Niger : Lamine Zeine dénonce la « mauvaise foi » de la CEDEAO qui regrette l’absence de sa délégation et se justifie

Le Premier ministre du Niger, Ali Mahaman Lamine Zeine, s'exprime lors d'une conférence de presse à Niamey le 4 septembre 2023.

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Légende image, Le Premier ministre du Niger, Ali Mahaman Lamine Zeine, s'exprime lors d'une conférence de presse à Niamey le 4 septembre 2023.
    • Author, Isidore Kouwonou
    • Role, BBC Afrique

Les relations restent tumultueuses entre la Communauté Économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et le Niger depuis le coup d’État intervenu dans ce pays le 26 juillet 2023 et qui a renversé le président Mohamed Bazoum. Les autorités militaires, actuellement au pouvoir, peinent à accorder leur violon avec l’institution communautaire.

Le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), président de la transition au Niger, le Général Abdourahmane Tiani tente comme il peut de normaliser la relation entre son pays, et la CEDEAO qui maintient les sanctions contre lui.

Les autorités nigériennes multiplient des tournées diplomatiques, que ce soit en Afrique ou auprès de leurs partenaires en Occident, notamment la Russie, ces derniers jours pour chercher les voies et moyens qui puissent leur permettre d’atténuer les effets de ces sanctions.

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Dans la foulée, une délégation de la CEDEAO a été annoncée pour Niamey ce jeudi 25 janvier 2024.

Pourquoi une mission de la CEDEAO au Niger ?

Mohamed Bazoum, le président déchu du Niger retenu par les autorités militaires

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Légende image, Mohamed Bazoum, le président déchu du Niger est toujours retenu par les autorités militaires.

En effet, une délégation de la Communauté Économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest était attendue à Niamey hier jeudi 25 janvier pour négocier avec les militaires.

Cette mission devrait être composée de l’ancien président nigerian, Abdulsalam Aboubakar, des ministres sierra-léonais et béninois des Affaires étrangères, respectivement Timothy Musa Kabba et Olushegun Adjadi Bakari et le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Touray.

Abdulsalam Aboubakar, lui, a annulé son déplacement sans trop préciser les raisons qui le motivent.

La délégation, selon les informations, devrait discuter avec les autorités militaires dans la capitale nigérienne, de la levée des sanctions, de la durée de la transition et de la libération du président Mohamed Bazoum.

Mais la réunion n’a pas eu lieu. Parce que seul le ministre togolais des Affaires étrangères, Prof. Robert Dussey a fait le déplacement à Niamey. Le Togo, on le sait, est très actif dans la médiation auprès des nouvelles autorités du Niger.

Le ministre Robert Dussey était à Niamey en décembre dernier pour parler de la durée de la transition et son contenu avec les militaires. Son pays a montré une position souple vis-à-vis du Niger depuis le coup d’Etat de juillet 2023.

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Des partisans du coup d'État agitent des drapeaux lors de la manifestation contre une éventuelle intervention militaire de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et des sanctions à Niamey, au Niger, le 20 août 2023.

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Légende image, Des partisans du coup d'État agitent des drapeaux lors de la manifestation contre une éventuelle intervention militaire de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et des sanctions à Niamey, au Niger, le 20 août 2023.

La réaction des autorités militaires au Niger, suite à l’absence de cette délégation, a été immédiate. Face à la presse au côté du ministre togolais des Affaires étrangères, le Premier ministre nigérien, Mahaman Lamine Zeine a regretté la situation.

Il a indiqué qu’en dehors du Togo, la CEDEAO « n’est malheureusement pas arrivée » dans la capitale du Niger. Mahaman Lamine Zeine a ensuite ajouté qu’il y a « une mauvaise foi » exprimée par cette organisation face à son pays et que des pays sont probablement derrière cette situation.

Pour lui, le Niger fait des efforts pour permettre à la CEDEAO d’être flexible par rapport aux sanctions qui « n’ont aucune base légale ».

Il a notamment souligné que cette rencontre entre la CEDEAO et le CNSP devrait se tenir depuis le 10 janvier dernier. De report en report, la date du 25 janvier 2024 a été retenue de commun accord. Malheureusement, la réunion a connu un nouvel échec.

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Le président de la Commission de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, Omar Touray (à gauche) est reçu par le président de la Sierra Leone, Julius Maada Bio (à droite), lors de la session extraordinaire des chefs d'État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) à Abuja, le 10 août 2023.

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Légende image, Le président de la Commission de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, Omar Touray (à gauche) est reçu par le président de la Sierra Leone, Julius Maada Bio (à droite), lors de la session extraordinaire des chefs d'État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) à Abuja, le 10 août 2023.

À travers un communiqué rendu public par l’institution sous régionale, cette dernière exprime ses regrets et se justifie concernant l’absence de sa délégation à Niamey ce jeudi 25 janvier 2024.

Selon la CEDEAO, les membres de la délégation qui devraient se rendre à Niamey ont été retenus à l’aéroport d’Abuja où ils ont passé toute la journée d’hier jeudi 25 janvier 2024. C’est « en raison de problèmes techniques de l’avion que la commission avait affrété », selon le communiqué.

« La CEDEAO a présenté ses regrets aux autorités nigériennes et fait part de sa détermination à trouver une nouvelle date en vue de reprogrammer la mission dans les plus brefs délais », ajoute le communiqué.

Dans le même temps, les sanctions que le Premier ministre nigérien qualifie « d’illégales », continuent de peser sur le Niger et sa population.

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Ces sanctions décidées contre le Niger

Des personnes chargent les camions avec des cargaisons arrivées du Bénin par bateau pour être transportées vers différentes villes à Gaya, au Niger, le 09 septembre 2023. Suite à la prise de pouvoir militaire au Niger le 26 juillet, certains pays membres de la CEDEAO ont imposé des sanctions et fermé leurs frontières, ce qui a conduit les Nigériens à utiliser différentes méthodes pour commercer avec les pays voisins.

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Il faut peut-être le rappeler, au lendemain du coup d’Etat au Niger, la CEDEAO a décidé des sanctions un peu plus sévères jamais prises contre un Etat membre, selon les Nigériens. L’organisation communautaire a fermé toutes les frontières avec le Niger, suspendu les transactions financières et gelé les avoirs du pays dans les banques étrangères.

Elle a en outre lancé un ultimatum à la junte pour qu’elle rétablisse l’ordre constitutionnel et réintègre le président déchu, Mohamed Bazoum, avec interdiction de voyager aux putschistes. Elle avait même décidé d’une intervention militaire.

En décembre dernier, la CEDEAO, lors d’un sommet sur le Niger, a ouvert la voie à un allègement des sanctions avec « des transactions courtes » jusqu’au retour des civils au pouvoir.

C’est ainsi qu’un comité composé du Togo, du Bénin et de la Sierra Leone a été mis sur pied pour négocier avec les autorités militaires du Niger pour un assouplissement des sanctions.

Le Togo et quelques pays de la sous-région ont assoupli leur position face au Niger. Le cas du Bénin qui a levé la suspension des importations de marchandises en transit vers le Niger.