Conflit dans l'est de la RD Congo : Les FARDC et le M23 se disputent toujours le contrôle de la ville de Goma

Une femme qui porte son enfant sur sa poitrine

Crédit photo, EPA

    • Author, Isidore Kouwonou
    • Role, BBC News Afrique
    • Author, Paul Njie
    • Role, BBC News

Les autorités de la République démocratique du Congo affirment que les forces de l'État et leurs alliés qui se battent dans l'est du pays ont encore le contrôle de certaines zones de Goma, malgré l'entrée du M23 dans la ville lundi.

Le président Felix Tshisekedi a tenu une réunion avec les dirigeants de certaines institutions publiques lundi en fin de journée, afin d'évaluer la situation à Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, dont le groupe armé M23 affirme s'être emparé.

« Nos soldats et le Wazalendo continuent de tenir certaines positions dans la ville », a déclaré Vital Kamerhe, président de l'Assemblée nationale de la RDC, à l'issue de la réunion avec le président.

Le gouvernement congolais a déclaré que ses troupes avaient lancé une contre-offensive pour repousser les rebelles qui, selon lui, étaient soutenus par les forces rwandaises.

Le ministre du développement rural, Muhindo Nzangi, a déclaré que l'armée de la RDC contrôlait 80 % de la ville de Goma lundi soir, tandis que le M23 ne s'était emparé que de quelques zones dans la périphérie de la ville.

Appel à la relance du processus de Luanda

En RDC, la condamnation de l'offensive du M23 à Goma s'est accrue. Une association de différents groupes de la société civile a demandé à la population de tout le pays d'observer une opération ville fantôme aujourd'hui, tandis que le chef de l'opposition, Martin Fayulu, a appelé à une marche samedi pour dénoncer les actions du M23.

Lors d'un appel téléphonique introductif, le nouveau secrétaire d'État américain Marco Rubio « a condamné l'assaut sur Goma par le M23 soutenu par le Rwanda et a affirmé le respect des États-Unis pour la souveraineté de la RDC », selon un communiqué de la porte-parole du département d'État, Tammy Bruce.

« Le secrétaire Rubio et le président Tshisekedi ont convenu de l'importance de faire avancer le processus de Luanda et les efforts du président angolais João Lourenço pour relancer les pourparlers entre la RDC et le Rwanda dès que possible », a ajouté Mme Bruce.

La réaction du Rwanda

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Le Rwanda a accusé la communauté internationale d'hypocrisie en critiquant le soutien de Kigali au M23, qui s'est emparé de certaines parties de la ville de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo, le 26 janvier.

« Tant d'énergie pour désigner le M23 comme soutenu par le Rwanda et un silence assourdissant sur les génocidaires FDLR [Forces démocratiques de libération du Rwanda] et les mercenaires occidentaux qui dirigent les FARDC [armée de la RD Congo], sans parler de la SAMIDRC [Mission de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) en RD Congo] et des forces burundaises », a déclaré hier Stephanie Nyombayire, porte-parole de M. Kagame.

Le Rwanda affirme que la RD Congo soutient les FDLR et a intégré les dirigeants du groupe rebelle dans son commandement militaire. Les FDLR seraient composées de membres de l'ethnie hutue, vestiges des auteurs du génocide de 1994 au Rwanda. Elles cherchent à renverser le gouvernement de Kagame et opèrent principalement à partir de l'est de la République démocratique du Congo.

"Eviter le carnage"

Des civils qui quittent la ville

Crédit photo, AFP

Légende image, L'avancée des rebelles a déplacé plus de 400 000 civils

Le gouvernement congolais affirme qu'il continuera à travailler pour éviter « le carnage et la perte de vies humaines », alors que les tensions s'intensifient à Goma, dans la région assiégée de l'est du pays.

Dans une déclaration publiée sur X hier, le ministre de la communication Patrick Muyaya a exhorté la population à rester chez elle pour sa sécurité, à s'abstenir de se livrer à des actes de vandalisme ou de pillage et à ne pas céder à ce qu'il a appelé la « propagande du Rwanda ».

