Pénurie de carburant au Mali : Abdoulaye Diop rassure et invite les pays voisins à la "collaboration"

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- Author, Basillioh Rukanga
- Author, Mamadou Faye
- Role, BBC Afrique
- Reporting from, Dakar
Le ministre des Affaires étrangères du Mali a réfuté l'existence d'une pénurie de carburant dans son pays. Au courant d'une rencontre mercredi à Bamako avec les diplomates accrédités dans le pays, sur la crise d'approvisionnement en hydrocarbures, Abdoulaye Diop a dénoncé ce qu'il a appelé « une pénurie créée » des produits pétroliers, tout en saluant la résilience des étrangers vivant dans ce pays du Sahel.
Le ministre Abdoulaye Diop a souligné les efforts importants pour la sécurisation des convois des produits pétroliers mais réfute l'existence d'une pénurie.
"Sur la situation particulière de ce qu'il est convenu d'appeler pénurie des produits pétroliers qui est une pénurie créée, parce qu'en réalité on n'a pas failli par rapport à nos capacités de pouvoir importer, exporter ou mettre ces produits à la disposition des Maliens, mais c'est une situation qui est artificiellement créée", a indiqué le chef de la Diplomatie malienne face aux diplomates accrédités dans son pays.
"Même les étrangers qui vivent parmi nous ont fait preuve d'une grande résilience, mais aussi d'une grande dignité", s'est-il réjoui.
Abdoulaye Diop a par la même occasion rendu hommage "à tous les acteurs qui étaient impliqués, à la fois dans l'importation des produits pétroliers ou même d'autres produits, pour le dédouanement, la sécurisation, le transport et la distribution de ces produits".
Il a par ailleurs salué la bravoure des forces de défense et de sécurité du Mali pour tous les efforts déployés afin de sécuriser les convois de carburant.
"S'agissant de la situation sécuritaire aujourd'hui qui préoccupe les uns et les autres, je voudrais reconnaitre et saluer la bravoure des forces de défense et de sécurité du Mali", dit-il.
"Dans ce contexte sécuritaire, en particulier le Mali a fait le choix de continuer à travailler pour la mutualisation de nos efforts de défense, notamment dans le cadre de la force unifiée de la Confédération des Etats du Sahel où des efforts importants sont faits pour pouvoir inverser la tendance", affirme-t-il.
Toutefois, le ministre malien des Affaires étrangères a révélé que son pays (garde) "la porte ouverte pour une collaboration avec les pays voisins qui le souhaitent pour que nous puissions œuvrer ensemble sur le plan de la défense et de la sécurité de notre pays."
Appel au dialogue pour soulager les populations
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Interrogé sur la situation en cours dans son pays, le journaliste malien Ben Salah, résidant à Gao, a reconnu que la situation est très dure, mais pas catastrophique. Il suggère un dialogue de l'Etat et de toutes parties prenantes pour soulager les populations.
"La pénurie de carburant est une réalité dans une grande partie du pays, mais cela ne veut pas dire qu'on doit exagérer et transformer la situation en catastrophe", a-t-il indiqué à la BBC.
Selon lui, les actions entreprises dépuit le début du mois de septembre par le groupe terroriste JNIM affilié à Al-Qaïda, pour provoquer une crise économique dans le pays, précisément à Bamako, pour des motivations politiques, "a permis à l'État de mettre des garde-fous, mais aussi à la population de se préparer à une résilience plus grande".
"Aujourd'hui, les résultats de leurs actions sont visibles parce que chaque jour des secteurs vitaux comme l'énergie, les écoles, les entreprises sont touchés, mais derrière on a une résistance et une résilience bien organisées de la part des victimes que sont les populations, et de l'autre côté, on a un gouvernement qui tente toutes les possibilités pour ravitailler ses populations", souligne Ben Salah.
Le journaliste regrette que les autres localités comme Ségou, Sikasso, Mopti, San, Bla, etc., aussi concernées par la crise, ne bénéficient pas des mêmes avantages que Bamako, la capitale qui est régulièrement ravitaillée, même si les conditions sont difficiles.
Ben Salah souligne que "cela est considéré comme un sentiment d'abandon chez certains de la part de l'autorité qui a l'obligation de traiter tout le monde à part égale".
"(...) Ce qui est inquiétant, c'est la durée et la forme que (la crise) peut prendre dans l'avenir. Selon moi, l'État, les groupes armés et les partenaires doivent mettre les populations au centre de leurs priorités et préoccupations en initiant un dialogue autour du problème", conclut Ben Salah.
Pour cet autre citoyen qui a requis l'anonymat, le chef de l'Etat doit agir. "J'ai poussé ma moto sur de longues distances à la recherche d'essence, mais je n'en trouve nul part. C'est trop dur. Assimi doit faire quelque chose sinon ça ne va pas".
Selon lui, "certaines populations ont aussi leur part de responsabilité", dans ce qui arrive. "Certains profitent de la situation pour vendre plus cher. Ils pensent que c'est comme ça qu'ils deviendront riches. Les autorités doivent s'assumer pour mettre de l'ordre le temps qu'une solution soit trouvée", poursuit-il révélant qu'ils sont en train de l'essence depuis dimanche à aujourd'hui. "Trop, c'est trop", dit-il.

