La CEDEAO appelle à "désamorcer la tension", le Mali ouvre une information judiciaire sur l'incident avec l'Algérie

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- Author, Maty Sy et Isidore Kouwonou
- Role, BBC Afrique
Après le rappel des ambassadeurs des pays de l'Alliance des Etats du Sahel (AES) en poste à Alger, le Mali a décidé de poursuivre le bras de fer avec l'Algérie. Toujours en réaction à l'abattage d'un drone malien près de la ville frontalière de Tinzaouatine, au sud du pays de l'Algérie par les formes armées de ce pays.
Dans un communiqué, le procureur de la République du pôle judiciaire spécialisé de lutte contre le terrorisme et de la criminalité transnationale organisée a informé de l'ouverture d'une information judiciaire.
Cette information judiciaire, selon Amadou Bocar Toure, procureur de la République, porte sur « des faits d'association de malfaiteurs, d'actes de terrorisme, de financement du terrorisme, de détention illégale d'armes de guerre et de munitions et de complicité ».
Le justice malienne entend donc faire la lumière sur ces faits afin « d'identifier et d'interpeller les présumés auteurs, coauteurs et complices pour qu'ils répondent de leurs actes ».
« Le procureur de la République communiquera en temps opportun sur les éléments issus des diligences qui seront menées et en appelle à la collaboration de la population pour apporter toutes informations utiles à ses services en lien avec les autres services compétents », souligne le communiqué.
La tension entre l'Algérie et le Mali semble connaître un pic ces derniers jours après ce drone malien abattu par les forces armées algériennes.
La Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) se dit préoccupée par cette tension entre les deux voisins.
Le bloc ouest-africain appelle à « désamorcer la tension » et à privilégier le dialogue en utilisant les mécanismes régionaux et continentaux pour régler les différends.
« La CEDEAO a suivi avec inquiétude les récents développements qui ont affecté les relations entre la République du Mali et la République Algérienne Démocratique et Populaire, tels que communiqués par les deux pays ces derniers jours », a déclaré le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray.
L'Algérie ferme son espace aérien au Mali - comprendre le bras de fer entre les deux pays

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Dans un communiqué publié sur X, le ministère algérien de la Défense a déclaré : « En raison des violations répétées de notre espace aérien par l'État malien, le gouvernement algérien a décidé de le fermer au trafic aérien en provenance ou à destination de l'État malien, à compter de ce 7 avril 2025 ».
Cette décision intervient alors que les tensions diplomatiques entre le Mali et l'Algérie se sont intensifiées après que les forces armées algériennes ont abattu un drone malien près de la ville frontalière de Tinzaouatine, au sud du pays.
L'incident a entraîné une série de réactions politiques, notamment le rappel des ambassadeurs du Mali, du Burkina Faso et du Niger en poste à Alger.
Selon le ministère algérien de la Défense, le drone de reconnaissance armé a été intercepté vers minuit, après avoir pénétré d'environ deux kilomètres dans l'espace aérien algérien.
Alors que l'Algérie affirme que le drone a violé sa souveraineté, la junte malienne nie toute incursion dans l'espace aérien algérien, expliquant que l'appareil effectuait une mission de surveillance de routine avant de s'écraser près de Tinzaouatine.
Dans un communiqué conjoint, les trois pays sahéliens ont qualifié la destruction du drone d'« acte hostile prémédité… contraire aux relations historiques et fraternelles entre les peuples de la confédération de l'AES et le peuple algérien ». Ils ont également dénoncé un « acte irresponsable du régime algérien ».
En réaction, le Mali a convoqué l'ambassadeur algérien à Bamako et annoncé son intention de porter plainte devant des instances internationales.
Le pays s'est également retiré du Comité d'état-major opérationnel conjoint (CEMOC) de la région sahélienne, qui inclut l'Algérie et la Mauritanie.
Ahmedou Ould Abdallah, Président du Centre pour la Stratégie et la Sécurité dans le Sahel-Sahara, insiste sur le fait que « la crise est essentiellement algéro-malienne ».
Il explique à la BBC que l'implication des autres pays de l'AES s'inscrit dans une dynamique plus large : « Ces trois pays, depuis plusieurs mois, montrent un exemple d'harmonisation de leur approche vis-à-vis de la CEDEAO, vis-à-vis des pays européens, en particulier de la France, avec lesquels ils ne s'entendent pas, et ils viennent de le démontrer maintenant avec cette attitude vis-à-vis d'Alger. »

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Pour l'heure, le Mali n'a pas officiellement réagi à la fermeture de l'espace aérien décidée par Alger.
M. Abdallah se montre pessimiste quant aux conséquences de ce conflit. Il confie à la BBC : « Nous ne devons jamais oublier que l'Algérie comprend des espaces énormes qui sont impossibles à contrôler, et si les États voisins, en particulier Niger, Mali et Algérie ne coopèrent pas sur les plans sécuritaires et autres, le coût pour la population et pour la sécurité est énorme. Donc la situation n'est pas bonne pour la région. Je ne vois comme grands bénéficiaires que les mouvements terroristes et les trafiquants de tous genres. »
Tinzaouatine, la localité frontalière où l'incident s'est produit, est un point sensible entre les deux pays. Cette zone est connue pour abriter des séparatistes touaregs opposés au régime militaire de Bamako. Le Mali accuse d'ailleurs régulièrement l'Algérie de servir de sanctuaire à ces groupes armés touaregs.
L'Algérie a pourtant longtemps joué un rôle central dans les pourparlers de paix entre Bamako et les rebelles touaregs du nord. Mais la situation régionale s'est dégradée ces dernières années, avec un renforcement du déploiement militaire algérien sur ses frontières sud et est, en réponse à la menace djihadiste persistante au Mali, au Niger et en Libye.
Cette escalade marque l'un des incidents les plus graves entre les deux voisins sahariens ces dernières années.














