Elections législatives en France : les hommes politiques français issus de l’immigration mais qui la combattent

Des cartes marquées "Législatives 2024"

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Le second tour des élections législatives en France se tiennent ce dimanche 7 juillet 2024.
    • Author, Isidore Kouwonou
    • Role, BBC Afrique

L'avance de l’extrême droite au premier tour des élections législatives en France le 30 juin 2024, cristallise le débat sur le sort des étrangers, notamment des Africains dans ce pays si le Rassemblement national arrive au pouvoir après le second tour de ces élections dimanche prochain. Les Français, surtout ceux issus de l’immigration, s’interrogent sur l’avenir de leur pays.

Comme l’ont confié de nombreux français vivant dans le pays à BBC Afrique, lundi au lendemain des résultats du premier tour, la peur de voir le RN avoir la majorité absolue au parlement est réelle.

Comme l’a lancé le Premier ministre, Gabriel Attal, « l’extrême droite est aux portes du pouvoir » en France. Et des stratégies se peaufinent d’ores et déjà pour barrer la route au Rassemblement national. Pour éviter le pire à la France, comme le disent certains Français issus de l’immigration.

Et pourtant, au sein de l’extrême droite, ils sont nombreux, ces hommes et femmes politiques qui ont des parents issus de l’immigration, et donc fils d’immigrés ou ont eux-mêmes acquis la nationalité française après avoir immigré en France.

A lire aussi sur BBC Afrique :

Beaucoup, aujourd’hui, ne comprennent pas cette hostilité que développent ces gens contre les étrangers qu’on accuse d’être à l’origine de tous les problèmes en France.

Des immigrés ou d’étrangers en France, combien sont-ils ?

Des Français dans un fil d'attente pour aller voter

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Au total, 8,7 millions de personnes vivant en France sont nées à l’étranger, soit 12 % de la population.

Selon les données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), en 2022, 7 millions d’immigrés vivent en France, soit 10,3 % de la population totale. Parmi eux, 2,5 millions ont acquis la nationalité française, soit 35 %.

Quant à la population étrangère vivant en France, elle était estimée cette année-là à 5,3 millions de personnes, soit 7,8 % de la population totale. Plus distinctement, elle se compose de 4,5 millions d’immigrés qui n’ont pas acquis la nationalité française et de 0,8 million de personnes nées en France de nationalité étrangère.

Ces données précisent que 1,7 million de personnes sont nées de nationalité française à l’étranger. Donc, au total, 8,7 millions de personnes vivant en France sont nées à l’étranger, soit 12 % de la population.

Parmi ces immigrés, 48,2 % vivant en France sont nés en Afrique. En 2021 par exemple, 246 000 immigrés sont entrés en France. 41 % d’entre eux sont nés en Afrique.

Que dit la politique anti-migratoire de l’extrême droite ?

Marine Le Pen du RN

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Le projet du Rassemblement national prévoit l'élaboration d'un texte pour "contrôler l'immigration" en France
Ignorer Promotion WhatsApp et continuer la lecture
BBC Afrique est sur WhatsApp

Des informations vérifiées à portée de main

Cliquez ici et abonnez-vous !

Fin de Promotion WhatsApp

L’extrême droite a toujours indiqué que la France est envahie par les étrangers qu’elle n’arrive pas à maîtriser sur son sol. Ce qui, selon le Rassemblement national, conduit au communautarisme et au séparatisme.

Marine Le Pen, leader de cette politique anti-migratoire, dénonce dans son projet intitulé « Contrôler l’immigration », des personnes vivant en France qui ne veulent pas vivre selon les mœurs françaises, ne reconnaissant pas la loi française et parfois veulent imposer leurs modes de vie à leurs voisins, à l’école, au travail, dans les services publics, dans l’espace public.

« L’immigration ne peut continuer à demeurer incontrôlée, sans quoi la France renoncera à sa souveraineté et les Français seront contraints d’accepter ce qu’ils ne veulent pas, cohabiter avec des populations qui entendent demeurer étrangères en France », écrit-elle dans son projet.

Le RN affirme que l’immigration échappe à tout contrôle en France. Et donc le peuple français doit retrouver sa souveraineté en décidant par référendum de la politique migratoire qu’il souhaite voir appliquée. Le parti a déjà son texte qu’il dit faire respecter l’Etat de droit, allusion faite à la Convention européenne des droits de l’homme que l’extrême n’a de cesse de dénoncer.

Selon ce texte qui porte le sceau du RN, le fait d’entrer ou de se maintenir illégalement sur le territoire redeviendra un délit. La loi de 2018 « pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie » avait abrogé ce délit. En outre, la régularisation d’un étranger en situation irrégulière ne sera pas possible, sauf dans des cas exceptionnels.

Cette loi permettra d’instaurer la priorité nationale dans certains domaines, notamment pour l’accès à l’emploi et au logement. Le regroupement familial sera encadré par la loi. Il pourra être interdit ou limité selon des critères stricts.

« Les prestations de solidarité qui ne relèvent pas d’un régime d’assurance seront soit réservées aux Français, soit soumises à des conditions fixées par loi, notamment en termes de durée de travail. Il faudra avoir travaillé durant cinq années en France pour pouvoir prétendre au bénéfice de ces prestations. Les allocations familiales, qui relèvent exclusivement de la solidarité nationale, seront réservées aux Français », peut-on lire dans le projet du RN.

