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Elections législatives au Sénégal : enjeux d'un duel à distance entre Ousmane Sonko et Macky Sall
- Author, Ousmane Badiane
- Role, Digital Journalist BBC Afrique
Moins de huit mois après avoir quitté la présidence du Sénégal, Macky Sall revient sur la scène politique pour les législatives anticipées du 17 novembre prochain. L’ex-chef de l’Etat devra faire face notamment au parti au pouvoir, le PASTEF dont la liste dirigée par le Premier ministre Ousmane Sonko a pour ambition d’obtenir une large majorité à l’Assemblée Nationale.
À un peu plus d'un mois de ces élections considérées comme cruciales pour légitimer ou non le nouveau pouvoir au Sénégal, la scène politique observe un calme précaire.
Surtout qu'on est au lendemain d'un contentieux qui ne renfermait pas moins d'enjeux.
Ousmane Sonko et Barthélémy Dias, grosses têtes du landerneau politique, risquaient de manquer les joutes électorales, en raison de leurs antécédents judiciaires.
Mais le Premier ministre et le Maire de Dakar ont finalement eu gain de cause, au conseil constitutionnel et pourront finalement conduire leurs troupes, chacun comme tête de liste de sa coalition.
Près d’une cinquantaine de partis, de coalitions de partis et d’indépendants avaient déposé leurs dossiers de candidature en vue des législatives anticipées du 17 novembre, auprès de la Direction générale des élections (DGE) l’organe chargé de l’organisation des élections.
Elles seront finalement quarante et une (41) listes en compétition pour ce scrutin législatif, a annoncé la DGE dans un arrêté publié lundi à l’issue d’un premier tri de sélection.
Le 12 septembre dernier, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a dissous l’Assemblée nationale et annoncé la tenue des élections législatives anticipées au 17 novembre.
Cette dissolution vise selon lui à clarifier le jeu démocratique et à lui donner une majorité stable afin de gouverner avec son premier ministre et non moins leader politique, Ousmane Sonko.
Une annonce qui a ainsi donné le coup d'envoi d'une nouvelle bataille électorale qui s'annonce épique, moins de huit mois après la dernière élection présidentielle qui a porté le Président Bassirou Diomaye Faye au pouvoir.
Ousmane Sonko et PASTEF seuls contre tous
À peine huit (8) mois après la présidentielle, les électeurs sénégalais sont de nouveau convoqués aux urnes afin de renouveler pour cinq ans les 165 membres de l'Assemblée nationale.
Un scrutin législatif que le parti au pouvoir PASTEF-Les Patriotes, dont la liste nationale est dirigée par le Premier ministre Ousmane Sonko, ambitionne de gagner en vue de doter le régime d’une majorité à l’Assemblée nationale.
Traditionnellement, les électeurs sénégalais ont toujours donné aux présidents élus une majorité confortable au Parlement, leur permettant ainsi d’exécuter le programme pour lequel ils ont été élus et de mettre en œuvre leurs réformes.
Élu avec 54 % des voix au premier tour de la présidentielle le 24 mars 2024, le Président Bassirou Diomaye Faye a mené campagne autour de vastes réformes à entreprendre pour améliorer les conditions de vie des Sénégalais.
Notamment en luttant contre la corruption, les détournements de deniers publics, la réforme de l'économie et une meilleure distribution des richesses tirées de l'exploitation des ressources naturelles du pays.
Mais six mois plus tard, ces promesses ne se sont pas encore concrétisées. La faute, selon le nouveau régime, à une absence de majorité parlementaire et à un blocage systématique de l'action gouvernementale par l'ex majorité parlementaire Benno Bokk Yakaar, ayant abouti à la dissolution de l'Assemblée nationale.
Ces élections législatives représentent une étape cruciale pour le PASTEF qui vise à accroître son influence politique et à renforcer son poids législatif afin de mener à bien ses réformes.
En décidant de diriger la liste de son camp pour ces élections législatives, Ousmane Sonko, figure charismatique et chef du gouvernement, veut ainsi peser de tout son poids et user de son influence pour maximiser les chances de son parti, estime Maurice Soudieck Dione, Professeur agrégé de Science politique à l’Université Gaston Berger de Saint Louis, qui s'est confié à BBC Afrique.
"Je pense que la stratégie adoptée par Ousmane Sonko est une bonne stratégie, car elle lui permettra de mobiliser l’électorat de par son charisme, sa capacité d’attraction certaine sur les électeurs. En plus, le fait de diriger la liste du Pastef lui permet de maîtriser, de contrôler, de sécuriser les élus de PASTEF et d'avoir plus de cohérence et d’efficacité pour mener à bien les réformes contenues dans le Projet", analyse M.Dione.
Un des enjeux centraux de ces législatives anticipées réside dans le fait qu’elles détermineront la trajectoire politique du pays pour les cinq années à venir.
Macky Sall de retour sur la scène politique
Le retour sur la scène politique de l’ancien chef de l’État Macky Sall six mois après avoir quitté le pouvoir, marque un tournant décisif dans la campagne législative et laisse entrevoir de nouvelles perspectives politiques.
Cela ouvre la voie à un affrontement politique de grande envergure entre deux des dirigeants les plus influents du Sénégal, une sorte de "deuxième tour de la présidentielle", selon plusieurs analystes.
