Le témoignage glaçant d'un rescapé de l’attaque des ADF qui a fait 41 morts en RDC

Crédit photo, Getty Images
- Author, Yassin Kombi, Correspondant de BBC Afrique à Beni
- Role, BBC Afrique
Dimanche, l’atmosphère était très lourde dans le cimetière de Mabalako où les membres des familles, inconsolables, ont inhumé leurs proches, 22 personnes au total, victimes de l'attaque revendiquée par les rebelles des Forces démocratiques alliées ou ADF à Masala dans la province de Baswgha-Madiwe à Béni dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC).
Mwindo Junior est rescapé, l’une des personnes qui ont réussi à se sauver lors de l’attaque des ADF, mais qui a aussi perdu des proches dans ces tueries.
Il raconte : « Quand les rebelles sont venus dans notre village, nous avons cru que ce sont des patriotes Wazalendo qu’on attendait la veille ». Les Wazalendo sont des groupes organisés par l’armée pour défendre les populations civils contre les rebelles et autres groupes armés.
Selon lui, la première équipe des rebelles était arrivée et a commencé à rassembler la population, se faisant passer pour des Wazalendo qui allaient les aider à sécuriser le village. Un militaire et un agent de renseignement, poursuit Mwindo Junior, qui voulaient se joindre à la foule ont été empêchés par les assaillants.
End of A lire aussi sur BBC Afrique :
« Les rebelles leur ont demandé de s’agenouiller, mais le militaire a essayé de s’enfuir. C’est comme ça qu’ils ont tiré sur lui et il est mort sur le champ », confie-t-il.
Affolée par ces coups de feu qui ont mortellement atteint le militaire, la foule s’est dispersée. « Ce qui a permis à plusieurs habitants de se sauver », dit M. Mwindo.
Mais beaucoup d’autres personnes n’ont pas eu cette chance d’échapper aux balles des assaillants qui les ont massacrés.
Selon le responsable de la société civile à Masala, Claude Kapakazi, de nombreuses victimes ont été exécutées par armes blanches avant d’être brûlées.
Des « actes inhumains », selon le gouvernement

Crédit photo, Getty Images
Des informations vérifiées à portée de main
Cliquez ici et abonnez-vous !
Fin de Promotion WhatsApp
La cérémonie d’inhumation de ce dimanche a été organisée par les autorités locales et des responsables de l’armée à Béni.
Au total, 41 personnes ont été tuées dans cette incursion menée le 7 juin dernier dans les localités de Masala, de Mahihi et de Kerne en territoire à Béni, dans la province du Nord-Kivu, selon le gouvernement de RDC qui a condamné l’attaque "des ADF" dans un communiqué.
Dans les détails, il indique que 39 personnes ont été tuées à Masala et Mahihi et deux autres personnes tuées à Keme. L’attaque a fait 9 blessés et plusieurs dégâts matériels.
Le gouvernement qualifie cette attaque d’« actes inhumains ». Tout en présentant ses condoléances aux familles des victimes et exprimant sa compassion aux blessés, il « leur assure sa détermination à poursuivre sans relâche les opérations de traque de ces terroristes, lesquelles ont permis de neutraliser plusieurs d’entre eux, et de libérer un bon nombre d’otages civils ».
Les cérémonies d’inhumation vont se poursuivre car, selon les informations, les autres corps n’ont pas été enlevés des lieux du drame faute de moyen de transport.
« Le gouvernement de la République accompagne les familles dans le processus d’inhumation des victimes et assure la prise en charge des blessés dans des structures adéquates », souligne le communiqué.
L’armée congolaise appelle les groupes armés à se rendre

Crédit photo, Getty Images
L’armée de la République démocratique du Congo accuse les ADF de se faire passer pour des miliciens Maï Maï pour commettre leurs forfaits.
« Le dernier drame que nous avons vécu ici s’est passé dans la zone où résidaient les Maï Maï. Après leur départ, les ADF sont venus tuer les gens. Ils ont rassemblé les gens au nom des Maï Maï. Ils ont dit venez, organisons-nous pour aller combattre l’ennemi et les gens étaient venus, croyant que c’étaient les Maï Maï », déclare le Colonel Marc Azoukaï, Porte-parole militaire à Béni.
Il ajoute que le gouvernement, en voulant réglementer les choses et éviter cette situation, a invité tout groupe qui se dit patriote à se présenter avec ses hommes pour que l’armée puisse les organiser.
L’armée poursuit dans la zone des séances de sensibilisation en appelant les populations à vaincre la peur et a regagné leur village.
Des blessés quittent l’hôpital de la région pour se mettre à l’abri
Selon des sources hospitalières, la tuerie de Masala vient alourdir le bilan des incursions des rebelles ADF dans la zone de Béni. On parle de 70 morts, plusieurs blessés et des disparus dans la seule semaine du 3 au 8 juin 2024. Depuis trois semaines, c’est plus de 100 morts enregistrés dans la zone de Béni-Mbau.
A l’hôpital général de référence de Mabalako, même les blessés demandent à être libérés pour aller se mettre à l’abri des massacres.
La communauté humanitaire inquiète de la situation dans l’Est de la RDC

Crédit photo, Getty Images
Dans un communiqué, la communauté humanitaire note aussi que dans la semaine passée, au moins 57 personnes ont été tuées lors d’attaques perpétrées dans le territoire de Beni dans le Nord-Kivu.
D’autres groupes rebelles, notamment le M23, aussi sont accusés de commettre des tueries dans la région. Au cours des cinq premiers mois de cette année, plus de 470 personnes ont été tuées dans la province de l'Ituri, notamment dans de violents incidents contre les populations civiles dans les territoires de Djugu, Irumu et Mambasa.
« Si cette violence persiste, elle risque d'aggraver davantage la situation humanitaire déjà précaire dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où plus de 900 000 personnes nouvellement déplacées ont été enregistrées entre janvier et avril 2024, portant le nombre total de déplacés dans ces trois provinces à plus de 5,6 millions, pour un total de 7,3 millions dans le pays », déclare Bruno Lemarquis, le Coordonnateur humanitaire en République démocratique du Congo (RDC).
Il appelle les groupes armés à respecter leurs engagements en vertu du droit international humanitaire et des droits de l’Homme, en protégeant les civils.