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Le Mali peut encore compter sur le fret maritime
Dans une publication en date du jeudi 6 novembre, Reuters a révélé que le groupe français de fret maritime, CMA CGM, qui assurait jusqu'ici la livraison de carburant au Mali, était revenu sur sa décision de suspendre ses livraisons pour ce pays du Sahel en proie à des attaques récurrentes de djihadistes.
"CMA CGM a annulé sa décision de suspendre ses livraisons de carburant au Mali en raison de problèmes de sécurité et d'une pénurie de carburant", a indiqué Reuters, à la suite de l'annonce faite par le groupe français jeudi, après une réunion avec les autorités.
En effet, "depuis début septembre, le groupe militant Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, avait annoncé un blocus des importations de carburant vers ce pays enclavé d'Afrique de l'Ouest", explique Reuters.
Ce blocus faisait suite à plusieurs attaques coordonnées contre des convois de camions-citernes destinés au pays, en direction de Bamako, la capitale.
L'entreprise avait aussi suggéré à ses clients de renvoyer leurs cargaisons expédiées au Mali, de les entreposer ou de modifier le port de destination.
La compagnie CMA CGM a expliqué, dans un communiqué adressé par courriel à Reuters, que le transport terrestre connaissait de graves perturbations. Les délais de transit se rallongeaient et les coûts grimpaient, conséquence directe des problèmes de sécurité et des pénuries de carburant.
Malgré les difficultés, CMA CGM a décidé, après avoir rencontré jeudi des représentants du ministère malien des Transports, de poursuivre ses activités vers le Mali, sans interrompre le transport terrestre.
Les écoles et les universités suspendues dans le pays

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Le Mali a suspendu les écoles et les universités dans tout le pays en raison d'une grave pénurie de carburant causée par un blocus des importations de carburant imposé par les insurgés islamistes.
Le ministre de l'Éducation, Amadou Sy Savane, avait annoncé à la télévision d'État que tous les établissements scolaires resteraient fermés du lundi 27 octobre jusqu'au dimanche 9 novembre, précisant que les déplacements du personnel et des étudiants avaient été affectés par le blocus.
Il avait déclaré que les autorités "mettaient tout en œuvre" pour mettre fin à la crise afin que les cours puissent reprendre le lundi 10 novembre.
Depuis des semaines, le Mali est frappé par une pénurie de carburant, en particulier à Bamako, la capitale, après que des militants d'un groupe affilié à Al-Qaïda ont imposé un blocus en attaquant des camions-citernes sur les principaux axes routiers.

Le Mali étant un pays enclavé, tous les approvisionnements en carburant sont acheminés par la route depuis les États voisins comme le Sénégal et la Côte d'Ivoire.
De longues files d'attente serpentent autour des stations-service de Bamako depuis quelques semaines, et les rues habituellement bondées de la ville seraient désormais calmes.
Le gouvernement militaire avait assuré aux habitants, plus tôt ce mois-ci, qu'il ne s'agissait que d'un problème temporaire, mais la crise persiste.
Il y a quelques semaines, l'ambassade des États-Unis à Bamako avait annoncé que le personnel diplomatique non essentiel et leurs familles devraient quitter le Mali face à l'aggravation de la pénurie de carburant et aux préoccupations sécuritaires croissantes.
Elle avait annoncé que les coupures de carburant avaient affecté l'approvisionnement en électricité et étaient susceptibles de "perturber la situation sécuritaire générale de manière imprévisible".
Le Mali est actuellement dirigé par une junte militaire sous l'égide du général Assimi Goïta, qui a pris le pouvoir lors d'un coup d'État en 2021.
La junte a bénéficié du soutien populaire à son arrivée au pouvoir, promettant de résoudre la crise sécuritaire persistante provoquée par une rébellion séparatiste touareg dans le nord, puis bousculée par des militants islamistes.
La mission de maintien de la paix de l'ONU et les forces françaises avaient été déployées en 2013 pour faire face à l'escalade de l'insurrection.
Tous deux ont quitté le pays depuis l'arrivée au pouvoir de la junte, et le gouvernement militaire a engagé des mercenaires russes pour lutter contre l'insécurité.
Cependant, l'insurrection djihadiste se poursuit et de vastes zones du nord et de l'est du pays restent hors de contrôle du gouvernement.














