Quelles mesures les États-Unis s'apprêtent-ils à prendre contre l'Iran ?

Le porte-avions Lincoln, d'un tonnage de 100 000 tonnes, se dirige vers les eaux du golfe Persique.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Le porte-avions Lincoln, d'un tonnage de 100 000 tonnes, se dirige vers les eaux du golfe Persique.
    • Author, Mehrnoush Pourziaei
    • Role, BBC
  • Temps de lecture: 6 min

En raison de la coupure d'Internet, les informations en provenance d'Iran demeurent limitées. Les manifestations de rue semblent s'être largement apaisées après la répression gouvernementale, mais les tensions persistent à l'extérieur du pays. Certains analystes évoquent même la possibilité d'une intervention américaine.

Deux anciens hauts responsables du département de la Défense ont déclaré, dans une interview accordée à BBC Persian, que Washington « cherchait encore quelque chose à faire ». Selon leur analyse, les services de sécurité et les forces armées américaines sont confrontés à deux questions majeures.

La première concerne l'incertitude quant aux conséquences d'une attaque américaine. La seconde porte sur l'incapacité des États-Unis à anticiper les répercussions politiques de leurs interventions militaires dans la région. Ce ne sont là que quelques-unes des interrogations auxquelles sont confrontés les conseillers militaires de Washington.

Ils soulignent qu'en l'absence de manifestants dans les rues et « en l'absence de répression visible de la part de Téhéran », une action militaire serait difficile à justifier, même si le style de prise de décision de Donald Trump a montré qu'il pouvait évoluer à tout moment.

En quête de réponse

Le président américain Donald Trump prononce un discours à la maison blanche.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Le président américain Donald Trump a annoncé le 21 juin que les installations nucléaires iraniennes avaient été attaquées sur ses ordres.

Le vendredi 2 janvier, alors que le Pentagone finalisait un plan visant à envahir le palais présidentiel vénézuélien et à capturer Nicolás Maduro, un autre sujet urgent fut ajouté à l'ordre du jour : l'Iran. Donald Trump déclara que « tout l'arsenal » américain était prêt à soutenir les manifestants iraniens si le gouvernement venait à les réprimer.

Moins de 36 heures après cette annonce, un premier projet de propositions sur la manière de traiter avec Téhéran se trouvait déjà sur le bureau du président.

Ce projet mit en évidence un problème stratégique majeur : l'absence de porte-avions américains dans les eaux du golfe Persique.

En cas d'attaque et de représailles iraniennes, la présence militaire américaine dans la région ne suffirait pas à protéger efficacement ses bases et ses alliés contre les missiles de Téhéran. La réunion du samedi soir s'acheva sans décision finale, tandis que les discussions politiques furent temporairement suspendues.

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Interrogé sur ce point, Mara Carlin, ancien secrétaire adjoint à la Défense, répondit : « Le président n'y a peut-être pas beaucoup réfléchi, mais je suis certain que ses conseillers au Pentagone ont insisté sur l'importance de cette absence. »

Un autre haut responsable, sous couvert d'anonymat, précisa que la première question posée par le Pentagone n'était pas le type d'armes à utiliser, mais l'objectif politique du président : « S'agit-il d'envoyer un avertissement à Téhéran pour réduire la répression, ou bien de viser à affaiblir la structure sécuritaire et, peut-être, à changer le régime ? »

Les conseillers militaires savent qu'ils ont affaire à un président atypique, peu enclin à suivre les usages politiques traditionnels de Washington. Certains médias américains ont décrit cette attitude comme « la recherche par Trump d'une solution infaillible à 100 % ».

Carlin nuance : « Je n'ai jamais vu d'option militaire garantie. Il y a toujours un niveau de risque et un danger inévitable. »

Toute discussion sur une « option militaire » soulève la question des représailles iraniennes. L'Iran dispose de centaines de missiles à longue portée, et plusieurs bases américaines dans la région, abritant environ 30 000 soldats, se trouvent à portée de frappe.

