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Afrocentrisme : Que nous apprennent les déclarations de Kaïs Saïed et l'annulation du spéctacle de Kevin Hart au Caire ?
- Author, Al-Harith Al-Habashneh et Muhammad Mujahid
- Role, BBC News Arabic
Le concept d'Afrocentricité ou Afrocentrisme a refait surface sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherche après les déclarations du président tunisien Kaïs Saïed sur la nécessité de protéger son pays des immigrants d'Afrique subsaharienne.
Il y a quelque temps, un spectacle du comédien américain Kevin Hart, qui devait avoir lieu dans la capitale égyptienne, Le Caire, le 21 février 2023, a été annulé après des allégations selon lesquelles il promouvait l'idée du panafricanisme pendant sa visite.
Qu'est-ce que l'Afrocentricité ? Y a-t-il une justification à la controverse qui l'entoure ?
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L'afrocentrisme ou Afrocentricité, également appelé mouvement afrocentrique, a été fondé par l'activiste afro-américain Molefi Asante dans les années 1980, selon l'Encyclopedia Britannica.
Ce mouvement cherche à "faire la lumière sur l'identité et les contributions des cultures africaines à l'histoire du monde". Il est actif aux États-Unis, dans certains pays européens et parmi les groupes d'ascendance africaine. Parmi les théories véhiculées par ses partisans figure que "l'origine de la civilisation égyptienne est uniquement africaine".
Croyances
L'afrocentrisme soutient que pendant de nombreux siècles, les Européens ont dominé les Africains et les autres, à travers l'esclavage et la colonisation.
C'est pourquoi, selon cette théorie, les personnes d'ascendance africaine doivent développer une appréciation des réalisations des civilisations africaines traditionnelles, elles doivent exprimer leur propre histoire et leur système de valeurs.
Selon l'Afrocentrisme, l'histoire et la culture africaines ont commencé dans l'Égypte ancienne, qui était le berceau de la civilisation mondiale jusqu'à ce que ses idées et ses technologies soient volées et que ses réalisations soient retenues par les Européens.
Les partisans de cette théorie estiment que le regain d'intérêt pour cette culture peut profiter aux Afro-Américains en leur rappelant que leur propre culture, que les Américains d'origine européenne sous-estimaient, a un héritage long et ancien.
"Il n'y a absolument aucune preuve de ces allégations", déclare l'archéologue égyptien Zahi Hawass, lors d'un entretien avec la BBC, et affirme que les défenseurs de cette théorie sont confus, en raison de leur manque de connaissance de l'histoire.
"Arrêter l'afflux d'Africains"
En Tunisie, le président Kaïs Saïed a suscité une large polémique lorsqu'il a appelé à l'arrêt de ce qu'il a qualifié d'"complot criminel" pour l'installation d'immigrants africains dans son pays, affirmant que leur objectif était de modifier sa composition démographique en tant que "pays arabe et musulman".
Le discours du président tunisien a provoqué une vague de réactions.
Sur le plan intérieur, plusieurs manifestations ont eu lieu pour dénoncer les propos de Saïd, jugés anti-immigrés africains et contenant des relents racistes.
Sur le plan international, l'Union africaine a condamné, dans un communiqué, ce qui figurait dans le discours de Kaïs Saïed concernant les migrants africains d'Afrique subsaharienne et a appelé ses États membres à s'abstenir de tout "discours de haine à caractère raciste pouvant nuire aux personnes".
Cependant, Saïd a tenté de rassurer les immigrés d'Afrique subsaharienne résidant légalement en Tunisie, en réponse à la polémique suscitée par ses propos, que les militants des droits de l'homme ont jugés "racistes et haineux".
"Transformation sociale"
Au Maroc, des appels racistes contre les immigrés africains des pays subsahariens sont apparus sur les réseaux sociaux, notamment des appels à ne pas épouser des immigrés et des appels à leur expulsion.
Adel Chiquito, chef de la Ligue marocaine pour la défense des droits de l'homme, a déclaré à la BBC qu'il s'agit d'un changement soudain qui ne correspond pas aux relations historiques des Marocains avec les immigrés africains.
Chiquito a ajouté que la Ligue marocaine pour la défense des droits de l'homme suit cette transformation sociale et prend des initiatives pour y faire face, d'abord parce qu'elle est étrangère à la culture et aux traditions marocaines, et ensuite parce qu'elle est une menace pour les valeurs humaines, comme il l'a dit.