Muyaya a également réitéré les déclarations antérieures selon lesquelles les troupes rwandaises se trouvent actuellement à Goma et se battent aux côtés des rebelles du M23 qui affirment avoir déjà pris la ville stratégique.

« Nous sommes tous les gardiens de notre territoire », a déclaré Muyaya, ajoutant que "pas un seul centimètre ne sera cédé".

Un peu plus tôt, la télévision d'État rwandaise avait diffusé des images d'hommes en uniforme qui, selon elle, étaient des soldats congolais ayant traversé de Goma à Rubavu, du côté rwandais de la frontière.

Les soldats vus assis sur le sol auraient rendu leurs armes aux forces de sécurité rwandaises.

Des appels de plus en plus nombreux ont été lancés au M23 pour qu'il mette fin à son offensive autour de Goma, les groupes humanitaires mettant en garde contre les conséquences désastreuses pour la population.

Rupture entre Kinshasa et Kigali

La République démocratique du Congo a ordonné au Rwanda de cesser toutes ses activités diplomatiques et consulaires dans le pays dans les 48 heures, une décision qui pourrait être considérée comme une escalade des tensions entre les deux voisins.

Cette décision intervient alors que le groupe rebelle M23, dirigé par les Tutsis, poursuit son offensive pour s'emparer de Goma, la capitale du Nord-Kivu. Les autorités congolaises et les experts de l'ONU accusent le Rwanda de soutenir les rebelles, bien que Kigali ait démenti ces accusations à plusieurs reprises.

« La République démocratique du Congo s'engage à respecter toutes les procédures diplomatiques et à assurer une transition ordonnée de la décision », a déclaré le ministère des affaires étrangères de la RDC dans un communiqué.

Le communiqué ajoute également que la RDC a rappelé les diplomates congolais à Kigali « avec effet immédiat ».

Le Rwanda n'a pas encore réagi à la dernière décision de la RDC.

Cette nouvelle rupture des relations déjà tendues entre les deux pays fait suite à l'assassinat du gouverneur militaire du Nord-Kivu, jeudi, par les rebelles du M23. Au cours de leur offensive vers Goma, ils ont également tué au moins 12 soldats de maintien de la paix étrangers ces derniers jours.

Le Conseil de sécurité des Nations unies se réunira d'urgence dimanche à la suite d'affrontements meurtriers dans l'est de la République démocratique du Congo.

Entre-temps, la Turquie a proposé sa médiation dans le conflit entre la RDC et le Rwanda, mais les autorités congolaises ont rejeté l'offre, déclarant : « Les solutions africaines doivent être trouvées par les Africains »

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Intensification des combats

Le porte-parole de l'armée, le général Sylvain Ekenge, a déclaré que le gouverneur militaire, le général de division Peter Cirimwami Nkuba, était décédé des suites de ses blessures par balle jeudi.

« Tout a été fait pour qu'il arrive à Kinshasa, afin qu'il puisse recevoir les soins appropriés à l'extérieur du pays », a déclaré le général Ekenge peu après une réunion de sécurité avec le président Félix Tshisekedi vendredi.

« Malheureusement, il a succombé à ses blessures », a ajouté le porte-parole de l'armée.

Le jour de sa mort, le général de division Peter Cirimwami aurait rendu visite aux soldats sur la ligne de front à Kasengezi, près de Goma, la capitale régionale du Nord-Kivu.

Des funérailles nationales seront organisées en l'honneur du gouverneur décédé, a déclaré l'armée.

Ces dernières semaines, le groupe armé M23, dirigé par les Tutsis, s'est emparé de territoires dans l'est du pays et avançait à grands pas vers Goma. L'Alliance du fleuve Congo (AFC), une coalition rebelle dont fait partie le M23, a révélé son plan pour s'emparer de Goma.

Le HCR indique qu'environ 400 000 personnes ont été déplacées depuis le début de l'année en raison des combats dans l'est de la RDC. On craint que l'avancée du M23 n'aggrave la situation humanitaire déjà désastreuse.

