Lyse Doucet : C'est un moment extraordinaire pour lequel l'Iran se prépare depuis longtemps

Une Iranienne agite le drapeau national iranien tout en tenant une photo du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei.

Crédit photo, Reuters

    • Author, Lyse Doucet
    • Role, Correspondante en chef internationale
  • Temps de lecture: 5 min

C'est un moment décisif pour la République islamique d'Iran.

Depuis samedi matin, lorsque les premières frappes ont révélé que sa résidence avait été visée, de nombreuses informations circulaient quant au sort du guide suprême.

Des images satellites ont montré d'importants dégâts à son complexe.

Dans un premier temps, l'Iran a annoncé qu'il avait été mis en sécurité.

Puis, on a appris que le religieux de 86 ans devait s'exprimer à la télévision d'État, mais cela ne s'est jamais produit.

En début de soirée, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a déclaré lors d'une allocution télévisée qu'"il existe de nombreux signes" indiquant que le guide suprême "n'est plus".

Plusieurs articles parus dans les médias israéliens et américains, citant des sources anonymes, ont fait état de preuves convaincantes de sa mort.

Pendant ce temps, les autorités iraniennes ont continué de nier.

Mais quelques heures après l'annonce de la nouvelle par le président américain Donald Trump sur ses réseaux sociaux, la télévision d'État iranienne a confirmé la mort de Khamenei.

Des personnes se rassemblent pour pleurer la mort du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué samedi 1er mars 2026 lors de frappes israéliennes et américaines à Téhéran, en Iran.

Crédit photo, Reuters

Légende image, Des habitants de Téhéran se rassemblent pour pleurer la mort du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué samedi lors de frappes israéliennes et américaines.
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Ce sont des moments décisifs dans l'histoire tumultueuse de la République islamique d'Iran, mais ses plus hauts dignitaires religieux et commandants s'y préparaient.

L'attention était à son comble durant les douze jours de guerre, en juin dernier. Dès la première nuit, lors de la première vague d'attaques, Israël a réussi à assassiner neuf scientifiques nucléaires et plusieurs responsables de la sécurité. Les jours suivants, d'autres scientifiques de haut rang et au moins trente commandants importants ont été tués.

Il est alors apparu clairement que l'ayatollah pourrait également être visé.

On a rapporté à l'époque que Khamenei, qui a passé la guerre dans son bunker, dressait des listes de responsables de la sécurité prêts à prendre immédiatement leurs fonctions afin d'éviter tout vide au sommet de l'État.

Et même avant les hostilités de l'année dernière, il a été rapporté que Khamenei avait demandé à l'Assemblée des experts, organe composé de quelque 88 hauts dignitaires religieux chargés de choisir un guide suprême, de se tenir prête à toute éventualité. Le New York Times a rapporté qu'il avait choisi "trois hauts dignitaires religieux" comme successeurs potentiels en cas d'assassinat.

Depuis des années, les spéculations vont bon train quant à son successeur, y compris son fils Mojtaba.

Ce n'est pas seulement le guide suprême qui a été tué lors de cette première journée de frappes aériennes et d'attaques ciblées. Ceux qui sont encore en poste, ou qui ont dû assumer des responsabilités accrues, voudront affirmer au monde entier qu'ils restent fermement aux commandes et que la succession se fera sans heurt.

Mais la fin des 36 ans de règne de l'ayatollah sera un choc pour ses partisans, et surtout pour ses conseillers et alliés du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), unité d'élite chargée de le défendre, lui et la révolution islamique, au pays comme à l'étranger.

La BBC a cependant authentifié des vidéos montrant des groupes de personnes célébrant l'annonce de sa mort dans les rues de Téhéran et de Karaj.

Montage d'images satellite montrant la situation avant et après les frappes aériennes sur le complexe de l'ayatollah Ali Khamenei à Téhéran, en Iran. L'image du haut, fournie par Airbus et datée du 21/06/2025, provient de Google Earth. L'image du bas, également fournie par Airbus, est datée du 28/02/2026 et fait suite à la frappe menée par les forces armées américano-israéliennes sur le complexe.

Crédit photo, Airbus

Légende image, Montage d'images satellites montrant l'avant et l'après des frappes aériennes sur le complexe de l'ayatollah Ali Khamenei à Téhéran, en Iran.

Profondément méfiant envers l'Occident, en particulier les États-Unis, et hostile à Israël, Khamenei a gouverné d'une main de fer, réprimant les appels à la réforme et les vagues successives de protestations.

Ces dernières années de conflit militaire direct avec Israël et les États-Unis, conjuguées aux revendications croissantes de changement de la part de son peuple, l'ont confronté à ses plus grands défis.

Lors de notre séjour à Téhéran au début du mois, l'Iran semblait un autre pays. La douleur et la colère suscitées par la répression sécuritaire, la pire de son histoire, qui a coûté la vie à des milliers d'Iraniens, étaient encore vives.

Alors que le règne de Khamenei prend fin brutalement, les questions se portent sur son successeur et sur la possibilité qu'un changement à la tête du pays marque un tournant pour la République islamique, vieille de 47 ans.

Quel que soit celui qui émergera, son objectif principal restera le même : la survie d'un ordre qui maintient les religieux et leurs puissantes forces de sécurité au pouvoir.

Une guerre loin d'être terminée se déroule déjà de manière imprévisible et périlleuse.