pour la paix, la justice et la réconciliation dans un Liberia ravagé par quatorze années de guerre civile.
Le Comité Nobel salua en elles deux symboles de la lutte pacifique pour la sécurité des femmes et leur participation pleine et entière aux processus de paix.
Quartet du Dialogue national tunisien (Tunisie, Nobel de la Paix 2015)

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En 2015, le Quartet du Dialogue national tunisien reçoit le prix Nobel de la paix pour avoir sorti la Tunisie du chaos post-révolutionnaire. Né en 2013, le Quartet rassemblait quatre piliers de la société tunisienne :
- L'Union générale tunisienne du travail (UGTT), le principal syndicat du pays,
- L'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat (UTICA), représentant le patronat,
- La Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH),
- L'Ordre national des avocats de Tunisie.
Le Comité Nobel salua leur rôle décisif pour « la construction d'une démocratie pluraliste en Tunisie dans le sillage du Printemps arabe ».
Leur victoire ne fut pas celle d'un individu, mais d'une intelligence collective, celle d'une société civile, capable d'imposer la paix là où les politiques avaient échoué.
Denis Mukwege (RDC, Nobel de la Paix 2018 )

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Lauréat du prix Nobel de la paix en 2018, le docteur Denis Mukwege, originaire de la République démocratique du Congo, est bien plus qu'un médecin : il est devenu le symbole mondial de la lutte contre les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre.
Gynécologue et fondateur de l'hôpital de Panzi à Bukavu, dans l'est de la RDC, Denis Mukwege soigne depuis la fin des années 1990 des milliers de femmes victimes de viols et de mutilations sexuelles commis par des groupes armés.
Lors de la remise du Nobel, il partage la distinction avec Nadia Murad, survivante yézidie de l'État islamique, pour leur lutte commune contre les violences sexuelles en temps de guerre.
Son action a contribué à briser le silence sur les crimes sexuels de masse, à inspirer des réformes législatives et à redonner espoir à des milliers de femmes.
Abiy Ahmed (Éthiopie, Nobel de la Paix 2019 )

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En 2019, le prix Nobel de la paix est attribué au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed Ali, alors salué comme un réformateur audacieux et un artisan de la réconciliation dans la Corne de l'Afrique.
À peine un an après son arrivée au pouvoir, il avait réussi l'impensable : mettre fin à vingt ans d'hostilités entre l'Éthiopie et l'Érythrée, concluant un accord historique avec le président Issayas Afewerki.
Le Comité Nobel salua « ses efforts pour parvenir à la paix et à la coopération internationale » et son initiative pour « résoudre le conflit frontalier avec l'Érythrée ».
Les Lauréats du Nobel de Littérature

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Wole Soyinka (Nigéria, 1986)
En 1986, le dramaturge, poète et essayiste nigérian Wole Soyinka devient le premier Africain noir à recevoir le prix Nobel de littérature. Ce couronnement marque une étape historique : pour la première fois, la voix littéraire d'un continent longtemps marginalisé est reconnue au sommet des lettres mondiales.
L'Académie suédoise salue « un vaste univers culturel et poétique » et un écrivain qui, avec une rigueur inébranlable, explore la tragédie, la liberté et la condition humaine. Mais pour Soyinka, la littérature n'a jamais été un refuge : c'est une arme de combat intellectuel et moral.
Naguib Mahfouz (Égypte, 1988)
Premier écrivain arabe lauréat du Prix Nobel de littérature, Naguib Mahfouz a su faire du Caire un personnage à part entière de son œuvre.
Ses romans, dont la célèbre Trilogie du Caire, dressent un portrait social et moral d'une Égypte traversée par la modernité, la religion, la politique et les classes sociales.
Son écriture, à la fois réaliste et philosophique, capte les dilemmes d'une société en mutation. Mahfouz est souvent considéré comme le Balzac du monde arabe, un observateur lucide des contradictions de son temps.
Nadine Gordimer (Afrique du Sud, 1991)
Romancière blanche sud-africaine engagée contre l'apartheid, Nadine Gordimer a utilisé la littérature comme une arme de conscience. Son œuvre, marquée par une écriture dense et incisive, explore les fractures raciales, les tensions morales et les dilemmes de la justice dans une société ségrégée.
Elle a souvent vécu la censure et l'isolement, mais n'a jamais cessé de défendre la liberté d'expression.
Le comité Nobel a salué une œuvre qui « a rendu à l'humanité d'éminents services ». Gordimer fut aussi l'une des premières à mettre en scène les contradictions de la libération post-apartheid.