Le parti de Marine Le Pen prévoit une modification de la constitution pour y insérer toutes ces dispositions qui concerneront aussi le droit d’asile, les engagements internationaux de la France en matière de libre circulation des personnes, la renégociation des accords de Schengen, devenus inapplicables depuis la crise migratoire qui a frappé l’Europe en 2015 et qui ne sont plus appliqués depuis la survenance de la pandémie, etc.

C’est tout cela qui inquiète les Africains et autres étrangers vivant en France, puisque l’extrême droite les reprend dans ses discours à chaque fois que l’occasion lui offerte.

Toutefois dans les rangs de l’extrême droite et au sein même du Rassemblement national on compte des immigrés ou des personnalités issues de parents immigrés qui ont même candidaté pour ces élections législatives.

Voici les politiciens français issus de l’immigration, mais qui la combattent

Jordan Bardella, président du RN

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Jordan Bardella né en France, a un grand-père d'origine italienne et franco-algérienne.

Jordan Bardella : il est le président du Rassemblement national, le principal parti de l’extrême droite en France. Son grand-père Guerrino Bardella, d’origine italienne, était arrivé en France en 1960. Son arrière-grand-père, Mohand Séghir Mada, est selon nos confrères de Jeune Afrique originaire d'Algérie. Le leader du RN est tête de liste à Seine-Saint-Denis avec au moins trois candidats d’origine africaine sur sa liste.

Mariam Camara : elle est née dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire. Elle s’était établie en Italie avant de rejoindre la France en 2014. Avec la nationalité française qu’elle a pu obtenir, Mariam Camara a été déjà candidate du Rassemblement national lors des législatives 2022 en France. Mais elle n’a pas été élue. La candidate du RN dans la 1ère circonscription des Hauts-de-Seine a écrit sur son compte X (anciennement tweeter) qu’elle s’engage « à baisser le coût de l’immigration et lutter contre les grandes fraudes sociales et fiscales ».

René Kimbassa : il est le suppléant de Mariam Camara. D’origine congolaise, il est, selon le réseau X, le responsable Nord du RN 92, de la 1re à la 6e circonscription.

Arezki Selloum : lors de la campagne pour les législatives de 2022 qu’il avait perdues au second tour, ce Français d’origine algérienne disait qu’il faut mettre fin à « l’immigration sauvage, de masse et anarchique ». Pour lui, c’est par là qu’on peut régler des problèmes en France, notamment le « squat ». Il est candidat du RN dans la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône à Marseille.

Hanane Mansouri : d’origine marocaine, elle milite pour l’union de l’extrême droite pour redresser la France. Candidate dans la 8e circonscription en Isère pour le RN.

Eric Zemmour : le patron du parti « Reconquête » fait partie de l’extrême droite. Il est né à Montreuil, de parents Juifs d’Algérie. Selon l’historien Benjamin Stora, Eric Zemmour est « Juif arabe » mais préfère se présenter comme « juif berbère ». Celui qui a été candidat à la présidentielle de 2022 en France est donc fils d’immigrants. Mais Eric Zemmour a toujours épousé la thèse complotiste et controversée du « grand rassemblement » longtemps prônée par le Front national devenu Rassemblement national de Marine Le Pen. Même si cette dernière a pris ses distances par rapport à ce discours aujourd’hui. M. Zemmour pense que les problèmes de la France, et de toute l’Europe d’ailleurs « sont aggravés par l’immigration ».

Praince Germain Loubota : d’origine congolaise, il est un militant convaincu de « Reconquête ». Cet immigré était le 62e sur la liste de Marion Maréchal lors des élections européennes du 9 juin dernier. Son pays, c’est la France, ne cesse-t-il de dire à qui veut l’entendre. Praince Germain Loubota a écrit sur son compte X qu’il « ne faut plus rien attendre de l’immigration arabo-islamique et africaine ».

Jean Messiha : homme politique et polémiste d'extrême droite français, il est né au Caire en Egypte. Il a fini par être naturalisé français et était apparu aux côté de Marine Le Pen en 2016 dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017. Il a été candidat du parti Reconquête d’Eric Zemmour lors des législatives.

Il y a également Nacéra Salhaoui, candidat dans la 6e circonscription pour le RN et Ntela Bardai dans la 8e circonscription, hors parti, mais classé « extrême droite » par le ministère de l’Intérieur. Ils sont d’origine étrangère.

Tous ces hommes et femmes politiques, bien qu’issus de l’immigration, la combattent aujourd’hui et estiment que les étrangers, notamment les Arabes et les Africains sont en train de détruire la France.

Une partie des candidats de Gauche (diverses gauches, France insoumise, Nouveau Front populaire, EELV), du centre-droit (Renaissance) sont aussi d’origine africaine, notamment maghrébine. Ces partis appellent à faire barrage au Rassemblement national au risque d’avoir une France divisée s’il a la majorité absolue au parlement au second tour.

Des désistements pour un front contre le Rassemblement national

Des responsables du Nouveau Front populaire

Crédit photo, Getty Images

Légende image, 127 candidats du Nouveau Front populaire ont désisté pour faire front contre le Rassemblement national au second tour.

Les candidatures pour le second tour des élections législatives en France ont été clôturées mardi. Selon l’Agence France presse (AFP), 214 désistements ont été enregistrés pour former un « front républicain » contre le Rassemblement national.

Ce sont 127 candidats du Nouveau Front populaire, 81 de la coalition Ensemble pour la République d’Emmanuel Macron, 3 candidats des Républicains et une candidate ultramarine qui se sont retirés.

Ils laissent place à 110 triangulaires et quadrangulaires sur les 311 annoncés initialement. 390 duels, 108 triangulaires et deux quadrangulaires seront au second tour dimanche.