Refus de la Russie de renouveler l’accord sur les importations de céréales : Doit-on craindre une crise alimentaire en Afrique ?

Un cultivateur regarde sa production de blé

Crédit photo, Getty Images

Légende image, L'Ukraine produit 30 % de céréales en moins à cause de l'invasion russe
    • Author, Par Souleymane Katié Ouattara
    • Role, BBC Afrique

L'accord sur l'exportation des céréales ukrainiennes a officiellement expiré le lundi 17 juillet 2023, et ne sera pas renouvelé ; Moscou ayant décidé de ne pas le reconduire tant que ses conditions ne seraient pas satisfaites.

Le blé, le maïs, l'orge et le tournesol sont les principales céréales exportées depuis l'Ukraine vers le monde. L'accord qui vient de prendre fin a permis, durant l'année, l'exportation de plus de 32 millions de tonnes de denrées alimentaires, dont 26% étaient destinées à l'Afrique.

Quel pourrait être l'impact du non-renouvellement de cet accord sur l'approvisionnement de l'Afrique en denrées de premières nécessité ? Doit-on craindre une crise alimentaire pour le continent ?

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Un impact mitigé sur des pays aux réalités différentes

L'Afrique importe essentiellement le blé qui est utilisé principalement pour le pain, on a également l'huile de tournesol et les engrais.

Pour certains observateurs, la crise ukrainienne et le refus de la Russie de renouveler l'accord sur l'exportation des céréales, ne constituent pas un risque majeur pour la sécurité alimentaire de l'Afrique. « Il est clair que ce refus va avoir des impacts sur l'alimentation en Afrique, mais ces impacts vont varier d'un pays à un autre, parce que tous les pays africains ne sont pas dépendant au même titre, des importations de céréales ukrainiennes », explique l'économiste Dr Illy Ousseni, enseignant-chercheur à l'Université Thomas Sankara au Burkina Faso.

La réalité est que, des pays d'Afrique du nord comme la Tunisie, l'Egypte, l'Algérie, ou encore le Nigéria, en Afrique de l'ouest, sont beaucoup plus dépendants que d'autres pays d'Afrique subsaharienne comme le Sénégal ou le Burkina Faso. D'Ukraine, ils importent essentiellement, du blé qui est utilisé principalement pour le pain, mais aussi l'huile de tournesol et les engrais.

Tableau

Cependant, reconnait le professeur Illy, « il est clair que ce refus (de la Russie) va engendrer une augmentation des prix et chaque pays sera touché plus ou moins largement ».

Les pays africains devraient tirer les leçon de cette crise ukrainienne et réduire leur dépendance de l'extérieur pour assurer leur sécurité alimentaire. « Une des choses à faire, poursuit l'économiste burkinabè, c'est de développer, soutenir l'agriculture africaine pour rendre le continent moins dépendant du reste du monde. Pour l'instant, ce n'est pas le cas. Mais cette situation sera peut-être un déclic », espère-t-il.

Les habitudes alimentaires orientées vers des produits disponibles

Les habitudes alimentaires ont beaucoup changé en Afrique, notamment dans les grands centres urbains où l'on consomme de plus en plus les mêmes aliments que dans le monde industrialisé. Et c'est la raison principale de la dépendance de certains pays vis-à-vis des importations de céréales.

Mais les experts, de plus en plus nombreux, poussent à la recherche d'alternatives aux céréales importées, et encouragent à la consommation de denrées produites localement.

En Côte d'Ivoire, par exemple, grâce à un programme de la Banque Mondiale, des spécialistes ont été amenés à valoriser des céréales locales susceptibles d'être transformées en pain. Ils ont ainsi obtenu des farines à base de manioc, de banane ou encore de maïs qui étaient parfaitement panifiables, explique le docteur Kouassi Jules, nutritionniste.

Du pain composé aux céréales locales

Crédit photo, FUTURE PUBLISHING

« On a mis cinquante boulangeries sur toute l'étendue de la Côte d'Ivoire comme projet pilote. Et ça a marché. Ça veut dire qu'on peut le transformer en pain. On peut faire du pain avec et c'est très croustillant et c'est très bien pour la santé », se réjouit le docteur Kouassi.

En outre, les spécialistes exhortent les consommateurs à revoir la composition de leurs assiettes, en privilégiant des petits déjeuners à base de produits locaux.

« On a presque tout. Moi, je ne prends pas un petit déjeuner à l'occidentale, j'ai mes ignames bouillis, j'ai mes céréales de riz local, j'ai ma bouille de mil, ma bouille de maïs, etc. Et puis c'est très bon pour la santé », révèle le docteur Kouassi.

L'Afrique disposerait donc des ressources qui lui permettent de résister au choc que pourrait créer le non-renouvellement de l'accord sur les exportations de céréales d'Ukraine.

Dans son dernier rapport sur la Situation de l'Agriculture en Afrique, la FAO souligne au sujet des perspectives mondiales des cultures et la situation alimentaire, que les plus grandes régions productrices de céréales du continent, l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique de l'Est, ont enregistré une hausse globale des rendements céréaliers à l'exception du Nigeria et de l'Ethiopie.