La classe politique appelle à une forte mobilisation contre le Rassemblement National et l'extrême droite

Cette combinaison de photographies créée le 16 juin 2024 montre le président français et fondateur du parti politique centriste français Renaissance et président d'honneur Emmanuel Macron (en haut à gauche) à Paris le 7 mars 2017, le Premier ministre français Gabriel Attal (en haut à droite) à Paris le 23 septembre 2020, le président du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN) Jordan Bardella (en bas à gauche) à Paris le 5 mai 2021 et la dirigeante du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN) Marine Le Pen (en bas à droite) à Paris le 20 octobre 2021.

Crédit photo, Getty Images

    • Author, Ousmane Badiane
    • Role, Digital Journalist BBC Afrique
    • Reporting from, Dakar

Les réactions politiques se sont multipliées après les résultats du premier tour des élections législatives en France, où le RN est arrivé en tête devant le NFP et Ensemble ce dimanche 30 juin.

La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a lancé dimanche un appel aux électeurs de donner à son parti la majorité absolue à l'issue du second tour "pour que Jordan Bardella soit nommé Premier ministre".

"Les Français ont montré leur volonté de tourner la page d'un pouvoir méprisant et corrosif", a déclaré Marine Le Pen devant une foule en liesse, annonçant sa réélection dès le premier tour dans sa circonscription du Pas-de-Calais.

Les chances du RN de remporter le pouvoir la semaine prochaine dépendront des accords politiques conclus par ses rivaux au cours des prochains jours.

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"J'ai pour objectif d'être Premier ministre pour tous les Français, si les Français nous donnent leurs voix", a déclaré Jordan Bardella, chef du parti RN, 28 ans.

Jamais auparavant l’extrême droite n’avait remporté le premier tour des élections législatives françaises. Le simple fait que cela soit devenu possible est historique, affirme le commentateur chevronné Alain Duhamel.

Ce que veulent Marine Le Pen et Jordan Bardella, c'est une majorité absolue de 289 sièges sur les 577 sièges de l'Assemblée nationale.

Les projections de sièges pour le second tour de dimanche prochain suggèrent qu'elles pourraient être insuffisantes.

Alors que la campagne de l'entre-deux tours débute lundi, le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen est en mesure d'obtenir une forte majorité relative voire une majorité absolue dimanche prochain.

Dans un message publié sur X (ex Twitter), Jordan Bardella se dit "prêt à débattre avec Jean-Luc Mélenchon." En guise de réponse, le fondateur de La France Insoumise a orienté le président du RN vers d'autres personnalités de son parti.

Jordan Bardella, président du Rassemblement national, arrive pour prendre la parole après le vote lors du premier tour des élections législatives à Paris, France, le dimanche 30 juin 2024.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Le chef de file du Rassemblement national, Jordan Bardella a déjà affirmé à plusieurs reprises depuis le 9 juin qu’il refuserait d’être Premier ministre si son parti ne remporte pas la majorité absolue des sièges.
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Le deuxième tour du scrutin, le 7 juillet, pourrait déboucher sur une configuration inédite, sans vainqueur clair et donc avec un Parlement sans majorité absolue, ce qui signifierait que le RN sera incapable de faire passer ses projets d'immigration, de baisses d'impôts et de maintien de l'ordre.

Emmanuel Macron n'avait aucune raison de convoquer ces élections, mais après la victoire du RN aux élections européennes, il a déclaré que c'était la « solution la plus responsable ».

Un pari qui menace désormais de renverser l’ordre politique, avec 10,6 millions de Français votant pour le RN et certains des républicains conservateurs qui les ont soutenus.

Le taux de participation, de 66,7 %, est le plus élevé pour un premier tour des législatives depuis 1997, ce qui reflète le caractère crucial d'un scrutin intervenu après une campagne éclair d'à peine trois semaines.

Déjà, après le premier tour, 37 députés du Rassemblement national ont été élus en recueillant plus de la moitié des voix, tandis que 32 ont été élus pour le Nouveau Front populaire de gauche.

Des centaines d'électeurs de gauche se sont rassemblés place de la République à Paris pour exprimer leur colère et leur choc face au succès du RN.