L'absence de porte-avions, élément clé de la défense antimissile et de la gestion des conflits, est jugée inquiétante par certains stratèges.

Doutes et risques

L'ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême de l'Iran (à gauche), et Qassem Soleimani (à droite) commandant de la Force Qods, tué le 3 janvier 2020 sur ordre de Donald Trump.

Crédit photo, Khamanei.ir

Légende image, Qassem Soleimani, commandant de la Force Qods, a été tué le 3 janvier 2020 sur ordre de Donald Trump.

Les options envisagées à Washington vont de l'action militaire directe au changement de régime, en passant par des sanctions contre les pétroliers, des cyberattaques ou des opérations secrètes, comme celles déjà planifiées contre le Venezuela.

Selon un ancien responsable du Pentagone, une attaque « terrifiante » visant l'ayatollah Ali Khamenei provoquerait une riposte extrêmement ferme de l'Iran.

A l'inverse, une frappe limitée contre des bâtiments vides ou des camps des Bassidj pourrait envoyer un signal politique tout en réduisant le risque d'escalade, mais sans modifier la situation intérieure.

Difficulté à prédire

L'ancien président américain George Bush s'exprimant depuis le porte-avions Lincoln, en mai 2003.

Crédit photo, AP

Légende image, En 2003, le président américain George Bush a déclaré la fin de la guerre en Irak depuis le porte-avions Lincoln, mais la guerre a duré sept années supplémentaires et a entraîné la mort de milliers de soldats américains.

Les options envisagées à Washington vont de l'action militaire directe au changement de régime, en passant par des sanctions contre les pétroliers, des cyberattaques ou des opérations secrètes, comme celles déjà planifiées contre le Venezuela.

Selon un ancien responsable du Pentagone, une attaque « terrifiante » visant l'ayatollah Ali Khamenei provoquerait une riposte extrêmement ferme de l'Iran. À l'inverse, une frappe limitée contre des bâtiments vides ou des camps des Bassidj pourrait envoyer un signal politique tout en réduisant le risque d'escalade, mais sans modifier la situation intérieure.

L'histoire rappelle les dangers de telles décisions. En 2003, le président américain George W. Bush avait proclamé la victoire en Irak depuis le porte-avions Lincoln, mais le conflit s'était prolongé sept années supplémentaires, coûtant la vie à des milliers de soldats américains.

De même, l'assassinat de Qassem Soleimani ou la guerre des douze jours ont montré que l'Iran riposte systématiquement ou promet de le faire.

Aujourd'hui, avec le déclin des manifestations, certains responsables estiment que Washington pourrait privilégier une stratégie de pression économique, notamment sur les ressources pétrolières iraniennes, afin de pousser Téhéran à revenir à la table des négociations. « Si les gens ne sont pas dans la rue, il sera très difficile de justifier une attaque », rappelle Mara Carlin. Elle ajoute qu'un groupe aéronaval devrait arriver dans la région d'ici le milieu de la semaine, mais que sa présence pourrait rester purement dissuasive si la situation demeure calme.

Ce qui semble certain, c'est que Donald Trump continue de prendre des décisions imprévisibles. Durant la guerre des douze jours, il avait d'abord affirmé que les États-Unis ne participeraient pas à une attaque contre l'Iran, avant d'ordonner soudainement une frappe contre ses installations nucléaires.

L'année dernière, selon la base de données ACLED, (Armed Conflict Events and Locations Database), les États-Unis ont mené 626 frappes aériennes dans divers pays du monde, notamment en Somalie, en Iran, au Yémen, au Nigeria, au Venezuela, en Irak et en Syrie, toutes autorisées par le président américain.

« Avec les présidents précédents, on savait quand le gouvernement était prêt à recourir à la force militaire et quand il ne l'était pas », conclut Carlin. « Mais avec Donald Trump, tout est incertain et très difficile à prévoir. »