À Kinshasa, les enfants d'un orphelinat « cherchent à manger » après avoir fui Goma

Des enfants habillés en pull-over de couleurs différentes, en train de monter dans un bus.

Crédit photo, Orphelinat Baluarts

Légende image, Bénédiction Kipuni, responsable de l'orphelinat Baluarts, indique que le centre fait face à d'autres difficultés après avoir fui les bombardements de Goma.
    • Author, Isidore Kouwonou (Dakar) & Innocent Buchu (Kinshasa)
    • Role, BBC News Afrique

Loin des crépitements des balles à l'Est de la République démocratique du Congo, à Goma, Mumbere, 14 ans, esquisse des pas de danse sur une chanson gospel dans un centre pour orphelins à Kinshasa. Il fait partie de la soixantaine d'enfants que l'orphelinat a dû déplacer à cause de l'insécurité grandissante qui les menace.

« Ce sont ces moments d'ambiance qui nous manquait. Ici, en tout cas, c'est la joie et la paix. Je me sens beaucoup en sécurité et plus rassuré que là-bas (Ndlr, Goma) », dit-il, souriant au milieu d'autres enfants qui dansent en suivant les pas d'un chorégraphe.

Bénédiction Kipuni, responsable de l'orphelinat Baluarts, indique que le centre fait face à d'autres difficultés après avoir fui les bombardements de Goma.

« On a décidé de déplacer les enfants vu la situation sécuritaire, et pour le moment, c'est devenu super compliqué. Au lieu de privilégier l'école, on essaie de voir si on peut acheter quelque chose à manger ».

Malgré le sourire qu'affichent ces enfants aujourd'hui loin de l'insécurité qui règne à Goma, de nombreux défis se posent au centre qui doit assurer leur survie dans une ville totalement différente d'où ils viennent.

Un déplacement contraignant

Photo de famille des enfants avec des responsables de l'orphelinat Baluarts.

Crédit photo, Orphelinat Baluarts

Légende image, De Goma à Kigali par la route, puis de Kigali à Nairobi en avion, avant un dernier vol vers Kinshasa.

L'urgence sécuritaire a forcé les responsables de l'orphelinat Baluarts à amener les enfants à des milliers de kilomètres de leur point de départ.

Le déplacement a été possible grâce aux soutiens des missionnaires chrétiens brésiliens, notamment Jonnes Queiroz et Marcos Freire, qui ont apporté un appui logistique et spirituel, selon Mme Kipuni.

Le trajet est aussi complexe, trois voyages successifs au total pour arriver à destination. De Goma à Kigali par la route, puis de Kigali à Nairobi en avion, avant un dernier vol vers Kinshasa.

Et sur place dans la capitale congolaise, depuis deux mois, les difficultés s'enchaînent. Mais, il faut rassurer les enfants et maintenir haut leur moral après ce qu'ils ont vécu pendant des mois à Goma.

Trouver des financements

Ignorer Promotion WhatsApp et continuer la lecture
BBC Afrique est sur WhatsApp

Des informations vérifiées à portée de main

Cliquez ici et abonnez-vous !

Fin de Promotion WhatsApp

« Le plus grand défi a été d'ordre financier », souligne Bénédiction Kipuni qui fait part en outre de la spirale de difficultés financières, administratives et humaines dans lesquelles est plongé l'orphelinat à Kinshasa.

À Kinshasa, les démarches administratives pour s'installer et trouver une école pour les enfants ont été difficiles. « Les documents que nous avions étaient des documents d'urgence, délivrés pendant la guerre. Les démarches administratives ont été très compliquées », confie la responsable.

Aussi, aucune école publique n'était disponible à leur arrivée dans la capitale. Ils ont été inscrits dans une école privée voisine. Ici, les frais scolaires mensuels sont importants, impossibles à assumer durablement.

« Nous avons aujourd'hui deux mois d'arriérés. Avec les peu de ressources dont nous disposons, nous sommes souvent obligés de faire un choix difficile : payer l'école ou nourrir les enfants. La priorité devient alors la nourriture », dit Mme Kipuni.

L'établissement scolaire a toutefois accepté de maintenir les enfants en classe, dans l'attente d'une solution. Mais la situation reste fragile.

Au-delà des frais scolaires, l'orphelinat doit faire face à d'autres charges comme le loyer de la maison à Kinshasa, les salaires du personnel, la sécurité, l'électricité, l'internet, ainsi que la rémunération d'enseignants supplémentaires en informatique et en musique.

« Même le transport de ces enseignants devient parfois difficile à assurer », explique la responsable de l'orphelinat Baluarts.

Un nouvel environnement avec une barrière linguistique

Les enfants pris de dos en train de regarder un film projeté sur un écran.

Crédit photo, Orphelinat Baluarts

À Kinshasa, les enfants se retrouvent dans un environnement totalement nouveau et sont confrontés à une barrière linguistique.

Originaires pour la plupart de Masisi, Katale, Rutshuru et Walikale, ils s'expriment principalement en swahili et dans leurs dialectes locaux. Personne parmi eux ne parle lingala, et leur maîtrise du français reste limitée.

« Nous avons dû engager des mamans qui parlent lingala pour faciliter leur intégration », explique Bénédiction Kipuni.

Le choc est aussi climatique et alimentaire. Habitués à une alimentation biologique dans l'est du pays (Goma), les enfants doivent s'adapter à une autre réalité. « Cela n'a pas été facile pour eux », reconnaît-elle.

La situation est critique pour tous les orphelinats à Goma

Le drame humanitaire qui se passe aujourd'hui dans la capitale provinciale du Nord-Kivu, est connu de tous.

Pendant que les accords sur le cessez-le-feu et les combats sont sur les médias du monde, à Goma, les orphelinats manquent de tout, les enfants sont renvoyés dans les familles d'accueil précaires ou livrés à eux-mêmes.

Dans une ville contrôlée par les rebelles du M23, avec le départ de la plupart des donateurs et bénévoles, l'accès aux financements des ONG qui ont aussi fermé, devient difficile. Les fonds sont rares, provoquant ainsi une rupture dans la chaîne d'approvisionnement pour équiper les orphelinats.

La conséquence est sans équivoque : malnutrition, difficile accès aux soins avec des maladies non traitées, abandon scolaire, selon des responsables de ces orphelinats.

Même déplacés à Kinshasa, la situation de l'orphelinat Baluarts reste critique depuis deux mois. Là, il ne s'agit plus de fuir les bombardements, mais d'assurer le quotidien : se nourrir, se loger, et surtout garantir l'accès à l'éducation pour ces enfants déracinés.

Pour l'instant, l'essentiel de l'aide provient d'associations et d'initiatives solidaires. Ce mois-ci, le Festival Tumaini a consacré l'intégralité de son budget au soutien alimentaire de ces enfants déplacés.

En attendant des solutions plus durables, chaque geste de solidarité reste, pour eux, un pas vers une enfance reconstruite.

Selon l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, depuis octobre 2023, plus de 2,5 millions de personnes ont été déplacées et des centaines d'autres ont trouvé la mort, tandis que la poursuite du conflit menace de déstabiliser davantage l'Est du pays, dans les provinces du Kivu.