Combien de temps va durer la transition en Guinée ? La grande interrogation.

Mamadou Faye, BBC Afrique

Le colonel Mamady Doumbouya (C) entouré de ses hommes.

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Légende image, Le président du Comité national pour le rassemblement et le développement (CNRD), le colonel Mamady Doumbouya (C), quitte une réunion avec des représentants de haut niveau de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) à Conakry, le 17 septembre 2021.

La junte militaire au pouvoir en Guinée a décrété une durée de transition de 36 mois. Mais le Colonel Mamady Doumbouya et ses hommes vont-ils réellement rendre le pouvoir aux civils à date échue ? C’est la question qui taraude les esprits.

Après un an au pouvoir à la date du 5 septembre 2022, plusieurs questions sont soulevées sur le respect ou non de la durée de la transition annoncée par la junte militaire dirigée par le colonel Mamady Doumbouya.

Après l’euphorie des populations guinéennes affichée sur des vidéos partagées sur internet, les montrant en train de jubiler à l’annonce du coup d’Etat qui a éjecté le président Alpha Condé du pouvoir, place désormais au scepticisme sur la durée réelle de la transition.

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Qu'est-ce qui s'est passé le 5 septembre 2021 à Conakry ?

Le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya (C), chef des forces spéciales de l'armée et chef du coup d'État.

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Légende image, Le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya (C), chef des forces spéciales de l'armée et chef du coup d'État, salue la foule à son arrivée au Palais du peuple à Conakry, le 6 septembre 2021, avant une réunion avec les ministres de l'ex-président de la Guinée, Alpha Condé.

En 2020, à l'âge de 82 ans, l'emblématique professeur Alpha Condé, le premier président démocratiquement élu de Guinée avait initié une révision constitutionnelle controversée pour briguer un troisième mandat.

Il remporte la présidentielle mais fait face de plus en plus à plusieurs manifestations qui sont violemment réprimées.

C'est dans cette ambiance de confrontation et de contestation que survient le putsch, que certains voient comme l'occasion d'un nouveau départ pour la Guinée.

Le dimanche 5 septembre 2021, tout commence en début de matinée lorsque les mutins se sont déployés autour du palais présidentiel. L'opération était claire : prendre le pouvoir.

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Après des échanges de tirs, les forces spéciales investissent le palais de la République en milieu de journée. Dans une vidéo envoyée à l’AFP, elles annoncent qu’elles ont arrêté le président Alpha Condé.

Les putschistes annoncent également à la foulée la dissolution de la constitution, des institutions et du gouvernement, mais aussi de la fermeture des frontières terrestres et aériennes.

Dans la soirée, ils annoncent au journal télévisé un couvre-feu à partir de 20h sur toute l’étendue du territoire national.

Les membres du gouvernement sont remplacés par les secrétaires généraux des ministères pour expédier les affaires courantes.

Selon la presse locale, une dizaine de membres de la garde républicaine ont été tués lors de l'assaut du palais de la République.

C'était la fin du règne du résident Alpha Condé, qui était arrivé au pouvoir en 2010.

Mais aujourd'hui, après seulement 12 mois de transition militaire, des interrogations persistent.

Une transition "inacceptable" de 3 ans ?

Le colonel Mamady Doumbouya prête serment.

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Légende image, Le chef de la junte guinéenne, le colonel Mamady Doumbouya, lève la main lors de sa cérémonie de prestation de serment en tant que président de la transion du pays, le 1er octobre 2021 à Conakry.

C'est à la suite d'une pression de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), lui fixant un délai d'un mois pour présenter un calendrier "acceptable" de passation du pouvoir aux civils, sous peine de "sanctions économiques et financières", que la junte au pouvoir proposé 39 mois.

Le Conseil national de la transition (CNT) a validé 36 mois, soit une durée de trois ans, pour la tenue des prochaines élections.

Cependant, la Cedeao estime que ce délai est "déraisonnable" et "inacceptable".

