« J'ai tellement peur parce que j'ai laissé ma famille derrière moi et je ne sais pas si je la reverrai »

Des soldats du gouvernement de la République démocratique du Congo

Crédit photo, AFP

Légende image, Les forces gouvernementales se battent contre les rebelles du M23 dans l'est de la République démocratique du Congo.
    • Author, Chérif Ousman MBARDOUNKA et Isidore KOUWONOU
    • Role, Journaliste-BBC Afrique

L'Etat-major de l'armée du gouvernement de la République Démocratique du Congo a annoncé mardi soir avoir repris la main au Sud du territoire de Lubero, à hauteurs de Sake et dans le Nyiragongo, en contenant et repoussant les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda.

Les forces armées de la RDC qui ont indiqué "que les combats contre l'agresseur rwandais se poursuivent sur tous les fronts", ont souligné néanmoins que "l'ennemi a fait une percée sur Bweremana dans le Nord-Kivu et Minova dans le Sud-Kivu".

En effet, la chute de Minova, ville commerciale clé à l'Est de la RDC, met les rebelles du M23 dans une position à moins de 40 Km de la capitale provinciale, Goma, qui se trouve près de la frontière avec le Rwanda.

"Minova est entre nos mains", a déclaré à l'Agence de presse Reuters, Corneille Nangaa, le chef de l'Alliance du fleuve Congo, qui comprend le M23.

Un contact à Goma a indiqué à BBC News que Minova est tombé entre les mains des rebelles.

Des milliers de personnes ont été obligés de fuir leur ville attaquée par les rebelles. C'est le cas de Matata Shamamba qui a quitté un camp de personnes déplacées à Minova pour un autre à Goma.

« J'ai tellement peur parce que j'ai laissé ma famille derrière moi et je ne sais pas si je les reverrai. Ils ont été laissés à Muchibwe », a-t-il déclaré à la BBC.

Selon l'AFP qui cite des responsables de la Croix-Rouge, les rebelles ont fait beaucoup de blessés qui sont admis à l'hôpital de la capitale provinciale.

Selon la responsable du Comité international de la Croix-Rouge dans la province du Nord-Kivu, Myriam Favier qui s'est confié à l'AFP, 100 patients ont été soignés dans cet hôpital entre le 1er et le 21 décembre derniers, et 211 patients entre le 1er et le 20 janvier.

Selon le communiqué des FARDC, "partout, l'ennemi enregistre d'énormes pertes en hommes et en matériels". Il y a quelques jours, les forces armées du gouvernement ont repris le territoire de Masisi à l'Est du pays, des mains des rebelles du M23.

"Les Forces armées de la République Démocratique du Congo appellent la population au calme et lui demande de ne pas céder à la panique et à la désinformation massive relayée par l'ennemi dans les réseaux sociaux", a indiqué le Général-Major Ekenge Bomusa Efomi Sylvain, porte-parole des FARDC, qui promet le retour de la paix dans la partie orientale du pays.

Comment les FARDC ont repris du terrain au M23 dans le territoire de Masisi, dans l'Est de la RDC

Un combattant du M23 en tenue de camouflage marche sur une route de terre en République démocratique du Congo, suivi par ses camarades. Il tient un fusil et porte un grand sac à dos.

Crédit photo, Reuters

Légende image, Le M23 affirme qu'il protège les Tutsis de la persécution.
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L'armée congolaise et ses alliés, le Wazalendo, ont repris le contrôle de la ville de Ngungu dans le territoire de Masisi, une ville clé dans l'est de la République démocratique du Congo, à la suite d'affrontements intenses avec les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), a rapporté hier le site web de Radio Okapi, parrainé par l'ONU.

« L'armée congolaise et le Wazalendo ont déjà repris le contrôle de plusieurs villages autour de Ngungu. Il s'agit notamment de Kataandwa, Ruzirantaka et de la région environnante », a déclaré Okapi.

A travers un post sur Twitter, le porte parole de l'armée congolaise Guillaume Ndjike annonce que la contre-offensive des FARDC a permis de récupére plusieurs localités.

La rébellion du M23, le groupe armé soutenu par le Rwanda qui dément ce soutien , a pris le contrôle samedi de Masisi,

Masisi est située à environ 80 km au nord de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, sur une route menant dans l'intérieur du pays.

Selon Aimé Von Businga, Rédacteur en chef du Kinshasa Times Online, « de très nombreuses personnes cherchent à s'abriter dans les villages environnants ainsi qu'autour de Goma, qui est déjà très surpeuplée avec environ quatre millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays ». Il indique que la situation reste tendue.

Le responsable d'une organisation internationale travaillant à Masisi a déclaré à Reuters que les membres du personnel étaient en état de choc et incapables de poursuivre leurs activités car les commerces étaient fermés, ce qui rendait difficile l'approvisionnement en fournitures.

« Ils ne savent pas comment quitter la ville car nous craignons que les forces congolaises ne lancent une contre-offensive », s'inquète-t-il.

Un habitant a déclaré à l'AFP que le M23 avait organisé une réunion avec des habitants de la ville, affirmant qu'il était « venu pour libérer le pays ».

En effet à chaque fois qu'il s'empare d'une ville, le M23 se présente comme une force qui va mieux gérer la cité.

