Que peut-on retenir du dialogue organisé par Macky Sall ?

Crédit photo, PRESIDENCE SENEGALAISE
- Author, Ousmane Badiane
- Role, Journaliste BBC Afrique
- Reporting from, Dakar
Le dialogue national convoqué par le président Macky Sall afin de trouver un consensus autour de la date de l'élection présidentielle a livré ses recommandations ce mardi.
Au terme des travaux de deux jours, la date du 2 juin 2024 a été proposée par les participants au dialogue pour la tenue du premier tour du scrutin présidentiel.
Le président sortant devrait aussi rester en poste jusqu'à l'installation de son successeur, selon les conclusions du dialogue.
Les participants au dialogue ont évoqué "un large consensus" sur le fait que l'élection présidentielle ne pouvait pas se tenir avant la fin du mandat de Macky Sall le 2 avril.
En décidant de convoquer un dialogue national afin de déterminer une date pour la présidentielle, le président Macky Sall espère trouver une issue à la grave crise politique dans laquelle le pays s'est enlisé depuis qu'il a pris la décision surprise de reporter le scrutin le 3 février 2024, à quelques heures du démarrage de la campagne officielle.
Cette décision avait immédiatement conduit à l'interruption du processus électoral qui devait mener à l'organisation de l’élection ce dimanche 25 février 2024.
Pas de présidentielle avant le 2 avril
Le Conseil constitutionnel avait demandé aux autorités compétentes d'organiser l'élection « dans les meilleurs délais ».
Le 15 février, le Conseil constitutionnel saisi par l'opposition, a annulé le report de la présidentielle en déclarant inconstitutionnelle la loi adoptée par l’Assemblée nationale le 5 février visant à reporter la date de l'élection, prorogeant de fait le mandat du président sortant Macky Sall de plusieurs mois alors que celui-ci arrive à terme le 2 avril, selon la constitution sénégalaise.
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L'un des objectifs poursuivis par le dialogue national initié par le président Macky Sall était donc de fixer par consensus, une nouvelle date avant la fin de son mandat.
Plusieurs participants au dialogue ont réagi à l'issue des travaux, en indiquant pour la plupart d'entre eux "l'impossibilité d'organiser l'élection présidentielle d'ici le 2 avril".
L'un des arguments évoqués par les participants aux travaux de commission consiste à dire que la date du 2 juin permet d'organiser l'élection avant la saison des pluies qui s'installe à partir du mois de juillet.
L'autre motif invoqué pour justifier la proposition du 2 juin, est la multiplication de fêtes religieuses (musulmanes et chrétiennes) dans le calendrier et le Ramadan qui débute dans une quinzaine de jours. Ce qui ne favoriserait pas l'organisation d'une campagne électorale et d'un vote dans de "bonnes conditions".
Voici les principales conclusions issues des travaux des commissions du dialogue national :
- La date du 2 Juin 2024 a été retenue pour le premier tour de l'élection présidentielle.
- La liste des 19 candidats déjà retenus par le Conseil constitutionnel est maintenue.
- Le réexamen complet des dossiers de candidature avec la vérification de l’exclusivité de la nationalité sénégalaise et de la situation fiscale des candidats.
- Un projet de loi d'amnistie sera introduit pour son adoption à l'Assemblée nationale dès ce jeudi 29 février 2024.
Ces lundi 26 et mardi 27 février, le président Macky Sall avait convié les "forces vives de la Nation" à Diamniadio, ville nouvelle située à une trentaine de kilomètres de Dakar, à des concertations en vue de fixer une date pour la tenue de l'élection présidentielle.
Plusieurs personnalités politiques, religieuses, des représentants de syndicats, du secteur privé et d'organisations de la société civile ont pris part à ces discussions.
L'opposition notamment la majorité des candidats (17 sur 19) et de nombreuses organisations de la société civile avaient décidé de boycotter ce dialogue national.
Seuls deux parmi les candidats officiellement retenus étaient présents, à savoir l'actuel premier ministre Amadou Ba candidat de la coalition présidentielle et l'ancien premier ministre Mouhamad Boun Abdallah Dionne, dissident du parti présidentiel APR (Alliance Pour la République).
Macky Sall tient à sa loi d’amnistie

