Mineurs piégés au Burkina Faso : "une course contre la montre" pour les sauver

Crédit photo, Ladji Bama
- Author, Geneviève Sagno et Nomsa Maseko
- Role, BBC News
Selon les autorités, les équipes de secours qui pompent l'eau d'une mine de zinc inondée se rapprochent de l'endroit où elles espèrent trouver huit mineurs coincés sous terre depuis plus de trois semaines.
Le porte-parole du gouvernement, Lionel Bilgo, a déclaré à Reuters que "c'est une course contre la montre" car les espoirs de retrouver les travailleurs disparus s'amenuisent lentement.
M. Bilgo a déclaré que les sauveteurs restaient avec environ 10 mètres d'eau au-dessus d'une chambre de refuge remplie de nourriture et d'eau.
On espère que les mineurs ont pu accéder à cette chambre.
Aucun contact n'a été établi avec eux.

Crédit photo, Ladji Bama
Que s'est-il passé et que fait-on ?
De violents orages ont déclenché une inondation soudaine le 16 avril dernier, provoquant la suspension des opérations dans la mine exploitée par la compagnie canadienne Trevali Mining, située à Perkoa environ 100km de la capitale Ouagadougou.Les propriétaires canadiens de la mine, située à environ 100 km à l'ouest de la capitale, Ouagadougou, affirment que les équipes de recherche continuent de travailler 24 heures sur 24.Des équipements spécialisés ont été amenés du Ghana et d'Afrique du Sud pour accélérer les efforts de sauvetage dans la mine, dont la profondeur est de 710 mètres.
Trevali Mining indique que 32 millions de litres d'eau ont jusqu'à présent été pompés hors de la mine, permettant aux secouristes d'atteindre 550 mètres de profondeur.
C'est 30 mètres en dessous de l'endroit où l'eau s'est déposée après le violent orage du 16 avril qui a coupé l'électricité et les communications.
En moins d'une heure, il est tombé 125 mm de pluie, soit cinq fois la quantité mensuelle moyenne.
"Nous gardons espoir"
Les membres de la famille désemparés se sont rassemblés à la mine depuis que leurs proches ont été portés disparus le mois dernier.

Charles Bama, 46 ans, est l'un des huit mineurs qui se trouveraient à environ 550 mètres sous la surface.
Antoine Bama, son frère, est mobilisé depuis l'incident et aujourd'hui il dit garder espoir que les travailleurs soient retrouvés sains et saufs. Il a parlé à BBC Afrique lundi.
"Au début c'était un peu lent quand même parce qu'il n'y avait pas suffisamment de matériel et avec l'appui des autorités, ils ont augmenté les capacités de pompage. Moi-même je suis descendu dans la mine jusqu'au niveau où se trouve l'eau et j'ai vu que les choses évoluent très positivement".
"Nous gardons espoir", a-t-il ajouté Antoine Bama qui s'exprime également en tant que porte-parole des familles des victimes.

Crédit photo, Ladji Bama
Colère mêlée d'espoir
"Nous sommes pleins d'espoir, mais en même temps en colère", a déclaré Yakouba Bama, dont le cousin Charles Bama fait partie des six Burkinabés portés disparus, avec un travailleur de Tanzanie et un autre de Zambie.
"Nous ne savons pas s'il y a assez d'oxygène pour eux et personne ne leur fournit de la nourriture", a déclaré le cousin au sujet des préoccupations de la famille.
Brenda Mwamba, épouse de Nune Ndonji, mineur zambien pris au piège, a déclaré à la radio BBC Focus on Africa que la communication concernant les opérations de sauvetage avait été épouvantable - et qu'il avait fallu cinq jours aux responsables de la mine au Burkina Faso pour la contacter directement en Zambie au sujet de ce qui se passait.
"Nous leur avons demandé les dimensions et la disposition de la mine, mais ils n'ont pas pu nous donner l'information", a-t-elle déclaré.
Mais elle a dit qu'elle ne pouvait pas perdre espoir pour son mari, qui a toujours répugné à inquiéter sa famille sur les dangers de son travail.
"J'ai tout mis entre les mains de Dieu. Mes espoirs sont toujours là."
"Il est tout pour la famille, pour les enfants - et pour moi aussi."
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L'espoir que les mineurs seraient parvenus à s'abriter dans l'une des chambres de la galerie souterraine et à s'alimenter fait vivre les familles et les proches.
"Dans une mine, il y a des galeries avec des chambres aménagées pour que les mineurs puissent s'y réfugier en cas de danger. Elles sont dotées de commodités comme de la nourriture et de l'aération pour pouvoir y vivre pendant deux semaines", a expliqué Simon Gongo, le correspondant de la BBC à Ouagadougou.
Antoine Bama a indiqué que les mineurs coincés ont suffisamment de vivres pour l'instant.
"La mine nous a assuré qu'il y avait des vivres. On leur a demandé : 'C'est quel genre de vivres ?' Ils ont dit que ce sont des vivres qui ne peuvent pas se détériorer trop rapidement, notamment du sucre, de l'eau, des biscuits, des chocolats".
La chambre de refuge

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Il reste 11 mètres d'eau pour joindre la chambre de refuge, a fait savoir le ministre des mines et des carrières Jean Alphonse Somé.
"Il y a encore une galerie qui contient énormément d'eau et cette galerie est importante et immense", a-t-il précisé. Ajoutant : "Cette situation ralentit quelque peu les opérations d'évacuation d'eau".
Le Directeur général de la mine a rassuré la semaine dernière que "le dispositif d'aération de la chambre de refuge là où pourraient se trouver les travailleurs fonctionne normalement".
Cela signifie qu'il y a de l'oxygène à l'intérieur.
Toutefois, il est impossible de déterminer si les hommes ont eu le temps de se réfugier dans cette chambre car il n'y a toujours aucun moyen de commutation avec l'intérieur et "il n'y a eu aucun signe de vie depuis l'incident il y a trois semaines", constate notre correspondent, Simon Gongo.
Cellule de crise
Lionel Bilgo, porte-parole du gouvernement, a indiqué vendredi à l'issue du conseil des ministres qu'une cellule de crise a été mise en place pour accélérer les recherches et retrouver tous les mineurs, dont six Burkinabè, un Tanzanien et un Zambien.
Des équipements spécialisés ont été acheminés du Ghana et d'Afrique du Sud pour renforcer le dispositif de pompage électrique des eaux d'inondation dans les galeries de mine, a indiqué le gouvernement soulignant "l'appui des autres compagnies minières du Burkina Faso venues en aide pour retrouver les travailleurs bloqués".

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Le PDG de Trevali, Ricus Grimbeek, a déclaré que l'entreprise travaillait en étroite collaboration avec tous les niveaux du gouvernement et appréciait son soutien.
"Nous saluons la décision du gouvernement de déplacer son comité de gestion de crise plus près du site de la mine afin de mieux inclure les membres des familles des travailleurs disparus et de faciliter une collaboration plus étroite alors que nous travaillons rapidement à la localisation des personnes disparues", a-t-il déclaré dans un communiqué. publié en anglais sur le site internet de Tevali.
Pendant les opérations de sauvetage, une rampe d'accès à la mine a été reconstruite, et 5 000 mètres de nouveaux tuyaux ainsi que plus de 24 pompes électriques et diesel ont été installés, selon Trevali.
Le gouvernement du Burkina Faso a également ouvert une enquête judiciaire sur l'incident.