Aimé Von Businga précise que "dans toutes les villes prises par le M23, les premiers jours, les gens s'enfuyaient, puis le M23 organisait des réunions pour dire aux gens de reprendre leur vie normale et de ne pas craindre de représailles."

Certains reviendront, mais la plupart ne reviendra pas.

Vendredi, le M23 s'est emparé de la ville voisine de Katale.

Les autorités congolaises n'ont pas encore commenté la perte de ces villes.

Mais Alexis Bahunga, le député provincial a indiqué que « Le gouvernement prendra des mesures pour restaurer l'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire ».

La Monusco condamne

La mission des Nations unies en République démocratique du Congo a condamné les rebelles du M23 pour avoir violé le cessez-le-feu conclu par la RDC et le Rwanda en juillet dernier.

La cheffe de la mission, Bintou Keita, a exprimé son inquiétude face à la recrudescence des attaques et a décrit la prise de la ville de Masisi, dans l'est du pays, comme un tournant tragique.

La semaine dernière, l'escalade de la violence a fait sept morts et des dizaines de milliers de déplacés dans la province du Nord-Kivu.

Recrudescence des attaques du M23

Un soldat saisit un fusil d'assaut semi-automatique de type Kalachnikov.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Le M23, issu d'un autre groupe rebelle, a commencé à opérer en 2012

Depuis novembre 2021, la rébellion du M23 (pour "Mouvement du 23 mars") s'est emparée de vastes pans de territoire dans l'est de la RDC, riche en ressources naturelles et déchiré depuis 30 ans par des conflits.

Fin décembre, la rébellion a continué de gagner du terrain dans la partie nord du Nord-Kivu.

Elle est parvenue à une cinquantaine de kilomètres de Lubero, le chef-lieu du territoire, et à une centaine de kilomètres de la ville de Butembo. Cette dernière est un important carrefour commercial de la région.

En juillet, le Rwanda n'a pas démenti un rapport de l'ONU indiquant qu'il avait environ 4 000 soldats combattant aux côtés du M23 en République démocratique du Congo.

Il a accusé cepedant le gouvernement congolais de ne pas en faire assez pour lutter contre des décennies de conflit dans l'est du pays.

Aimé Von Businga, Rédacteur en chef du Kinshasa Times Online explique que cette cause première du conflit s'est muée en enjeux économique et géopolitique.

"Aujourd'hui, une autre dimension économique est venue s'ajouter, car beaucoup pensent que le mouvement est désormais soutenu par le Rwanda, non seulement pour des raisons de proximité ethnique avec le Rwanda, mais aussi essentiellement pour des raisons économiques", précise-t-il.

Pour le politologue Christian Moléka, la prise de Masisi peut revêtir deux intérêts majeurs.

Le premier, c'est qu'alors que les FARDC semblent résister à l'avancée du M23, la prise de Masisi conforte la domination de ce groupe sur les territoires de Rutshuru et de Masisi.

Le M23 contrôle deux des six territoires de la province du Nord-Kivu.

"Au-delà de cet aspect militaire, il y a également un enjeu économique important", renchérit-il.

Masisi est un grand centre commercial et une voie stratégique pour relier Saké et Goma.

« En contrôlant Masisi, le M23 réduit les capacités d'approvisionnement de la ville de Goma via Saké, parce que c'est une route importante, c'est un centre d'affaires important », explique Christian Moléka.

Les critiques du Rwanda l'accusent, en effet, d'utiliser le M23 pour piller les minerais de l'est de la RD Congo, tels que l'or, le cobalt et le tantale, qui sont utilisés pour fabriquer des téléphones portables et des batteries pour les voitures électriques.

Le mois dernier, la République démocratique du Congo a déclaré qu'elle poursuivait Apple pour l'utilisation de ces « minerais de sang », ce qui a incité le géant de la technologie à déclarer qu'il avait cessé de s'approvisionner dans les deux pays.

Le Rwanda a nié avoir servi d'intermédiaire pour l'exportation de minerais illégaux en provenance de la République démocratique du Congo.

Difficiles pourparlers de paix

Le président du Rwanda Paul Kagame (G), le président de l'Angola Joao Lourenco (C) et le président de la République démocratique du Congo Felix Tshisekedi (D) posent pour une photo à Luanda le 6 juillet 2022

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Une rencontre organisée par le médiateur désigné de l'Union africaine (UA) dans ce conflit n'a pas eu lieu.

L'avancée et la poursuite des combats au mépris d'un accord de cessez-le-feu compromettent encore davantage les efforts déployés pour enrayer le conflit.

En décembre, les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame devaient se rencontrer pour un sommet organisé à Luanda par le chef d'Etat angolais Joao Lourenço.

Malheureusement, la rencontre organisée par le médiateur désigné de l'Union africaine (UA) dans ce conflit n'a pas eu lieu.

En effet, un accord pour le rétablissement de la paix et de la stabilité dans l'est de la RDC devait être mis sur la table mais les deux parties n'ont pas réussi à s'accorder sur les termes.

Ce qui a abouti à l'annulation en dernière minute du sommet.

Mais il y a un mois, les autorités de Kinsahsa avait déclaré qu'elles continueraient sur le front militaire.

Le gouvernement de la RDC semble donc promouvoir l'option militaire. Mais, Aimé Von Businga estime que ces nouvelles prises de villes par le M23 "pourraient contraindre la RDC à revenir à la table des négociations".