Le président Macron a laissé le soin à son Premier ministre, Gabriel Attal, de mener la discussion, mais il a néanmoins appelé à faire barrage au RN. « Face au Rassemblement national, l'heure est à un large rassemblement clairement démocrate et républicain pour le second tour », a souligné Emmanuel Macron dans une déclaration écrite.

Le Premier ministre français Gabriel Attal prononce un discours après l'annonce des résultats du premier tour des élections législatives françaises à l'hôtel de Matignon à Paris, le 30 juin 2024.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Le Premier ministre français Gabriel Attal qui a mené la campagne de la majorité réussit à se qualifier pour le deuxième tour. Il affrontera le candidat du Nouveau Front populaire.

« L'extrême droite est aux portes du pouvoir », a alerté de son côté le Premier ministre Gabriel Attal, appelant à « empêcher le Rassemblement national d'avoir une majorité absolue » dans un discours bref et solennel devant sa résidence de l'Hôtel Matignon.

« Pas une seule voix ne doit aller au Rassemblement national », a-t-il déclaré. « L'enjeu est clair : empêcher le Rassemblement national d'obtenir la majorité absolue. »

« Une chose est sûre », a déclaré Jean-Luc Mélenchon, le chef de file de la France insoumise (LFI), « M. Attal ne sera plus Premier ministre. »

Les rivaux politiques de LFI le décrivent comme un parti extrémiste, mais c'est le plus grand des groupes de gauche qui composent le Nouveau Front populaire, qui a terminé à quelques points du Rassemblement national.

Il a toutefois convenu avec le Premier ministre qu'aucune voix de plus ne devait revenir au RN.

Le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a fustigé dimanche le message « confus » des responsables du camp présidentiel en vue du deuxième tour des législatives, leur enjoignant de « faire un appel clair à la mobilisation pour la République ».

« J'entends ce soir beaucoup de leaders de la macronie qui prennent la parole les uns après les autres, mais ça reste confus, trop confus pour des gens qui pourtant ont bénéficié de vos voix en 2017, en 2022 (...). Alors maintenant, c'est à leur tour de faire en sorte que l'extrême droite ne puisse pas gouverner. À eux de le faire, à eux de le dire, à eux de faire un appel clair à la mobilisation pour la République », a déclaré Olivier Faure, s’exprimant devant plusieurs milliers de personnes place de la République.

Débat télévisé entre Jordan Bardella (à gauche) et Gabriel Attal, actuel Premier ministre

Crédit photo, THOMAS SAMSON/POOL/AFP

Légende image, Jordan Bardella (à gauche) espère remplacer Gabriel Attal au poste de Premier ministre

"La victoire est en vue", a déclaré Eric Ciotti, un leader conservateur qui s'est désolidarisé de son parti républicain et formé une alliance avec le Rassemblement national qu'il a qualifiée de "sans précédent et historique".

Investi sous la bannière du Nouveau Front populaire , l’ancien président de la République François Hollande devance, selon les premiers résultats partiels, la candidate RN et le candidat LR, soutenu par le camp macroniste.

Le prédécesseur socialiste de Macron a appelé désormais à un rassemblement « le plus large possible », quelles que soient les « décisions des états-majors » politiques : le rassemblement de « tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de la République » : « Nous avons le devoir impératif de veiller à ce que l’extrême droite ne puisse pas obtenir la majorité à l’Assemblée, » a-t-il dit à ses partisans réunis à Tulle (Corrèze). « Et si nous ne sommes pas mobilisés comme jamais pour ce second tour, ce risque, cette menace peut se traduire en actes », a-t-il prévenu.

Le Rassemblement national a parcouru un long chemin depuis ses racines dans la frange d'extrême droite de la société française jusqu'à obtenir le soutien d'un électeur français sur trois.

Ils ont un jeune leader charismatique qui pourrait être le prochain Premier ministre français et un ensemble de politiques allant de l'interdiction des téléphones portables dans les salles de classe à la réduction des taxes sur l'énergie, en passant par la suppression des avantages accordés aux étrangers.

« Les gens ne sont pas contents quand il y a de l'insécurité dans les rues », a déclaré Patrick, un électeur dans l'un des nouveaux bastions potentiels du RN à l'est de Paris.