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John Maxwell Coetzee (Afrique du Sud, 2003)
Écrivain à la plume rigoureuse, parfois austère, J.M. Coetzee s'est imposé comme une conscience critique de l'Afrique du Sud et de la condition humaine en général.
A travers des œuvres comme Disgrace ou Waiting for the Barbarians, il interroge le pouvoir, la culpabilité et la violence morale.
Le comité Nobel a salué « un auteur qui, dans de multiples travestissements, expose la complicité déconcertante de l'aliénation ». Son style dépouillé, presque clinique, dissèque les structures de domination et les failles intérieures de ses personnages.
Abdulrazak Gurnah (Tanzanie/Zanzibar, 2021)
Né à Zanzibar et exilé au Royaume-Uni depuis la fin des années 1960, Abdulrazak Gurnah est devenu, avec son Nobel, une voix majeure de la littérature postcoloniale africaine. Ses romans, dont Paradise (Paradis) ou Afterlives, évoquent l'exil, le déplacement et les traces du colonialisme sur les individus et les sociétés.
Le comité Nobel a salué « sa pénétration intransigeante et compatissante des effets du colonialisme et du destin du réfugié dans l'abîme entre cultures et continents ».
Son prix, inattendu pour le grand public, a permis de remettre en lumière la richesse de la littérature est-africaine et les questions d'appartenance dans un monde en migration permanente.
Max Theiler (Afrique du Sud, Nobel de Médecine, 1951)

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En 1951, le médecin et virologue Max Theiler, originaire d'Afrique du Sud, reçoit le prix Nobel de physiologie ou médecine pour avoir mis au point le premier vaccin efficace contre la fièvre jaune, une maladie virale alors redoutée, responsable d'épidémies meurtrières en Afrique, en Amérique latine et dans les zones tropicales.
Il devient le premier Africain à obtenir cette reconnaissance mondiale.
A son arrivée à l'Institut Rockefeller de New York, Theiler se consacre à un fléau mondial : la fièvre jaune, transmise par les moustiques Aedes aegypti. Les taux de mortalité sont terrifiants — parfois supérieurs à 50 %.
Contrairement à beaucoup de chercheurs de son temps, il adopte une approche innovante : affaiblir le virus vivant pour en faire un vaccin inoffensif, mais capable de déclencher une immunité durable.
Après des années d'expérimentations et d'échecs, il met au point en 1937 la souche vaccinale 17D, toujours utilisée aujourd'hui dans le monde entier.
Allan M. Cormack (Afrique du Sud, Nobel de Médecine 1979)

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En 1979, le physicien Allan MacLeod Cormack, originaire d'Afrique du Sud, reçoit le prix Nobel de médecine conjointement avec le Britannique Godfrey Hounsfield pour une invention qui allait bouleverser la médecine moderne : la tomodensitométrie, plus connue sous le nom de scanner (CT scan).
À une époque où l'imagerie médicale se limitait à la radiographie plane, Cormack met au point un modèle mathématique de reconstruction tomographique — une idée théorique longtemps restée ignorée.
Ce n'est qu'une décennie plus tard que Hounsfield, ingénieur chez EMI, en réalisera la concrétisation technique. Ensemble, leurs travaux débouchent sur la naissance du premier scanner médical, inauguré en 1971 à Londres.
Lors de la remise du prix Nobel, le comité saluera « une découverte qui a transformé la connaissance du corps humain ».
Sydney Brenner (Afrique du Sud, Nobel de Médecine 2002)

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En 2002, le biologiste sud-africain Sydney Brenner reçoit le prix Nobel de physiologie ou médecine, conjointement avec H. Robert Horvitz et John E. Sulston, pour leurs découvertes sur le développement des organes et la mort cellulaire programmée (apoptose).
Leurs travaux, fondés sur l'étude d'un minuscule ver transparent, Caenorhabditis elegans, ont profondément transformé la compréhension du vivant.
Pionnier en biologie moléculaire et en génétique, il est une figure centrale des débuts de la recherche en biologie du développement.
Ahmed Zewail (Égypte, Prix Nobel de Chimie 1999)

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Chercheur égyptien, pionnier de la femtochimie, l'Egyptien Ahmed Zewail a reçu le prix Nobel de chimie pour ses contributions fondamentales en chimie physique et rayonnement ultrarapide.
Il a été reconnu pour avoir réussi à photographier les atomes d'une molécule en train de bouger durant une réaction chimique.