L’ancien Président sénégalais (2012-2024) Macky Sall, est sorti de sa retraite pour diriger la liste de la coalition de l’opposition Takku Wallu Sénégal, une alliance politique entre son parti l'Alliance pour la République (APR) et le Parti démocratique sénégalais (PDS) de son prédécesseur à la tête de l’Etat, Me Abdoulaye Wade.
Macky Sall a d'ailleurs démissionné de ses fonctions d'envoyé spécial du Pacte de Paris pour les peuples et la planète (4P), poste que lui avait proposé le président français Emmanuel Macron à la fin de son second mandat.
C'est inédit dans les annales politiques du Sénégal qu'un ancien président qui vient à peine de terminer ses mandats à la tête du pays, soit candidat à des élections législatives.
« Je pense que la participation du président Macky Sall à ces législatives six mois seulement après son départ du pouvoir est donc une première dans l’histoire politique du Sénégal. Généralement, les anciens présidents prenaient du recul durant plusieurs années. Même le président Wade est resté cinq ans en retrait avant de revenir sur le terrain politique pour être tête de liste du PDS aux législatives de 2017 », observe le Professeur Maurice Soudieck Dione.
En décidant de s'engager personnellement dans la campagne législative , l'ex président compte rendre plus difficile la reddition des comptes à travers l’immunité parlementaire et le privilège de juridiction dont bénéficient les anciens ministres et l'ancien président de la République, analyse Maurice Soudieck Dione
"Une des lectures que l'on peut faire c'est que Macky Sall est à la recherche de l'immunité parlementaire pour ses anciens collaborateurs, notamment les ministres et c'est pour cela qu'il a décidé de s’impliquer pour avoir le plus grand nombre de députés et réduire la marge de manœuvre du régime en place en vue d’une éventuelle reddition des comptes qui pourrait s’apparenter à un règlement de compte politique".
La coalition Takku Wallu Sénégal s'est fixé comme objectif de contrer la déferlante du Pastef et d'imposer une cohabitation au nouveau régime incarné par le président Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko.
Pour y parvenir, une stratégie d'inter-coalition a été mise sur pied et qui regroupe trois coalitions de partis politiques de l'opposition dont « Takku Wallu Sénégal », « Jamm Ak Njariñ » et « Samm Sa Kaddu » (Respecter sa parole) de l'ex-maire de la capitale Khalifa Sall et dont la liste nationale est dirigée par l'actuel maire de Dakar Bathélémy Dias et ancien allié de Sonko et du Pastef, notamment lors des dernières locales de janvier 2022 et des législatives de juillet 2022.
Quelles chances pour Amadou Ba ?
Autre personnalité de premier plan à se lancer dans la course pour ces élections législatives, l’ancien Premier ministre Amadou Ba candidat malheureux à la dernière présidentielle, dirige la liste d'une large coalition de l'opposition dénommée Jamm Ak Njariñ (Paix et Succès en wolof).
Parmi les personnalités qui composent cette alliance formée d’une trentaine de partis politiques, on peut citer l’AFP de Moustapha Niasse, ancien président de l'Assemblée nationale et le Parti socialiste dirigé par Aminata Mbengue Ndiaye, qui vient d'être démise de ses fonctions de Présidente du Haut conseil pour les collectivités territoriales (HCCT) par le président Diomaye Faye.
L'ex-chef du gouvernement sous Macky Sall a décidé de lancer sa nouvelle formation politique au lendemain de la présidentielle pour laquelle il portait les couleurs de la défunte coalition Benno Bokk Yakaar.
Dans sa déclaration de rentrée politique, Amadou Ba crédité de 35% des suffrages à l'élection présidentielle 2024, a affiché ses ambitions en se posant comme un potentiel chef d'une opposition en quête de leadership.
« Le Sénégal traverse une période de grandes attentes, de défis économiques et sociaux innombrables. Plus que jamais, l’heure est venue d’agir, non pas avec précipitation, mais avec discernement, méthode et détermination », a t-il déclaré.
L'ancien Premier ministre Ba peut compter sur le soutien de cadres de l'APR et d'ex collaborateurs du président Sall pour mener cette bataille pour la conquête de sièges à l'assemblée nationale et se positionner sur une scène politique en pleine reconfiguration.
Les élections législatives anticipées se déroulent le 17 novembre 2024. Elles visent à renouveler les cent soixante-cinq (165) sièges de l'assemblée nationale dans un mode de scrutin parallèle (scrutin majoritaire et proportionnel) à un seul tour.
Cent douze (112) sièges sont pourvus au scrutin majoritaire sur les listes départementales et celles de la diaspora.
Les cinquante-trois (53) sièges restants sont pourvus au scrutin proportionnel plurinominal sur la base d'un coefficient national et du total des voix des cumulées au niveau national.
Le Sénégal a connu ses dernières élections législatives le 31 juillet 2022. Avec 83 députés, la coalition présidentielle d'alors "Benno Bokk Yakaar" avait remporté de peu la majorité absolue.
L'alliance de l'opposition "Yewwi-Wallu" comptabilisait 80 sièges dont 56 pour la coalition "Yewwi Askan Wi" dirigée par Ousmane Sonko et 24 sièges pour celle de "Wallu Sénégal" de l'ex-président Abdoulaye Wade.