Les combats entre les rebelles du M23 et les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) se poursuivent dans l'Est du pays. Depuis le début de cette année, on assiste à une intensification du conflit dans cette partie du pays.

Les affrontements se déroulent autour de la ville de Goma. Bahala Shamavu Innocent, chef d'un syndicat local, a déclaré à la BBC que « la ville de Goma est prise en étau, la ville est étouffée ».

« Il n'y a plus d'entrées, il n'y a plus de sorties... cette population souffre énormément ».

Même son de cloche chez Espoir Ngalukiye, membre du parti d'opposition Ensemble pour la République. « À Goma, nous ne sommes pas vraiment en sécurité. Personne qui vit à Goma ne peut vous dire qu'il n'a pas peur ».

On peut voir des gens s'échapper avec des matelas et autres effets personnels. Ils fuient vers Goma et les autres localités où les conflits n'ont pas encore atteint.

Une situation humanitaire préoccupante

Des malades sur des lits d'hôpitaux à Goma
Légende image, Médecins Sans Frontière fait savoir également que la plupart des patients hospitalisés à l'HGR de Minova ont fui, suivant le déplacement massif de la population.

La situation dans l'Est de la RDC inquiète. Selon Médecin Sans Frontière (MSF) qui a réagi ce jeudi, depuis le début de l'année, « les affrontements armés dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu, se sont étendus vers le territoire de Kalehe au Sud-Kivu. L'intensification des combats a eu un impact sur la population civile qui fuit les territoires affectés ».

Les activités médicales de l'ONG sont également impactées, surtout dans les structures sanitaires de Numbi et Minova au Sud-Kivu.

« Entre le 3 et le 18 janvier, les équipes MSF ont déjà traité plus de 270 blessés à l'hôpital général de référence (HGR) de Minova et au centre hospitalier (CH) Numbi. Depuis le 19 janvier, MSF a réduit ses activités dans ces deux structures médicales », indique l'ONG humanitaire.

Médecins Sans Frontière fait savoir également que la plupart des patients hospitalisés à l'HGR de Minova ont fui, suivant le déplacement massif de la population.

Selon le Bureau régional des Nations Unies pour la coordination des Affaires humanitaires (OCHA), les blessés et les autres patients ont été réorientés vers les structures sanitaires à Goma pour les soins spécifiques.

MSF poursuit son appui au personnel du ministère de la santé à Numbi et Minova avec des équipes réduites, continuant à répondre aux besoins des populations.

Pour MSF, la situation évolue rapidement dans la région, indiquant avoir sorti une partie de son staff de Kiniezire où est basée sa coordination pour les projets de Numbi et Minova.

Des rapports des Nations Unies et d'autres organisations humanitaires font état d'hôpitaux débordés à Goma à cause de l'arrivée des dizaines de blessés occasionnés par ce conflit.

Des dirigeants locaux ont déclaré à la BBC que plus de 200 civils ont été tués dans les zones conquises par le M23.

Deux enfants sont morts après la chute de bombes sur un camp de personnes déplacées, selon les Nations Unies.

Situation sécuritaire dans l'Est de la RDC

Les éléments des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC)

Crédit photo, AFP

Légende image, La situation sécuritaire est très suivie par les autorités congolaises

Les affrontements armés concernent notamment les territoires Masisi au Nord-Kivu, Kalehe, Numbi, Minova au Sud-Kivu.

Ngungu dans le territoire de Masisi, une ville clé à l'Est de la RDC, tombée dans les mains des rebelles pendant quelques semaines, a été reprise il y a quelques jours par l'armée congolaise et ses alliés, les Wazalendo.

Mardi dernier, les FARDC ont annoncé avoir également repris le sud du territoire de Lubero, en contenant et repoussant les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda, tout en soulignant que les combats se poursuivent avec « l'ennemi qui a fait une percée sur Bweremana dans le Nord-Kivu et Minova dans le Sud-Kivu ».