Thomas Boni Yayi, le médiateur désigné par l'instance régionale africaine, s'est rendu deux fois à Conakry en moins de deux mois, mais les discussions pour ramener la transition guinéenne à un maximum de 24 mois n'ont pas encore abouti.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Des partisans du chef de la junte, le colonel Mamady Doumbouya

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Légende image, Des partisans du chef de la junte, le colonel Mamady Doumbouya, se tiennent autour d'une affiche de lui au Palais du peuple à Conakry, le 11 septembre 2021.

Ce n'est plus le jour des liesses populaires à Conakry en soutien au colonel Doumbouya et ses hommes.

Les populations, les syndicats, la classe politique et la société civile regroupés au sein du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) avait repris la rue pour faire face à la junte au pouvoir.

A la suite d’un appel à manifester du FNDC à la date du 17 août 2022, le ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation annonce sa dissolution par un arrêté le mardi 9 août.

Au moins 5 personnes ont été tuées lors des manifestations interdites qui ont été initiées par le FNDC les 28 et 29 juillet pour dénoncer une "gestion unilatérale de la transition" par le pouvoir militaire.

Depuis lors, le climat est tendu à Conakry entre l'opposition et la junte.

Les populations attendent beaucoup du pouvoir militaire en place qui suscitait beaucoup d'espoir.

Beaucoup se sont exprimés au micro de Boubacar Diallo, à Conakry.

Dans ce micro-trottoir, ils expriment leurs points de vue mitigés sur la transition dans leur pays.

"... La jeunesse souffre, les populations aussi souffrent. Si ça continue comme ça, il y aura un dégât au niveau des populations", confie un citoyen.

"Pour moi, ce qui a pu marcher réellement, comme ils disaient, c'est la refondation. Sur le plan du développement, il y a beaucoup de chantiers qu'ils ont trouvé et actuellement ça avance à grand pas. Nous voyons que sur le plan des infrastructures routières, il y a beaucoup de choses qui ont été faites. Et nous souhaitons que le colonel-président puisse revoir réellement son discours du 5 septembre et rester dans la logique de ce discours, car le Guinéen attend beaucoup de lui. Etant jeune, on fonde beaucoup d'espoir en lui", dit un autre.

Pour une "nouvelle Guinée"

Un membre de la société civile guinéenne chante l'hymne national devant le Palais du peuple.

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Légende image, Un membre de la société civile guinéenne chante l'hymne national devant le Palais du peuple lors des entretiens avec le colonel Mamady Doumbouya à Conakry, le 15 septembre 2021.

Mais pour d'autres, c'est la déception totale.

"Le changement qu'on attendait du CNRD, non on ne l'a pas vu. Nous on croyait que quand ils viennent, ils vont mettre les choses en marche. Mais ce qu'on voit, ce n'est pas ce qu'on attendait. Ce n'est pas la démocratie. C'est comme s'il veut rester."

Selon Nicolas Négoce, l'envoyé spécial de la BBC à Conakry, qui s'est entretenu avec de nombreux jeunes guinées, ceux-là s'attendaient à une nouvelle Guinée.

"J'ai rencontré de jeunes guinéens qui m'ont fait savoir qu'ils étaient déçus, qu'ils s'attendaient vraiment à une nouvelle Guinée, qu'ils ont cru aux promesses du colonel Doumbouya et qu'aujourd'hui, ils ont l'impression que leur pays est en train de vivre une nouvelle fausse transition", révèle Nicolas Négoce.

Depuis son indépendance en 1958, la Guinée a connu trois coups d'État. Si les deux premiers ont eu lieu après le décès de chefs d'État, le dernier, il y a un an, a renversé le premier président démocratiquement élu du pays.

La Guinée possède les plus grandes réserves de bauxite et de fer du monde, mais sa population est parmi les plus pauvres d'Afrique de l'Ouest.

Le pays espère pouvoir bénéficier davantage de la richesse créée par ses ressources naturelles à la suite d'un retour à un régime civil et démocratiquement élu.