Yerewolo, le groupe pro-russe du Mali qui exige le départ des forces de l'ONU
Alison Onyango, BBC Monitoring

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Au Mali, un groupe panafricaniste radical est à la tête des appels à l'expulsion des Casques bleus de l'ONU (Minusma) du pays d'ici le 22 septembre, date à laquelle la nation ouest-africaine fête son indépendance.
Yerewolo Debout sur les Remparts accuse la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) d'être "une force d'occupation, qui ravive et entretient la peur, les divisions ethniques et la méfiance entre les communautés au Mali".
La force de l'ONU, forte de 15 000 hommes, soutient le Mali depuis 2013, peu après le déclenchement d'une brutale insurrection djihadiste dans le nord du pays.
Yerewolo s'est fait connaître en 2020 en organisant des rassemblements très suivis à Bamako et ailleurs pour demander le départ des forces françaises Barkhane qui ont renforcé les efforts de contre-insurrection au Mali.
Les manifestations ont depuis évolué pour dénigrer d'autres organismes régionaux et internationaux perçus comme hostiles au Mali.
Le mouvement a vilipendé la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) pour avoir sanctionné le Mali suite aux récents coups d'État militaires.
Yerewolo a de plus en plus adopté une rhétorique pro-russe. Sa figure de proue, Adama "Ben le Cerveau" Diarra, serait financée par le propriétaire présumé du groupe paramilitaire Wagner - Yevgeny Prigozhin - qui a déployé au moins 1 000 mercenaires au Mali en décembre dernier.
Depuis que Yerewolo a commencé sa campagne anti-Minusma en juillet, les dirigeants militaires du Mali ont suspendu la rotation des troupes de maintien de la paix et expulsé le porte-parole de la mission de l'ONU.
La junte a également détenu des dizaines de soldats ivoiriens soutenant le contingent allemand de la Minusma et imposé de sévères restrictions aux forces étrangères servant dans la mission.

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La paralysie de la Minusma, dont le mandat a été renouvelé pour une année supplémentaire en juin, est de mauvais augure pour la sécurité régionale.
En amont de ses manifestations anti-Minusma du 5 août, Yerewolo a partagé sur sa page Facebook (31k abonnés) des images de manifestations similaires dans l'est de la RD Congo où le gouvernement accélère les demandes publiques pour le départ des casques bleus de la Monusco.
La situation n'est guère plus réjouissante en République centrafricaine (RCA), où la mission de l'ONU (Minusca) fait face à des années de dérision.
Les mercenaires de Wagner, actifs en RCA depuis 2018, ont été accusés de parrainer des campagnes de désinformation contre la Minusca.

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Faits marquants
Yerewolo a été propulsé sous les feux de la rampe en janvier 2020 lorsqu'il a appelé à des manifestations de masse contre les forces françaises Barkhane, qu'il a accusées de ne pas avoir réussi à mettre fin au siège mené par les groupes affiliés à Al-Qaida et à l'État islamique au Mali.
Le mouvement a également accusé la France de s'ingérer dans les affaires intérieures du Mali.
Il a commencé à réclamer une coopération plus étroite entre la Russie et le Mali.
Son leader incendiaire, Diarra, est membre du Mouvement du 5 juin (M5-RFP), dont les mobilisations de masse ont conduit au renversement du président Ibrahim Boubacar Keita par un coup d'État militaire dirigé par le colonel Assimi Goita en août 2020.
Le M5-RFP a été cofondé par l'actuel premier ministre intérimaire du Mali, Choguel Maiga, dont l'administration a favorisé l'intensification des relations avec la Russie.

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Diarra est originaire de la ville de garnison de Kati, à 15 km de Bamako, où résident le colonel Goita et le ministre de la défense, le colonel Sadio Camara.
Diarra est actuellement député intérimaire au sein du Conseil national de transition (CNT).
Il a été sanctionné par l'Union européenne pour avoir "fait obstruction et compromis la réussite de la transition politique du Mali".
En février, il a dirigé les célébrations de Yerewolo après que la France a annoncé qu'elle retirerait totalement ses troupes du Mali d'ici le mois d'août.
Les activités de Yerewolo ont inspiré des groupes similaires, comme le Collectif pour la défense des militaires (CDM), qui a réussi à faire campagne pour l'interdiction des médias publics français RFI et France 24 en mars.
Ces médias étaient accusés par les autorités maliennes de "démoraliser" l'armée dans des reportages sur la détérioration de la situation sécuritaire du pays.
Le colonel Goita fait l'objet d'un culte parmi les groupes panafricanistes radicaux du Mali qui sont favorables à une prolongation du régime militaire dans le pays.

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Selon leurs propres termes
"Yerewolo est un mouvement souverainiste dont la principale motivation pour l'instant est de faire du Mali un havre de paix." - 20 juillet 2022.
" [Le président français Emmanuel] Macron pense que nous plaisantons, mais il n'a rien compris. Le réveil sera brutal pour lui. Nous lui disons que nous sommes sérieux. Si jamais Macron essaie de toucher à Assimi Goita, la France le regrettera. La jeunesse malienne est derrière Col Assimi Goita." - Diarra, 1er novembre 2021.
"La France et la communauté internationale ont passé neuf ans sans résultat, sans sécurité, sans protection des personnes et des biens... Cela ne peut pas continuer." - Siriki Kouyaté, porte-parole de Yerewolo, 21 septembre 2021.
"Si Wagner est allé libérer la Syrie, si Wagner est allé libérer la République centrafricaine, alors nous accueillons Wagner à Bamako pour libérer le Mali. Dans une guerre asymétrique, nous proposons une solution symétrique, cela s'appelle Wagner. C'est la vérité et aujourd'hui c'est la fin de la Francafrique." - Diarra, 16 septembre 2021.
"Nous sommes très clairs sur notre position. Le mouvement Yerewolo demande instamment le départ pur et simple de l'opération Barkhane. Nous pensons également que les forces internationales constituent une menace pour la survie du Mali." - Kouyaté, 1er juin 2021

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Ce que disent les autres
"Yerewolo" représente principalement deux choses : la haine des Français et l'affection pour la Russie. Les chefs militaires et les diplomates européens pensent que le mouvement est soutenu par une bonne quantité d'argent liquide provenant directement de l'ambassade de Russie. Ses dirigeants, qui aiment à se présenter comme des combattants anti-corruption du côté du peuple, sont, selon les dirigeants européens, devenus assez riches ces derniers temps." - Magazine d'information allemand Der Spiegel, 25 mai 2022.
"Depuis le sommet de Sotchi en 2019, l'une des stratégies de Moscou pour accroître son influence en Afrique consiste à cibler et à financer des leaders d'opinion. Au Mali, Wagner a déjà déployé sa propagande à travers des relais, comme Yerewolo." - Site web de l'Africa Report basé en France, 25 novembre 2021.