Ville commerciale clé dans l'Est de la RDC, la chute de Minova, selon les informations, rapprochent les rebelles à moins de 40 Km dans la capitale provinciale, Goma, près de la frontière avec le Rwanda.

Ce jeudi, le M23 a annoncé la prise de la ville de Sake (27 km à l'ouest de Goma) et a déclaré qu'il était en route pour prendre Goma. Mais l'armée régulière et ses alliés se sont déployés vers Sake pour stopper l'avancée des rebelles, selon les autorités militaires.

La situation sécuritaire, très suivie par les autorités congolaises, a amené le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi à écourter son voyage en Suisse et convoquer une réunion du Conseil supérieur de la défense ce vendredi.

Retour du président Tshisekedi et rencontre avec le CSD

Le président Félix Antoine Tshisekedi en costume bleu marine avec cravate rouge (à droite)

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Revenu de Davos en Suisse où il a participé au Forum économique mondial, le président de la République Démocratique du Congo a convoqué dans l'urgence une réunion de crise jeudi soir

Revenu de Davos en Suisse où il a participé au Forum économique mondial, le président de la République démocratique du Congo a convoqué dans l'urgence une réunion de crise jeudi soir avec le Premier ministre, Judith Suminwa ainsi que les chefs du personnel de la sécurité et de la Défense.

Selon un communiqué de la présidence de la RDC, Félix Tshisekedi préside ce vendredi à une réunion du Conseil supérieur de défense et du Conseil des ministres à Kinshasa afin de faire le point sur la situation qui prévaut « dans la province du Nord-Kivu, où le Mouvement du 23 mars (M23) se rapproche de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu ».

La réunion analysera l'escalade et la violence des combats, l'insécurité et la crise humanitaire dans l'Est du pays.

Au cours de la rencontre, selon le communiqué de la présidence, le président Tshisekedi devrait annoncer des mesures pour sécuriser Goma et faire face à l'aggravation de la crise humanitaire.

Des réactions pour un arrêt des combats

Antonio Guterres, le Secrétaire général de l'ONU

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Antonio Guterres a demandé la fin immédiate des hostilités, mettant en exergue le bilan dévastateur pour les civils

Selon les Nations unies, au moins 400 000 personnes déplacées à l'intérieur du pays ont été forcées de fuir leurs maisons cette année seulement, en raison des récents combats opposant le M23 aux forces de la coalition gouvernementale.

Le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres a demandé la fin immédiate des hostilités, mettant en exergue le bilan dévastateur pour les civils. Il a ensuite condamné l'extension de l'offensif des rebelles du M23 et mis en garde contre le risque accru d'un conflit régional plus large.

M. Guterres a par ailleurs appelé « tous les acteurs à respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de la République démocratique du Congo et à mettre fin à toutes les formes de soutien aux groupes armés ».

Le ministère congolais de la Communication et des Médias a rassuré dans un communiqué que les autorités militaires ont pris toutes les dispositions « pour récupérer les autres entités occupées par l'ennemi ».

Il a lancé un appel à la population de ne pas céder à la panique, mais de renforcer la vigilance en dénonçant « tous les infiltrés qui opèrent autour d'elle ».

Quid du Rwanda ?

Des gens fuient les combats en prenant des pirogues

Crédit photo, AFP

Légende image, L'ONU, dans un rapport, a déjà indiqué que le Rwanda soutient les rebelles du M23 dans les conflits contre la RDC

L'ONU, dans un rapport, a déjà indiqué que le Rwanda soutient les rebelles du M23 dans les conflits contre la RDC. Les autorités rwandaises rejettent les conclusions de ce rapport.

Depuis 2021, le M23 soutenu par le Rwanda, a pris le contrôle de vastes étendues de l'est de la République démocratique du Congo, riche en minerais. En conséquence, des centaines de milliers de personnes ont été déplacées.

L'année dernière, après une tentative de prise de la ville de Goma, les combats ont connu une accalmie à la faveur d'un accord de cessez-le-feu en juillet. Mais les rebelles ont repris en octobre dernier, de violents affrontements qui se sont poursuivis jusqu'au début de cette année.