Crédit photo, PRESIDENCE SENEGALAISE
En ouvrant les débats de la plénière ce lundi 26 février , le président Sall a d'emblée réaffirmé sa volonté de "pacifier l'espace politique et de renforcer davantage notre cohésion nationale".
Macky Sall a annoncé qu’il fera adopter ce mercredi en Conseil des ministres «un projet de loi d'amnistie générale concernant des faits se rapportant aux manifestations politiques survenues entre 2021 et 2024. »
"Je souhaite, au-delà du souci légitime de justice et de redevabilité, que l’amnistie et le pardon, par leurs vertus salutaires pour la nation, nous aident à surmonter ces moments difficiles vécus au cours de cette période, afin que notre pays se réconcilie avec lui-même", a déclaré le président Sall, soulignant la nécessité de ''sauvegarder l'unité nationale et l'Etat de droit, entre autres, pour préserver la paix et les valeurs démocratiques du Sénégal''.
Il a en outre demandé aux différents acteurs politiques de faire preuve d'esprit de dépassement, de pardon, d'oubli et de réconciliation pour avoir "la paix indispensable à la poursuite des efforts de développement".
"J’engagerai mes députés, ceux de notre majorité et même les députés de l’opposition à voter cette loi d’amnistie pour dépasser ces difficultés", a t-il ajouté.
Le projet de loi d'amnistie proposé a d’ores et déjà été rejeté par une bonne partie de la classe politique, aussi bien dans la majorité que dans l’opposition, mais aussi par des acteurs de la société civile et des défenseurs des droits humains.

Crédit photo, PRESIDENCE SENEGALAISE
"J’ai envie de partir"
A l'ouverture des discussions lundi, Macky Sall a déclaré avoir organisé cette concertation en vue de trouver un consensus sur la date de l’élection présidentielle.
Il a affirmé son souhait d’organiser la présidentielle avant le début de la saison des pluies, d'ici juin-juillet, alors que son mandat arrive à son terme le 2 avril.
"En convoquant ce dialogue, je n’ai qu’un seul objectif : trouver un consensus sur la date de la prochaine élection présidentielle. Ma volonté et mon vœu le plus cher est de faire tenir l’élection présidentielle dans les meilleurs délais et ceci avant l’hivernage prochain".
"J’ai envie de partir", n'a cessé de dire le président Macky Sall, visiblement agacé par les pressions nationales et internationales l'invitant à organiser l'élection présidentielle le plus rapidement possible et à transmettre le pouvoir à son futur successeur.
"Je voudrais réaffirmer ici que le 2 avril 2024, ma mission à la tête du Sénégal prend fin. Je voudrais que ce débat soit clairement tranché", a-t-il déclaré dès l'entame de son discours, lundi.
Reste à savoir quelle position il adoptera quand les conclusions du dialogue lui seront transmises officiellement.
"Les conclusions seront mises en œuvre dans les meilleurs délais", a dit le président Macky Sall lors d'une interview avec des médias locaux le jeudi 22 février dernier.
Controverses et divergence

Crédit photo, RTS
Les 16 candidats retenus par le Conseil constitutionnel regroupés autour du front des candidats à l’élection présidentielle du 25 février (FC25) ont refusé de répondre à l’appel au dialogue lancé par le président Macky Sall.
En lieu et place du CICAD, ces candidats ont déposé une requête lundi au niveau du Conseil constitutionnel pour demander aux "Sept Sages" de constater et de remédier formellement « la carence du président de la République qui s’abstient de fixer la date de l’élection présidentielle en refusant ainsi de donner plein effet à la décision du conseil constitutionnel N° 1/C/2024 du 15 février 2024 ».
Le groupe des 16 exige le respect de la Constitution et la tenue de l'élection avant le 2 avril 2024.
Cette position est aussi partagée par l'Eglise catholique, qui par la voix du président du Conseil national du laïcat du Sénégal, Philippe Abraham Tine, a réitéré son souhait de voir le scrutin se dérouler avant le terme du mandat du chef de l'Etat Macky Sall.
«Nous pensons qu’il est important de poursuivre le processus électoral. Il peut arriver des erreurs, mais elles ne doivent pas remettre en cause ce qui a été fait. C’est pourquoi nous demandons que le processus soit poursuivi. Nous voulons aussi la tenue des élections avant le 2 avril 2024. C’est bien possible. Le processus a été engagé. Si on s’entend sur le principe, nous devons nous donner les éléments pour y aller», a dit Philippe Abraham Tine, représentant l’Eglise au dialogue national.
Pour leur part, une quarantaine de "candidats recalés" ont demandé la reprise de du processus électoral, depuis le début des opérations de vérification de parrainages et l’organisation de la présidentielle d’ici le mois de juin, après la fin du mandat présidentiel.
Que fera le Conseil constitutionnel ?
Tous les regards sont de nouveau tournés vers les Sept Sages du Conseil constitutionnel, juridiction chargée de contrôler le respect de la Constitution.
Dans sa décision du 15 février, le Conseil a annulé le report de l’élection présidentielle, meme s'il n'a pas fixé de date pour le scrutin, se contentant de constater l'impossibilité matérielle d’organiser l’élection présidentielle à la date du 25 février comme initialement prévu.
Le Conseil constitutionnel, en plus d'avoir annulé la proposition de loi votée par l'Assemblée nationale pour reporter l'élection au 15 décembre, a demandé au chef de l'Etat d'organiser le scrutin dans les meilleurs délais.
Devant ce qui ressemble à une impasse politique et juridique, le Conseil constitutionnel est le plus à même d'apporter la solution définitive de sortie de crise.
Comme stipulé par la Constitution sénégalaise, les décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d’aucune voie de recours et s’imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles.














