À Port-Soudan, "pas d'eau, pas d'électricité... Où pouvons-nous aller ?"

Les organisations humanitaires craignent que l'escalade des attaques de drones ne mette en péril leur capacité à fournir de l'aide.

Crédit photo, Getty Images

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    • Author, Mohamed Osman
    • Role, BBC News Arabic
    • Reporting from, Port Sudan
    • Author, Priya Sippy
    • Role, BBC News
    • Reporting from, London

La ville de Port-Soudan – autrefois refuge de milliers de personnes déplacées au Soudan – est attaquée. Les habitants disent à la BBC qu'ils ne savent pas où aller.

Mutasim, 26 ans, un citoyen soudanais, attend de l'eau chez lui depuis des heures.

L'eau est devenue rare après cinq jours d'attaques de drones à Port-Soudan.

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Les dépôts de carburant ont été ciblés, ce qui prive la ville du diesel utilisé pour pomper l'eau souterraine.

Alors qu'habituellement un vendeur d'eau passait devant l'appartement de Mutasim tôt le matin, maintenant il ne vient qu'en soirée.

Mutasim dit qu'il y a une forte augmentation du prix de l'eau. La consommation journalière d'eau coûtait 2 000 livres du Soudan (environ 1 599 francs CFA), mais coûte maintenant 10 000 livres du Soudan (environ 9 063 francs CFA).

Cela laisse Mutasim et sa famille de huit personnes avec peu d'eau pour cuisiner, nettoyer et se baigner.

"Bientôt, nous ne pourrons plus nous le permettre", craint-il.

L'eau n'est pas le seul défi à Port-Soudan.

À travers la ville, de longues files de voitures attendent devant les stations-service.

"Il va peut-être me falloir cinq heures pour obtenir du carburant", dit Mutasim.

C'est une situation à laquelle de nombreux Soudanais ont déjà été confrontés – mais pas dans cette ville.

Jusqu'à la semaine dernière, Port-Soudan était l'un des rares endroits du pays où pouvaient se réfugier ceux qui fuient la guerre civile.

Port-Soudan a du mal à faire face à l'afflux croissant de personnes déplacées arrivant de diverses régions du pays.

Crédit photo, Reuters

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C'est une guerre qui a créé l'une des pires crises humanitaires au monde, selon l'ONU.

Pour échapper aux combats, des milliers de personnes comme Mutasim ont fui vers Port-Soudan.

"Nous sommes venus ici il y a deux ans. Nous sommes venus d'Omdourman et avons été forcés de quitter notre maison par les RSF (Forces de soutien rapide, une force paramilitaire créée par le gouvernement soudanais et devenue son ennemie), donc c'était un soulagement de venir ici. La vie commençait à redevenir normale", raconte Mutasim.

Il dit que lui et sa famille ont dépensé toutes leurs économies – environ 3 000 dollars américains (environ 1 599 450 francs CFA) – pour s'installer dans leur nouvelle maison à Port-Soudan.

Maintenant, il n'y a plus d'argent pour déménager à nouveau.

"Nous pensions déménager parce que ce n'est plus sûr ici, mais c'est tellement cher - et où allons-nous ?"

Port-Soudan connaît des coupures de courant depuis deux semaines, exacerbées par les dernières attaques.

"Ma tante a plus de 70 ans, elle a du mal avec la chaleur et l'humidité parce qu'il n'y a pas d'électricité pour les ventilateurs la nuit, dit-il. Nous ne pouvons pas dormir."

Les citoyens vivent dans la peur

Comme Mutasim, Hawa Mustafa, une enseignante d'El Geneina, au Darfour, a également trouvé refuge à Port-Soudan.

Elle vit avec ses quatre enfants dans un abri pour personnes déplacées depuis plus de deux ans. Elle dit vivre "dans la peur" à cause des attaques.

"Les drones sont venus vers nous et nous sommes revenus à un état de guerre et d'insécurité, a déclaré Hawa Mustafa à la BBC. Les sons des drones et des missiles anti-aériens me rappellent les premiers jours de la guerre à El Geneina."

Elle vit sans son mari, qui n'a pas pu quitter El Geneina en raison de la détérioration de la situation sécuritaire. Elle est maintenant responsable de sa famille.

"Je ne sais pas où aller si les choses s'aggravent à Port-Soudan. J'avais prévu d'aller dans l'un des pays voisins, mais il semble que ce rêve ne se réalisera plus."

"La vie a complètement changé. Nous avons du mal à nous en sortir. La peur est constante", a dit à la BBC une autre Soudanaise, Mariam Atta.

Le port de Port-Soudan est la voie d'acheminement de l'aide humanitaire

L'avenir de Hawa Mustafa est devenu incertain après que Port-Soudan a été frappé par des attaques de drones.
Légende image, L'avenir de Hawa Mustafa est devenu incertain après que Port-Soudan a été frappé par des attaques de drones.

Depuis le début de la guerre civile au Soudan en 2023, Port-Soudan est devenue la portée d'entrée de l'aide fournie par les agences humanitaires. Elle dispose de plusieurs ports et d'un aéroport international fonctionnel, qui lui donnent une position stratégique.

Cette ville a été utilisé par des organisations, dont le Programme alimentaire mondial (PAM), pour fournir une aide alimentaire.

"Port-Soudan est notre principal centre humanitaire", déclare Leni Kinzli, le responsable de la communication du PAM au Soudan.

"En mars, nous avons distribué presque 20 000 tonnes de nourriture. Plus de la moitié est passée par Port-Soudan", a-t-elle dit à la BBC.

Le PAM déclare que la famine sévit dans 10 régions du pays, que 17 autres sont à risque.

De nombreuses agences craignent que les attaques ne bloquent le flux d'aide.

"Je pense que cela va sérieusement perturber la livraison de nourriture et de fournitures médicales vitales, ce qui risque de détériorer davantage une situation déjà critique", a déclaré à la BBC le directeur au Soudan du Conseil norvégien pour les réfugiés, Shashwat Saraf.

Il ajoute que cela sera difficile, bien que les agences chercheront d'autres routes pour entrer dans le pays.

Sittna, âgée de deux ans, mange sa ration quotidienne de suppléments alimentaires, tandis qu'un agent d'un centre de nutrition soutenu par le PAM, à Port-Soudan, donne des conseils à sa mère, Magedah, le 2 mai 2024.

Crédit photo, World Food Programme

Légende image, Sittna, âgée de deux ans, mange sa ration quotidienne de suppléments alimentaires, tandis qu'un agent d'un centre de nutrition soutenu par le PAM, à Port-Soudan, donne des conseils à sa mère, Magedah, le 2 mai 2024.

"Il y a très peu de routes d'approvisionnement en aide vers le Soudan..." ajoute Shashwat Saraf.

Save the Children aussi déclare à la BBC que les attaques auront un impact sur ses opérations.

"Port-Soudan était le seul point d'entrée pour le personnel diplomatique et humanitaire au Soudan", a déclaré un porte-parole de cette organisation.

"La cessation des vols internationaux aura un impact sévère sur notre capacité à opérer, non seulement en termes de mouvement du personnel mais aussi en termes de fourniture de biens importants comme les produits médicaux et nutritionnels", a-t-il dit.

L'armée soudanaise a attribué la série d'attaques de drones survenues depuis dimanche à son rival paramilitaire, les Forces de soutien rapide. Mais les RSF n'ont pas encore revendiqué la responsabilité de ces attaques.

Le Soudan a également rompu ses liens diplomatiques avec les Émirats arabes unis après avoir accusé plusieurs fois ce pays du golfe Persique de soutenir les Forces de soutien rapide.

Les Émirats arabes unis ont rejeté la décision du Soudan de rompre les liens diplomatiques, "car l'Autorité portuaire de Port-Soudan ne représente pas le gouvernement légitime du Soudan et son peuple honorable".

Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis a rejeté ce qu'il a décrit comme une rhétorique "déplorable" du conseil soudanais, l'accusant de saper les efforts de paix.

La guerre des mots n'arrête pas les frappes de drones et ce sont les gens qui subissent le poids de cette guerre continue.